jeudi 26 décembre 2013

Top 10 des images fortes dans le monde en 2013

"Parce que nous vivons dans un monde qui bouge, et qui bouge, très vite, en ce moment ... quoi de mieux que des images chocs pour résumer 12 mois d'actualité foisonnante... à l'aube de 2014 !"

1. Un homme donne un coup de pied à une militante du mouvement féministe ukrainien Femen, alors qu'elle pose topless et soulève son poing pour protester contre les islamistes en face de la Grande Mosquée de Paris.



2. Un commandant syrien prend un moment pour penser dans la vieille vielle d'Alep



3. Un manifestant se dresse devant la police anti-émeute lors d'affrontements dans une manifestation contre la corruption et la hausse des prix à Rio de Janeiro, au Brésil.



4. Un homme portant un enfant se précipite hors du site d'un attentat à la voiture piégée à Peshawar, au nord-ouest du Pakistan.



5. Le cercueil de Margaret Thatcher arrive pour ses funérailles à la cathédrale Saint Paul de Londres.



6. Les femmes qui portent des enfants tentent d'échapper aux miliciens Shebab qui ont pris d'assaut le centre commercial Westage à Nairobi, au Kenya.



7. Une femme tente d'arrêter un bulldozer militaire pour protéger une personne blessée après des affrontements entre forces de sécurité et des groupes d'opposition qui ont fait des centaines de morts au Caire.



8. Un homme marche dans la Grande Mosquée d'Alep en Syrie. 



9. Un manifestant anti-gouvernement donne une rose à un soldat thaïlandais au ministère de la Défense lors d'un rassemblement à Bangkok.



10. Les catholiques prennent des photos avec leurs téléphones et tablettes du nouveau pape élu Francis, au moment où il prend la parole depuis le balcon central de la basilique Saint-Pierre au Vatican.



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Amaury BETS

mercredi 25 décembre 2013

Editorial : Les désillusions du Printemps arabe


Le Caire 20 novembre 2011. Un manifestant se tient debout devant une voiture en feu lors d’affrontements près de la place Tahir

Le printemps arabe est-il en train de tourner à l'aigre, et de muter en un « hiver arabe », particulièrement rude ? Trois ans après l’immolation de Mohammed Bouazizi, puis les renversements des régimes en Tunisie, en Egypte, et en Libye, les révoltes patinent, brisées  dans leur élan par l’instabilité politique et sécuritaire grandissante. Pour autant l'espoir n'a pas disparu. 


Un élan d'optimisme
La voie semblait libre, et les perspectives plus que prometteuses. Après des décennies de harcèlement, de tyrannie, et d’oppression, la détermination des Peuples à renverser des pouvoirs autocratiques, militaires et policiers, devait ouvrir la voie à une période de stabilité où progrès, et libertés cohabiteraient. Le pessimisme quant à la perspective d’un changement radical dans les pays arabes -dont le pouvoir était confisqué par la même clique depuis les années 1960- se trouvait brusquement remplacer par à un optimisme exagéré -comparable à celui à celui de l’Europe de l’Est dans les années 1990 à la chute du Mur- en vertu duquel le Moyen-Orient était en train d’accomplir –inévitablement- sa propre transition vers la démocratie !

Un retour à la réalité tragique
Force est de constater que les espoirs suscités ont rapidement –et tragiquement-  été déçus. A l’exception –possible et encore à prouver- de la Tunisie, certains pays comme l’Egypte et la Libye, dont les gouvernements ont été renversés en 2011, sont d’une certaine manière en pire état, qu’ils ne l’étaient trois ans plus tôt. En Egypte, Mohamed Morsi, premier président élu démocratiquement, fait face actuellement à un procès dans lequel il risque au pire la peine de mort et au mieux la réclusion à perpétuité, après sa destitution par l’armée dans ce qui est considéré par beaucoup comme un coup d’Etat, le 3 juillet dernier. Des centaines de ses partisans appartenant à la confrérie des Frères Musulmans, qui protestaient pacifiquement contre cette prise de pouvoir, ont ensuite été massacrés au Caire durant 3 jours, avec une brutalité aveugle, dépassant tout ce qui avait été vu, sous Gamal Abdel Nasser , Anouar el-Sadate ou Hosni Moubarak. En Libye, des manifestants qui dénonçaient courageusement  la présence des milices armées à Benghazi et à Tripoli ont été sauvagement abattus à la mitrailleuse lourde, comme dans les pires heures du régime du colonel Kadhafi. En Syrie le soulèvement pacifique s'est transformé de jour en jour en un cycle de violences sectaires, qui dépasse, à titre de macabre comparaison, les atrocités commises en Irak durant le pic des affrontements confessionnels entre chiites et sunnites.

