Vladimir Poutine se "réserve" le droit d'intervenir militairement en Ukraine. Menace crédible ou simple fuite en avant ?
On
ne parle plus que de lui. Après avoir infligé une humiliation diplomatique à
l’administration Obama sur le dossier syrien, après avoir été consacré Homme de
l'année par certains médias, après avoir triomphé à Sotchi, sa station
balnéaire fétiche, Vladimir Poutine serait par le prisme de la crise
ukrainienne en train de faire trembler l’Occident, de réintroduire le mécanisme
des blocs et de replacer son pays à la place qu’elle mérite : celle de
superpuissance. Stratège hors pair, amateur d’échec, patient, silencieux, et
cynique, le leader russe serait en train de (re)prendre l’ascendant en Europe
face à des leaders inconsistants, sans testostérone et décrédibilisés auprès de
leur opinion publique. Soufflant le chaud et le froid, alternant phases de
tensions extrêmes et d’apaisement de courte durée pour mieux repartir à la
charge peu après, le chef du Kremlin gagnerait son bras de fer contre les chancelleries
occidentales, effrayées par la perspective d’un conflit ouvert face à l’ours
russe qui tel le Phénix renaîtrait de ses cendres. Pour
construire le retour en grâce de son pays, Vladimir Poutine s’appuierait à la fois sur les
incohérences, les faiblesses, et les divisions de la diplomatie européenne.
S’ils ne cessent de critiquer le leader russe, les dirigeants européens ou
américains ne seraient que des marionnettes, promptes à retourner leur veste au
grès du vent, selon les turpitudes internationales. Les exemples ne cesseraient
de se multiplier. Après avoir accueilli triomphalement Moummar Kadhafi à
l’Elysée au début de son quinquennat, Nicolas Sarkozy se serait quelques
années plus tard, transformé en chef de croisade contre le leader libyen,
redevenu « paria » de la « communauté internationale ». Aux Etats-Unis, le «
smart power » stérile d’universitaires fraîchement diplômés aurait succédé au
« hard power » des années Bush et ses interventions meurtrières en Afghanistan
puis en Irak, mais n’aurait en rien affaibli l’« l’impérialisme américain »,
menaçant le monde par son arrogance. Sur
la scène nationale, les leaders politiques ne feraient pas mieux qu’à
l’extérieur et ne constitueraient que de vulgaires « chefs de clan » de partis
sclérosés, cherchant sans cesse à séduire les minorités pour se faire
(ré)élire. Face à ces dérives, le pouvoir autocratique de Vladimir Poutine, qui
verrouille le système politique russe depuis 15 ans constituerait donc une
alternative crédible et viable à l’avenir !
Tout
ça marcherait bien, mais seulement dans le monde « virtuel » voulu par les
défenseurs de l'envoûtante « planète Poutine » constituée principalement d'argile. La vérité est plus prosaïque, peut-être, et moins « impériale » aussi. La vérité est que la Russie vient de perdre
l’Ukraine, ou la « petite Russie », toute seule, sans intervention d’aucune autre force, sans l’aide de personne, mais par la seule volonté d’un Peuple, asphyxié par un modèle soviétique incapable de lui apporter de richesses et de l'extraire de la pauvreté. Il faut dire que
les prouesses -et les promesses- économiques de la Pologne, son voisin de
l’Ouest, à la croissance fulgurante, contrastent et finissent par faire réfléchir. Le modèle russe,
à bout de souffle est, lui, paralysé par une myriade de problèmes et de
dysfonctionnements : vieillissement démographique, corruption généralisée de
l’appareil d’Etat tentaculaire, et ultra-dépendance aux hydrocarbures – qui représentent près de 75% des exportations du pays- sont autant de maux qui handicapent la Russie. Ce que l’on voit plutôt ; c’est une Ukraine séduite
par le modèle européen, dont certains de ses citoyens sont allés jusqu'à faire le
sacrifice de leur vie pour le défendre. Face à cette vérité dérangeante pour les eurosceptiques,
la « planète Poutine » répond que la révolte ukrainienne est un complot ourdi par l’Occident,
