mercredi 18 décembre 2013

Revue de presse : « Des renforts européens en Centrafrique ? »


Ci-dessus, la photo choc de The Independent pour illustrer la violence du conflit en Centrafrique 


S’il y a cinq ans, les dirigeants français ont tenté de s’éloigner du lourd héritage de la « Françafrique », les événements du Printemps arabe, et la dégradation de la situation sécuritaire dans la région sahélienne ont imposé aux responsables de faire machine arrière. Quoi qu’il en soit, l’intervention en Centrafrique est un « gros test » pour l’engagement français dans la région, tout autant que pour la constitution d’une Europe de la défense, estime la presse internationale.  



1- La mission en République Centrafricaine est plus compliquée que prévue.

L’International New York Times écrit que « la crise en République centrafricaine se révèle plus compliquée, violente, et désespérée que prévue par les Français, selon les diplomates occidentaux, les analystes et les militants des droits de l’Homme ». Le journal américain qui explique que « l’ampleur des besoins humanitaires et l’animosité croissante entre chrétiens et musulmans menacent l’objectif du Président Hollande de désarmer les milices, et de rétablir rapidement l’ordre ». Le Guardian, particulièrement pessimiste, dresse le parallèle avec d’autres crises régionales, au souvenir tragique. « Compte tenu des précédents historiques dans les pays africains au cours des deux dernières décennies, en particulier au Rwanda, et au Soudan, les espérances sont naturellement faibles pour que la crise centrafricaine se termine différemment. »
Il faut dire que l’intervention française en Centrafrique se révèle bien plus complexe que celle menée au Mali, quelques mois plus tôt. « Au Mali, on avait un ennemi assez identifiable dans une partie du pays, même grande, mais en République Centrafricaine, vous avez des communautés qui tombent dans la violence dans tout le pays. Ce n’est pas seulement un groupe. », a ainsi estimé, un diplomate occidental familier de la situation, cité par The International New York Times.


2- Le spectre d'un « l’Afrighanistan » dans la région sahélienne hante les responsables politiques français et motive l’opération « Sangaris »

Pourquoi les Français interviennent-t-ils à présent ? The Economist tente de répondre à la question, et rappelle le tournant stratégique opéré par la France, cinq ans plus tôt, en matière de défense, sous la présidence de l’ancien Président Nicolas Sarkozy, qui avait émis « le besoin de réorienter son action militaire de l’Afrique subsaharienne vers ‘un arc stratégique’ d’instabilité allant du Maghreb à la Corne de l’Afrique et du Golfe ». Un réexamen, resté sans lendemain. « L’insécurité croissante dans la région du Sahel aux Grands Lacs, a rendu difficile pour la France de rester sur la touche militairement », explique l’hebdomadaire britannique, qui dresse la liste des nouvelles menaces apparues depuis, comme « l’instabilité et l’infiltration des armes générées par le Printemps arabe, l’enracinement d’Al Qaeda, et d’autres réseaux terroristes dans le Sahel et au nord du Nigéria, ou encore l’augmentation des prises d’otages de ressortissants français. » Le média britannique qui conclut sur la possible constitution d'un « Afrighanistan » au Sud de l’Europe, imposant aux français de remettre la question de la sécurité en Afrique au sommet de l’agenda, comme le suggère le récent sommet de l’Elysée, du 6 décembre dernier.


3- Hollande défend fermement l’opération « Sangaris »

The Independent se fait l’écho de la « défense inhabituellement passionnée du Président Hollande, dans sa décision de lancer une deuxième opération dans une ancienne colonie française ». Le quotidien qui va plus loin, et qui cite les déclarations exaltées du chef de l’Etat, « Beaucoup de gens se demandent ce que nous faisons là-bas » a-t-il dit, après la mort de deux jeunes soldats français la semaine passée à Bangui. « Eh bien, c’est notre rôle. Nous avons une Histoire. Nous avons des valeurs. Il y a eu beaucoup d’interventions en Afrique Centrale au cours des 30 ou 40 dernières années. Elles étaient toujours destinées à défendre des dictateurs ou à les destituer. Je préfère agir pour défendre les peuples. », a-t-il ainsi expliqué.


4- Le début d’un engagement européen ?

Ce pourrait bien être un tournant majeur dans le conflit en Centrafrique. Alors que certains médias –et notamment le Washington Post- commence à s’inquiéter de l’isolement de Paris sur le dossier, le HuffingtonPost reprend la déclaration du ministre des affaires étrangères, Laurent Fabius, selon laquelle la France va « bientôt disposer des troupes sur le terrain de nos collègues européens ». Le quotidien ajoute que « les troupes au sol impliquées pourraient provenir de la Belgique et de la Pologne, et pourront être utilisées afin de soulager les forces françaises qui sécurisent l’aéroport de la capitale Bangui. ». Toutefois « aucune décision officielle n’aurait encore été prise », relativise le journal américain.


5- Le Président français veut aller plus loin et porter le projet d’une Europe de la défense


Alors que François Hollande a plaidé, la semaine dernière pour la création d’un fonds européen commun permanent pour financer les opérations militaires d’urgence dans les pays en crise, The Epochtimes, note que la proposition française, révèle toute les divergences entre les Nations du Vieux Continent en matière de défense et de sécurité. Question qui sera d’ailleurs au sommet de l’agenda du Conseil européen qui se réunit aujourd’hui et demain. Le bimensuel explique que ce  « différend expose le fossé entre la France, qui dispose de plusieurs bases militaires à l’étranger et fait valoir que l’Europe a la responsabilité d’anciennes colonies d’Afrique, et les pays comme l’Allemagne qui sont réticents à intervenir et dépenser l’argent des contribuables à l’étranger, dans un contexte de conjoncture économique dégradée. »

A lire aussi dans Lettre Ouverte sur l'opération "Sangaris"
http://questionsinternationales.blogspot.fr/2013/12/revue-de-presse-dans-lenfer-de-bangui.html


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Amaury BETS

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