La destruction des économies des pays arabes
Conséquence directe de l’instabilité et des convulsions politiques de la période post-révolution, les pays du printemps arabe ont tous connus une dégradation fulgurante de leurs économies. Baisse vertigineuse du PIB, chômage de masse, chute rapide des exportations, fuite massive des capitaux… Les Etats souffrent des mêmes maux, mais les raisons de ce marasme différent selon les cas. Si dans les cas égyptien et tunisien, l’écroulement du tourisme –secteur clef de l’économie- est à l’origine de la déroute, dans le cas libyen, c’est la trop forte dépendance aux hydrocarbures, et le fort recul de la production pétrolière qui est responsable des difficultés.   

Pourquoi un tel échec ?
Tiraillées entre les « forces de la colère » et les « forces conservatrices », les sociétés arabes étaient sans doute insuffisamment préparées à l’alternance politique, après des décennies de confiscation du pouvoir par des régimes policiers, et militaires. L’alliance fortuite entre des démocrates laïcs et des islamistes conservateurs n’a pas permis d’établir une feuille de route claire et précise pour assurer une transition politique viable, incluant notamment certains des « diabolisés » de l’ancien régime. Par ailleurs, et quasi-simultanément à la révolution, les forces de la "contre-révolution" se sont organisées, et ont été financées notamment par les  riches monarchies du Golfe, craignant elles aussi pour leur autorité, ce qui a eu pour effet de considérablement affaiblir le mouvement naissant, et de le désorganiser encore un peu plus de l’intérieur.

Qu'attendre du futur ? 
Après des mois de tensions politiques, exacerbées par l’assassinat de deux figures emblématiques de l’opposition, l’accord trouvé entre les islamistes au pouvoir et les laïcs  en Tunisie, pour nommer l’actuel ministre de l’industrie, Mehdi Jomaa, au poste de Premier ministre d’un gouvernement intérimaire est un signe d’espoir, et prouve qu’une solution négociée, qui intègre toutes les parties prenantes et toutes les sensibilités, dans un pays très divisé, est toujours possible. A défaut, de trouver ce type de consensus entre islamistes modérés et laïcs, le risque est grand de voir revenir des régimes autoritaires au pouvoir, comme cela avait été le cas dans les années 1960 après dix années de turbulences.  

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Amaury BETS

mardi 24 décembre 2013

Tribune Libre : Au nom de l'Europe, sortons de l'UE !

Lettre Ouverte, offre chaque mois une Tribune Libre, à un commentateur, spécialisé sur les grandes questions internationales. Les opinions exprimées dans l'article n'engagent que son auteur.  



Crise de l’euro, directives européennes sur l’alimentation totalement décalées, traité transatlantique, fausses prises de bec entre Montebourg et Barroso, l’UE n’est pas seulement au cœur de l’actualité, elle est au cœur du nid à problème qui nous enserre depuis 30 ans.


L’Union Européenne, organisation d’ordre politico-économique, démontre un peu plus chaque jour qu’il s’agit davantage d’une structure de parachèvement du bloc américain plutôt qu’une structure d’indépendance par rapport aux États-Unis. L’histoire des espionnages des ambassades européennes par les États-Unis et le début des négociations pour la concrétisation d’un grand marché euratlantique ont fait tomber des nues les quelques européistes qui croient encore au mythe de « l’UE contrepoids de l’empire américain », comme l’atteste la récente montée au créneau de Jean Quatremer de Libération (à partir de la 15ème minute). On voit bien qu’aujourd’hui, loin de l’idée d’origine « à plusieurs nous pèserons plus dans la mondialisation », l’UE est bien davantage le cheval de Troie de cette mondialisation sauvage, recueillant entre ses 28 paires de mains tous les inconvénients de celle-ci en n’ayant comme avantages pour ses consommateurs précarisés que des produits asiatiques moins chers.

