Ci-dessus, la photo choc de The Independent pour illustrer la violence
du conflit en Centrafrique
S’il y a cinq ans, les dirigeants français ont tenté de s’éloigner du lourd héritage de la « Françafrique », les événements du Printemps arabe, et la dégradation de la situation sécuritaire dans la région sahélienne ont imposé aux responsables de faire machine arrière. Quoi qu’il en soit, l’intervention en Centrafrique est un « gros test » pour l’engagement français dans la région, tout autant que pour la constitution d’une Europe de la défense, estime la presse internationale.
1- La mission en
République Centrafricaine est plus compliquée que prévue.
L’International New York Times écrit que « la crise en République centrafricaine se révèle plus
compliquée, violente, et désespérée que prévue par les Français, selon les
diplomates occidentaux, les analystes et les militants des droits de
l’Homme ». Le journal américain qui explique que « l’ampleur des
besoins humanitaires et l’animosité croissante entre chrétiens et musulmans
menacent l’objectif du Président Hollande de désarmer les milices, et de
rétablir rapidement l’ordre ». Le Guardian,
particulièrement pessimiste, dresse le parallèle avec d’autres crises
régionales, au souvenir tragique. « Compte tenu des précédents historiques dans
les pays africains au cours des deux dernières décennies, en particulier au
Rwanda, et au Soudan, les espérances sont naturellement faibles pour que la
crise centrafricaine se termine différemment. »
Il faut dire que l’intervention
française en Centrafrique se révèle bien plus complexe que celle menée au Mali,
quelques mois plus tôt. « Au Mali, on avait un ennemi assez identifiable
dans une partie du pays, même grande, mais en République Centrafricaine, vous
avez des communautés qui tombent dans la violence dans tout le pays. Ce n’est
pas seulement un groupe. », a ainsi estimé, un diplomate occidental
familier de la situation, cité par The International New York Times.
2- Le spectre d'un « l’Afrighanistan » dans la région sahélienne hante les responsables
politiques français et motive l’opération « Sangaris »
Pourquoi les Français
interviennent-t-ils à présent ? The Economist tente de répondre à la
question, et rappelle le tournant stratégique opéré par la France, cinq ans plus
tôt, en matière de défense, sous la présidence de l’ancien Président Nicolas
Sarkozy, qui avait émis « le besoin de réorienter son action
militaire de l’Afrique subsaharienne vers ‘un arc stratégique’ d’instabilité allant
du Maghreb à la Corne de l’Afrique et du Golfe ». Un réexamen, resté sans
lendemain. « L’insécurité croissante dans la région du Sahel aux Grands
Lacs, a rendu difficile pour la France de rester sur la touche
militairement », explique l’hebdomadaire britannique, qui dresse la liste
des nouvelles menaces apparues depuis, comme « l’instabilité et
l’infiltration des armes générées par le Printemps arabe, l’enracinement d’Al
Qaeda, et d’autres réseaux terroristes dans le Sahel et au nord du Nigéria, ou
encore l’augmentation des prises d’otages de ressortissants français. » Le
média britannique qui conclut sur la possible constitution d'un « Afrighanistan » au Sud de l’Europe, imposant aux français de
remettre la question de la sécurité en Afrique au sommet de l’agenda, comme le
suggère le récent sommet de l’Elysée, du 6 décembre dernier.
3- Hollande défend fermement l’opération « Sangaris »
The Independent se fait l’écho de
la « défense inhabituellement passionnée du Président Hollande, dans sa
décision de lancer une deuxième opération dans une ancienne colonie
française ». Le quotidien qui va plus loin, et qui cite les déclarations
exaltées du chef de l’Etat, « Beaucoup de gens se demandent ce que nous
faisons là-bas » a-t-il dit, après la mort de deux jeunes soldats français
la semaine passée à Bangui. « Eh bien, c’est notre rôle. Nous avons une
Histoire. Nous avons des valeurs. Il y a eu beaucoup d’interventions en Afrique
Centrale au cours des 30 ou 40 dernières années. Elles étaient toujours
destinées à défendre des dictateurs ou à les destituer. Je préfère agir pour
défendre les peuples. », a-t-il ainsi expliqué.
4- Le début d’un engagement européen ?
Ce pourrait bien être un tournant
majeur dans le conflit en Centrafrique. Alors que certains médias –et notamment
le Washington Post- commence à s’inquiéter de l’isolement de Paris sur le
dossier, le HuffingtonPost reprend la déclaration du ministre des affaires
étrangères, Laurent Fabius, selon laquelle la France va « bientôt disposer
des troupes sur le terrain de nos collègues européens ». Le quotidien
ajoute que « les troupes au sol impliquées pourraient provenir de la
Belgique et de la Pologne, et pourront être utilisées afin de soulager les
forces françaises qui sécurisent l’aéroport de la capitale Bangui. ».
Toutefois « aucune décision officielle n’aurait encore été prise »,
relativise le journal américain.
5- Le Président français veut aller plus loin et porter le projet d’une
Europe de la défense
Alors que François Hollande a
plaidé, la semaine dernière pour la création d’un fonds européen commun
permanent pour financer les opérations militaires d’urgence dans les pays en
crise, The Epochtimes, note que la proposition française, révèle toute les divergences
entre les Nations du Vieux Continent en matière de défense et de sécurité. Question
qui sera d’ailleurs au sommet de l’agenda du Conseil européen qui se réunit
aujourd’hui et demain. Le bimensuel explique que ce « différend
expose le fossé entre la France, qui dispose de plusieurs bases militaires à
l’étranger et fait valoir que l’Europe a la responsabilité d’anciennes colonies
d’Afrique, et les pays comme l’Allemagne qui sont réticents à intervenir et
dépenser l’argent des contribuables à l’étranger, dans un contexte de
conjoncture économique dégradée. »
A lire aussi dans Lettre Ouverte sur l'opération "Sangaris"
http://questionsinternationales.blogspot.fr/2013/12/revue-de-presse-dans-lenfer-de-bangui.html
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http://questionsinternationales.blogspot.fr/2013/12/revue-de-presse-dans-lenfer-de-bangui.html
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Amaury BETS
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