Le Caire 20
novembre 2011. Un manifestant se tient debout devant une voiture en feu lors d’affrontements
près de la place Tahir
Le printemps arabe est-il en train de tourner à l'aigre, et de muter en un « hiver arabe », particulièrement rude ? Trois ans après l’immolation de Mohammed Bouazizi, puis les renversements des régimes en Tunisie, en Egypte, et en Libye, les révoltes patinent, brisées dans leur élan par l’instabilité politique et sécuritaire grandissante. Pour autant l'espoir n'a pas disparu.
La voie semblait libre, et les
perspectives plus que prometteuses. Après des décennies de harcèlement, de
tyrannie, et d’oppression, la détermination des Peuples à renverser des
pouvoirs autocratiques, militaires et policiers, devait ouvrir la voie à une
période de stabilité où progrès, et libertés cohabiteraient. Le pessimisme
quant à la perspective d’un changement radical dans les pays arabes -dont le
pouvoir était confisqué par la même clique depuis les années 1960- se trouvait
brusquement remplacer par à un optimisme exagéré -comparable à celui à celui de
l’Europe de l’Est dans les années 1990 à la chute du Mur- en vertu duquel le
Moyen-Orient était en train d’accomplir –inévitablement- sa propre transition
vers la démocratie !
Un retour à la réalité tragique
Force est de constater que les espoirs suscités ont rapidement –et tragiquement- été déçus. A l’exception –possible et encore à prouver- de la Tunisie, certains pays comme l’Egypte et la Libye, dont les gouvernements ont été renversés en 2011, sont d’une certaine manière en pire état, qu’ils ne l’étaient trois ans plus tôt. En Egypte, Mohamed Morsi, premier président élu démocratiquement, fait face actuellement à un procès dans lequel il risque au pire la peine de mort et au mieux la réclusion à perpétuité, après sa destitution par l’armée dans ce qui est considéré par beaucoup comme un coup d’Etat, le 3 juillet dernier. Des centaines de ses partisans appartenant à la confrérie des Frères Musulmans, qui protestaient pacifiquement contre cette prise de pouvoir, ont ensuite été massacrés au Caire durant 3 jours, avec une brutalité aveugle, dépassant tout ce qui avait été vu, sous Gamal Abdel Nasser , Anouar el-Sadate ou Hosni Moubarak. En Libye, des manifestants qui dénonçaient courageusement la présence des milices armées à Benghazi et à Tripoli ont été sauvagement abattus à la mitrailleuse lourde, comme dans les pires heures du régime du colonel Kadhafi. En Syrie le soulèvement pacifique s'est transformé de jour en jour en un cycle de violences sectaires, qui dépasse, à titre de macabre comparaison, les atrocités commises en Irak durant le pic des affrontements confessionnels entre chiites et sunnites.
Force est de constater que les espoirs suscités ont rapidement –et tragiquement- été déçus. A l’exception –possible et encore à prouver- de la Tunisie, certains pays comme l’Egypte et la Libye, dont les gouvernements ont été renversés en 2011, sont d’une certaine manière en pire état, qu’ils ne l’étaient trois ans plus tôt. En Egypte, Mohamed Morsi, premier président élu démocratiquement, fait face actuellement à un procès dans lequel il risque au pire la peine de mort et au mieux la réclusion à perpétuité, après sa destitution par l’armée dans ce qui est considéré par beaucoup comme un coup d’Etat, le 3 juillet dernier. Des centaines de ses partisans appartenant à la confrérie des Frères Musulmans, qui protestaient pacifiquement contre cette prise de pouvoir, ont ensuite été massacrés au Caire durant 3 jours, avec une brutalité aveugle, dépassant tout ce qui avait été vu, sous Gamal Abdel Nasser , Anouar el-Sadate ou Hosni Moubarak. En Libye, des manifestants qui dénonçaient courageusement la présence des milices armées à Benghazi et à Tripoli ont été sauvagement abattus à la mitrailleuse lourde, comme dans les pires heures du régime du colonel Kadhafi. En Syrie le soulèvement pacifique s'est transformé de jour en jour en un cycle de violences sectaires, qui dépasse, à titre de macabre comparaison, les atrocités commises en Irak durant le pic des affrontements confessionnels entre chiites et sunnites.