La France puise une grande part de ses maux dans l’asphyxie entraînée par la participation à cette UE à la dérive. En témoigne les 7 milliards d’€ de contributions annuelles au budget de l’UE, ajoutés aux dizaines de milliards données aux banques grecques dans le cadre de ce feuilleton digne des « Feux de l’Amour » en terme de longévité. D’ailleurs, parmi les rares politiques européennes dont on vante le soi-disant succès se trouve en bonne place la Politique Agricole Commune (PAC). Ainsi, le budget européen dépense 8,3 milliards d’€ chaque année en France. En dernière instance, les agriculteurs figurent parmi les premières professions touchées par le suicide, au point de devenir le mal français, on réalise les soi-disant bienfaits de cette manne mal employée.

Sur le plan industriel, on a d’abord vanté la capacité de protection de l’UE à travers la Commission européenne sur le problème épineux des panneaux solaires. Au final, la réaction a été beaucoup trop tardive, signe d’une bureaucratie européenne lente au possible. Alors qu’en 2004-2005, l’UE dominait la production de panneaux solaires avec le Japon, moins de 10 ans plus tard, la Chine contrôle plus des trois-quarts du marché quand il ne reste plus que 7% pour l’Europe. L’accord conclu avec la Chine a été vécu comme « une capitulation » par les industriels européens qui ont fait appel de la décision, montrant bien aux yeux des européens qui en doutaient que la soi-disant forteresse européenne, rempart de la concurrence déloyale, n’était que du vent. Enfin, sur le plan financier, Michel Barnier, commissaire français au marché intérieur et aux services, chargé de mettre au point des règles européennes devant servir à tirer les leçons de la crise financière, n’a toujours pas pu les mettre en application alors queles réformes issues de Bâle III sont prévues pour… 2019 ! Soit 11 ans après le déclenchement de la crise! Au final, la finance n’a pas été réformée, la BCE porte le système financier à bout de bras et les pratiques des banques sont toujours aussi décalées de l’économie réelle avec un bilan des banques et un hors bilan omnipotents.
Par ailleurs, faute de frontières cohérentes par l’agrégation de toujours plus de pays membres, dans un esprit de conquête « des démocraties libérales, des droits de l’homme et du progrès », l’UE constitue un bloc d’une hétérogénéité telle qu’elle en fait perdre le cœur et la raison des peuples européens. Cette tournure des événements est en totale rupture avec l’esprit de la CEE d’origine.


Une Europe de la paix en paravent du chaos social

Ce projet devient mortifère par l’amoncellement de ses échecs économiques et sociaux. P. Séguin avait vu juste dans l’effacement du clivage gauche-droite au profit d’un autre qui se dessine de plus en plus: fédéralistes/patriotes. « Le PS et l’UMP sont les détaillants d’un même grossiste : l’UE ». Ce gaulliste a bien analysé les dérives dont il a été témoin dès les années 80 avec l’adoption de l’Acte Unique en 1985, ce virage complet dans la construction européenne, initié par les socialistes français comme F. Mitterrand et Jacques Delors, et validé ensuite par la droite libérale, en la personne de Jacques Chirac. Voyant l’impasse de leurs promesses économiques et sociales dans un monde lancé dans la « contre-révolution libérale », le PS s’est jeté à corps perdu dans deux slogans fédérateurs : « l’Europe et la paix ».

La paix n’était certes pas difficile à obtenir dans une Europe traumatisée par les guerres du XXème siècle et la chute du bloc de l’Est. La détention par la France du feu de dissuasion nucléaire, grâce au général de Gaulle, parachève le mouvement de paix que connait l’hexagone depuis la fin de la 2nde guerre mondiale. La paix, ce seul atout subsistant au sein de nos frontières, a été couronné en grande pompe fin 2012 par l’attribution du Prix Nobel de la Paix à l’UE. Figurant aujourd’hui en première ligne dans l’intervention en Syrie, l’UE ne mérite pas davantage ce titre que Barack Obama 4 ans auparavant, qui a maintenu ou initié davantage de conflits dans le monde que Georges W. Bush et père réunis.