par les impérialistes américains, séparés géographiquement par des milliers de kilomètres et un
océan ! Pour masquer la progression de l’idéal européen qu’il déteste tant pour
ses « frivolités », Monsieur Poutine s’offusque de l’invasion de « pro-nazis »
et de « fascistes » dans les rues de Kiev, comme un relent de la propagande de l’Union soviétique. Sur le volet boursier, le leader russe avertit qu’en cas
de sanctions, il mettra le système financier américain à genoux. Or depuis le
début de la crise, seule la Russie souffre et s'enfonce. L’indice de Gazprom,
la pépite nationale surprotégée, a perdu plus de 15% en une seule séance lundi dernier dans les échanges à la Bourse
de Moscou. Pire, la monnaie nationale, le rouble ne vaut plus rien, et touche
des plus bas historiques face à l’euro. Sur le volet militaire, quand Vladimir
Poutine critique fort justement les années Bush, il utilise pourtant en Crimée,
les mêmes méthodes que celles qu’il dénonce, en ne faisant toutefois pas usage du feu. Il utilise simplement un autre type de violence : la violence psychologique. En Ukraine, il viole effectivement la
souveraineté territoriale d’un Etat indépendant, au mépris de toutes les règles
de droit international, mais en justifiant cette intervention par des motifs "humanitaires" et magnanimes vis-à-vis d'un pays "frère", confronté au péril national-socialiste. Autre exemple de ce "hard power" qui ne
s'assume pas encore : monsieur Poutine critique la "légalité" des interventions
occidentales en Afghanistan, en Irak, tout en faisant voter l’utilisation de la force en Ukraine en à peine deux
heures, face à un Sénat, muselé. Il justifie ses actions en considérant la prise de pouvoir de Kiev comme un "coup d'état" et en présentant le 'pion' Ianoukovitch -méprisé au plus haut point par Poutine-, tel un rescapé des tueurs sanguinaires de la capitale ukrainienne, qui chercheraient à terroriser les citoyens russes de l'est du pays. Pour se
défaire de toutes ses ambiguïtés, le chef du Kremlin utilise
une rhétorique typique des soviétiques, en forme de pied de nez aux diplomates
occidentaux, dont le logiciel semble du plus en plus éloigné de leurs homologues russes, qui usent à merveille de provocation, d'ironie et de moquerie. A la question : « Y a-t-il des soldats russes en Ukraine ? », le président russe répond ainsi : « Non, les uniformes s'achètent dans n'importe quel magasin ».
Autrement dit, l’invasion en Crimée n’en est pas vraiment une, et les Européens
et Américains feraient mieux de réfléchir à deux fois avant d'ouvrir la bouche et de sortir leurs inepties.
Si
Monsieur Poutine a peut-être remporté la bataille de l’information en Ukraine,
grâce à l’utilisation habile du « brouillard de la guerre », l’idéal européen ne cesse pourtant de déferler à l’est, et de déchirer ce vaste écran de fumée, sous l’impulsion d'un leadership à trois têtes -polonais, français et allemand-. On peut encore se prosterner devant la « planète Poutine », ou devant les statues de Lénine, mais cela ne devrait plus empêcher l’Europe, et les valeurs de la « liberté » de se propager vers la Russie
Blanche » (Biélorussie) puis jusqu'à l’Oural, les "vraies" limites
géographiques de l'Europe ! À moins que ... L'histoire nous réserve de nouvelle surprise, et consacre la stratégie audacieuse du leader russe.
A
lire aussi sur la crise ukrainienne :
http://questionsinternationales.blogspot.fr/2014/02/revue-de-presse-internationale-lavenir.html
http://questionsinternationales.blogspot.fr/2014/02/revue-de-presse-internationale.html
http://questionsinternationales.blogspot.fr/2014/02/revue-de-presse-internationale.html
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Amaury
BETS
Article qui aurait pu être intéressant, mais qui vire rapidement au cauchemar paranoïaque... Peu crédible.
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