La destruction des économies des pays arabes
Conséquence directe de l’instabilité et des convulsions politiques de la période post-révolution, les pays du printemps arabe ont tous connus une dégradation fulgurante de leurs économies. Baisse vertigineuse du PIB, chômage de masse, chute rapide des exportations, fuite massive des capitaux… Les Etats souffrent des mêmes maux, mais les raisons de ce marasme différent selon les cas. Si dans les cas égyptien et tunisien, l’écroulement du tourisme –secteur clef de l’économie- est à l’origine de la déroute, dans le cas libyen, c’est la trop forte dépendance aux hydrocarbures, et le fort recul de la production pétrolière qui est responsable des difficultés.
Conséquence directe de l’instabilité et des convulsions politiques de la période post-révolution, les pays du printemps arabe ont tous connus une dégradation fulgurante de leurs économies. Baisse vertigineuse du PIB, chômage de masse, chute rapide des exportations, fuite massive des capitaux… Les Etats souffrent des mêmes maux, mais les raisons de ce marasme différent selon les cas. Si dans les cas égyptien et tunisien, l’écroulement du tourisme –secteur clef de l’économie- est à l’origine de la déroute, dans le cas libyen, c’est la trop forte dépendance aux hydrocarbures, et le fort recul de la production pétrolière qui est responsable des difficultés.
Pourquoi un tel échec ?
Tiraillées entre les « forces de la colère » et les « forces conservatrices », les sociétés arabes étaient sans doute insuffisamment préparées à l’alternance politique, après des décennies de confiscation du pouvoir par des régimes policiers, et militaires. L’alliance fortuite entre des démocrates laïcs et des islamistes conservateurs n’a pas permis d’établir une feuille de route claire et précise pour assurer une transition politique viable, incluant notamment certains des « diabolisés » de l’ancien régime. Par ailleurs, et quasi-simultanément à la révolution, les forces de la "contre-révolution" se sont organisées, et ont été financées notamment par les riches monarchies du Golfe, craignant elles aussi pour leur autorité, ce qui a eu pour effet de considérablement affaiblir le mouvement naissant, et de le désorganiser encore un peu plus de l’intérieur.
Tiraillées entre les « forces de la colère » et les « forces conservatrices », les sociétés arabes étaient sans doute insuffisamment préparées à l’alternance politique, après des décennies de confiscation du pouvoir par des régimes policiers, et militaires. L’alliance fortuite entre des démocrates laïcs et des islamistes conservateurs n’a pas permis d’établir une feuille de route claire et précise pour assurer une transition politique viable, incluant notamment certains des « diabolisés » de l’ancien régime. Par ailleurs, et quasi-simultanément à la révolution, les forces de la "contre-révolution" se sont organisées, et ont été financées notamment par les riches monarchies du Golfe, craignant elles aussi pour leur autorité, ce qui a eu pour effet de considérablement affaiblir le mouvement naissant, et de le désorganiser encore un peu plus de l’intérieur.
Après
des mois de tensions politiques, exacerbées par l’assassinat de deux figures
emblématiques de l’opposition, l’accord trouvé entre les islamistes au pouvoir
et les laïcs en Tunisie, pour nommer l’actuel
ministre de l’industrie, Mehdi Jomaa, au poste de Premier ministre d’un
gouvernement intérimaire est un signe d’espoir, et prouve qu’une solution négociée,
qui intègre toutes les parties prenantes et toutes les sensibilités, dans un pays très divisé, est toujours possible. A défaut, de trouver ce type de consensus entre islamistes modérés et laïcs, le
risque est grand de voir revenir des régimes autoritaires au pouvoir, comme
cela avait été le cas dans les années 1960 après dix années de turbulences.
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Amaury BETS
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