Au prix d’un détricotage progressif du pacte consensuel d’après-guerre gaulliste construit par le Conseil National de la Résistance (CNR), au prix d’une libéralisation des services publics, d’une monnaie unique aux conditions allemandes fixant une orthodoxie économique et financière sur les autres pays d’Europe, l’UE a substitué son projet de coopération économique pour un projet fédéral qui résoudrait tous les problèmes. La doxa monétariste et de la concurrence ont été érigées en dogme, en but final, alors qu’ils ne doivent être qu’au surplus des moyens. La guerre économique de tous contre tous au nom de la paix politique s’est dessinée alors. En 30 ans, se sont enclenchés des vagues de privatisations, l’assèchement de la consommation sous l’effet du chômage de masse compensé par l’approvisionnement en crédits publics et privés, l’endettement favorisé par la prise de pouvoir de marchés financiers déréglementés et décloisonnés, une structure capital-travail jadis équilibrée et aujourd’hui totalement à l’avantage du capital, celui-ci étant nomade et sans frontière alors que le travail demeure national et sédentaire. Le modèle économique édifié sous le clivage patrons–travailleurs nationaux s’est trouvé métamorphosé en un clivage actionnaires nomades–salariés sédentaires.


La politique dessaisie de la maîtrise de son destin

On décide, à partir de là, cet acte « unique au monde: sortir la politique de l’économie, judiciariser la société », selon H.Guaino. On met la politique en pilotage automatique aux mains des experts, des technocrates, seuls habilités à tracer un destin sûr aux peuples face à des hommes politiques changeants et inconsidérés. C’est le mythe le plus abouti pour les économistes: la dictature éclairée, le despote bienveillant. À côté de cette théorie, on pense sans le dire, sans l’avouer, à la Chine qui répond tout à fait à ces critères: une dictature aux mains d’experts non élus à chaque poste au service d’une économie ouverte au dynamisme galopant. Cependant, avec l’engrenage des traités européens depuis l’Acte Unique, on ne peut plus faire de politique commerciale, de politique industrielle, de politique monétaire, bref de politique économique.

Le problème majeur étant qu’en sortant la politique du jeu, on a également sorti les peuples européens, ceux-ci se voyant appliquer des traités rejetés dans les urnes comme ça a été le cas en France, aux Pays-Bas et en Irlande. C’est pourquoi, toute bonne idée poussée trop loin devient mauvaise. La liberté de circulation des personnes, des capitaux, des marchandises comme absolu est une folie furieuse. Se sont ajoutés à cela une série de directives et de règlements, d’une vacuité et inconséquence prodigieuses, et alignés sur le droit anglo-saxon plutôt que le droit latin. En témoigne, la fameuse directive du mélange du vin rouge au vin blanc ou encore celle sur l’autorisation des farines animales pour les poissons d’élevage.

Par ailleurs, le couple franco-allemand étire son déséquilibre à un point inégalé. Du temps du général de Gaulle, certes la France était « le jockey et l’Allemagne le cheval », autrement dit la relation bilatérale était dominée par la France face à une Allemagne coupée en deux. Mais tous deux profitaient des fruits de la croissance, tous deux connaissaient un miracle économique. Aujourd’hui, l’Allemagne profite seule des miettes de croissance mondiale au détriment de la France et des pays d’Europe du Sud enlisés dans une crise sans fond. D’un coté une zone euro du Nord qui accumule les excédents commerciaux quand la zone euro du Sud, emmené par la France, creuse toujours plus de deficits commerciaux. Un chiffre est révélateur de la sortie progressive de l’Allemagne de l’intégration économique européenne : en 2007, l’UE représentait 65% du montant de l’excédent allemand, alors qu’en 2012 elle ne représente plus que 26%. Il est temps d’admettre cette vérité, indissociable de la constitution de la monnaie unique: avoir imposé une monnaie unique sur des économies aussi différentes n’a fait que les éloigner toujours plus, loin de la convergence et du rattrapage qui s’opérait avant l’euro. Il est temps désormais de reconstruire une Europe sur d’autres bases.

Les solutions raisonnables, telles que l’instauration d’une monnaie commune en lieu et place d’une monnaie unique ne semblent pas sur la table. Ainsi, le régime de monnaie commune était en cours jusqu’en 1999 par le biais du Système monétaire européen (SME) qui avait été scellé par Giscard et Schmidt en 1979. L’euro est aujourd’hui miné par les contradictions internes que certains économistes brillants avaient prévues dans les années 90, avertissant que l’euro ne pouvait être, en l’état, une zone monétaire optimale. La marche irréversible de la construction européenne devait suivre son cours, embryon de gouvernement mondial que l’on s’apprête à mettre en place à plus grande échelle pour le coup suivant. La « dictature des marchés », chère à Joseph Stiglitz, s’est doublée de la dictature technocratique de Francfort. Le plus cinglant exemple a été le véritable scandale du blocus économique décrété par la BCE sur Chypre et la saisie de 47% des avoirs bancaires des comptes de plus de 100 000 €, écartant ce pays de toute possibilité de reprise économique. L’île servira par contre de base avancée pour les desseins guerriers en Syrie plus tard… Depuis lors, la seule soupape de sécurité que les tenants de l’euro nous servaient, en nous chantant que l’euro protégeait l’épargne des européens, ne constitue plus qu’une nouvelle digue ayant sautée elle-aussi.


Une Europe de la coopération économique

L’UE est une organisation qui s’est accaparée l’Europe, s’est confondue dans les termes avec elle au point d’en être arrivé à dire « si on sort de l’UE, on sort de l’Europe ». On n’imagine pas bien par quel miracle le territoire français pourrait se détacher du continent européen à partir de Strasbourg, telle une fracture s’éloignant du Rhin vers les rivages atlantiques… La France est et restera européenne, son avenir n’a pas à être lié avec une organisation qui, par ses dogmes et son emprise, détermine une bonne partie de ses échecs passés et présents. Il est temps de différencier les deux dans un premier temps, pour s’en détacher une bonne fois pour toutes, dans un second temps.

Si l’on fait le bilan de la construction européenne, on voit que la convergence économique entre les pays membres s’est faite lorsqu’on n’a pas entrepris de céder des pans de souveraineté entiers à cette organisation. Alors que lorsqu’on a coopéré sur des projets industriels intelligents et d’avenir, l’Europe avançait et son niveau de vie avec. Si l’on veut répondre au cliché habituellement vitupéré, la France n’a pas à rester isolé. Elle demeure ancrée dans le territoire européen et a toute vocation à être motrice de projets industriels porteurs pour l’avenir avec ses partenaires européens: sur les énergies vertes, les nouvelles technologies, la lutte contre les maladies destructrices encore présentes, la ville durable de demain, etc. Autant de projets pour lequel la France dispose encore d’atouts indéniables et pour lesquels une mutualisation complémentaire avec d’autres pays disposant de savoirs-faire serait riche. En engageant des programmes d’investissements industriels, la France renouerait avec la tradition de son capitalisme industriel et entrepreneurial, loin du développement nocif de cette industrie financière spéculative ayant broyé ce capitalisme familial et productif. Ces projets de coopération auraient le mérite d’être une structure plus souple, plus respectueuse des traditions différentes d’États-nations distincts et donc au droit divergent, et surtout plus efficace, comme l’atteste le succès d’EADS et d’Ariane.

En matière politique, la France a de multiples voies de coopération supplémentaires à entretenir: la coopération méditerranéenne, la gestion plus intelligente de ses rapports avec les pays africains, l’approfondissement de sa présence et de son poids en Asie et en Amérique latine.

La France ne sera jamais isolée. En prenant l’initiative de sortir de l’UE, beaucoup d’autres pays d’Europe, l’Europe latine notamment, verraient dans cet acte révolutionnaire, une source d’espoir pour sortir du cercle vicieux lancé à pleine roue depuis 30 ans et que les peuples ne demandent qu’à rompre.  Elle magnifierait à tous les autres peuples du monde que la France s’est réveillée, a repris son destin entre ses mains et entend mener une politique indépendante, libre et coopérative.


Guillaume N.

dimanche 22 décembre 2013

Quand Poutine défend la liberté !


Vladimir Poutine, Président du gouvernement russe

Aveu de faiblesse, concession inédite du président face à une conjoncture économique dégradée, geste fort qui confirme son assise au pouvoir. Telles ont été les principales interprétations, très divisées de la presse internationale, suite à la décision surprise de Vladimir Poutine d’accorder sa grâce à Mikhaïl Khodorkovski, ex-magnat du pétrole, ex-homme le plus riche du pays, et rival de toujours. En tout état de cause, et à la lumière des derniers succès diplomatiques, l’annonce du chef du Kremlin s’apparente plus à un habile stratagème politique, qu’à une main tendue à l’Occident ! Preuve en est le ton, cynique et arrogant de Monsieur Poutine, déclarant devant un parterre de journalistes stupéfaits -à l’occasion de sa conférence de presse annuelle, transformée en marathon médiatique de 4 heures- : « Il a déjà passé plus de 10 ans en prison. C’est une punition grave. Dans un avenir proche un décret sera signé pour lui pardonner. »


Un geste d’ouverture ? Pas du tout !

Pour une partie de la presse française, à l’image du Figaro ou le Monde, la grâce accordée par monsieur Poutine à l’endroit de Mikhaïl Khodorkovski est « un geste d’ouverture à la veille des Jeux Olympiques organisée à Sotchi en février ». Le Nouvel Observateur est plus sceptique, et insiste sur le fait que « toutes ces libérations soulignent surtout le caractère autocratique et arbitraire du pouvoir russe. » L’International New York Times, s’interroge, quant à lui sur les mystères qui planent sur le dossier Khodorkovski, et explique ainsi que  « les circonstances de sa libération sont au moins aussi opaques que celles de son arrestation musclée en Sibérie en 2003 ». Pour the Time, l’interprétation est très différente. « Le locataire du Kremlin se sent suffisamment fort pour libérer celui qui est considéré par beaucoup en Occident, comme le principal prisonnier politique du pays, et qu’il ne craint pas non plus qu'il essaie de fédérer autour de lui une opposition crédible », écrit le magazine américain, tout en ajoutant « les dernières victoires de Poutine semblent avoir renforcé son estomac pour le risque. »

La libération de Khodorkosky pour renforcer Rosneft, le champion national russe ?
Certains voix défendent un autre point vue et considère que se sont surtout les considérations économiques et stratégiques qui ont poussé Vladimir Poutine à accorder sa grâce à l’ex-patron de Ioukos. Dans ce sens le Washington Post revient sur le démantèlement de la compagnie de Monsieur Khodorkovski en 2003, et la réorientation de ses meilleurs actifs, vers Rosneft, la compagnie pétrolière d’Etat. Pour le journal américain qui cite Igor Sechin, le tout puissant président de Rosneft, la libération de l’ex-magnat "pourrait aussi protéger les intérêts" de la perle russe dans l’affaire Ioukos. Dans ce sens, ce dernier aurait même proposé à l’ex prisonnier « un poste à sa mesure » dans la société qu'il dirige d'une main de fer. 

Une grâce surprise
Qu’elle soit motivée par des considérations politiques ou stratégiques, ou les deux à la fois, la libération de Monsieur Khodorkovski n’en reste pas moins une immense surprise. Ainsi, et « pendant des mois les médias russes ont signalé qu’une nouvelle série d’accusation contre l’oligarque était en préparation, ce que aurait pu le garder en prison bien après sa sortie prévue à l’été prochain », confirme le Time. « La police avait même procédé à l’interrogatoire de témoins dans le cadre de cette affaire, et l’un d’eux, l’économiste libéral Sergei Guriev, a fui à Paris cet été, de peur d’être mêlé à une poursuite imminente », ajoute l'hebdomadaire américain. Tout devait être fait pour qu’il ne soit pas libéré avant les élections présidentielles de 2018, au moment où Poutine devait être libre de briguer un quatrième mandat. 

La stratégie politique de Monsieur Poutine : écarter par tous les moyens les oligarques milliardaires du pouvoir
L’ex protégé de Boris Eltsine, que ce dernier a propulsé au rang de Président après sa démission en 1999, a réussi le tour de force d’éloigner les oligarques milliardaires du pouvoir, en surfant sur leur forte impopularité auprès de la population russe. The Guardian explique que « beaucoup de Russes considèrent toujours les oligarques avec dégoût, tandis qu’ils ont fait fortune dans les années 1990 ; dans une période où la population a été frappée de plein fouet par la pauvreté. » Pour asseoir son autorité, Monsieur Poutine " a arraché un à un le contrôle des secteurs stratégiques des mains des oligarques en utilisant ses armes favorites : la police, les procureurs et les tribunaux », ironise le Time.

Les succès diplomatique de Poutine s’enchaînent et consolide son pouvoir à l’intérieur
The Time insiste sur l’activisme et le renforcement du poids diplomatique de la Russie sur la scène internationale au cours des dernières mois,  à l’heure où l’Europe apparaît plus que jamais divisée et que l’administration américaine affaiblie à l’intérieur, multiplie les concessions à l’extérieur. « Au cours de l’année, il [Poutine] a battu l’Ouest dans un duel diplomatique sur la Syrie, dont il a défendu le régime. Juste cette semaine, il a éloigné l’Ukraine de son accord d’intégration avec l’Union Européenne, et acheté la loyauté des leaders de Kiev avec un plan de sauvetage économique. Enfin, sa vision de rivaliser avec l’Ouest en constituant une « Union eurasienne » des anciens Etats soviétiques est passée de la chimère à la réalité politique, alors que l’Arménie, le Kirghizistan et l’Ukraine, se sont rapprochés pour joindre le bloc commercial de la Russie avec la Biélorussie et le Kazakhstan. », écrit le Time.

Poutine veut la consécration de sa puissance à Sotchi
A l’heure où les responsables occidentaux multiplient les annonces de boycott des J.O. à Sotchi, Monsieur Poutine cherche surtout à « nettoyer son bilan sur le dossier des droits de l’Homme », explique The Time. « En février, Monsieur Poutine veut la plus grande validation possible de son règne, et qui plus est dans sa bien-aimée station balnéaire de Sotchi », poursuit le quotidien.

Khodorkovski ne reviendra pas en politique 
Après avoir trouvé refuge à Berlin, l'ex-patron de Ioukos a tenu, au cours d'une conférence de presse organisée hier -coïncidence ou pas-, près du site de célèbre "Checkpoint Charlie", à préciser qu'il ne reviendrait pas sur la scène politique russe. "Je n'ai pas l'intention de m'impliquer dans la politique. La lutte pour le pouvoir n'est pas pour moi". Visage pâle, et traits tirés, Monsieur Khodorkovski a tenu à remercier tous ceux qui avaient permis sa libération, dont Angela Merkel, la chancelière allemande, très critique vis-à-vis de Monsieur Poutine sur le dossier du respect des droits humains. L'intéressé a toutefois émis le souhait de se consacrer à la défense des prisonniers politiques en Russie et à l'étranger. "Les responsables politiques des pays occidentaux doivent se souvenir, dans leurs relations avec le président Poutine, que je ne suis pas le dernier prisonnier politique en Russie", a-t-il ainsi déclaré, selon des propos repris dans The Independent. Dans ce sens, pour Lyudmila Alexeyeva, à la tête de la plus ancienne organisation de droits de l’homme en Russie, et citée par le Washington Post, Khodorkovski pourrait à terme devenir "un leader spirituel indispensable en Russie, en remplissant un rôle similaire à ceux joués par la Mahatma Gandhi en Inde ou par Vaclav Havel en République Tchèque."

D’autres libérations à venir ?

En bon seigneur, et se sentant poussé des ailes, l’Homme fort de la Russie pourrait aussi accorder sa grâce aux turbulentes Pussy Riots et aux activistes de Greenpeace. « Avec 60% d’opinion favorable, le locataire du Kremlin peut bien s’accorder un peu de pitié », résume le Time. 

A lire aussi dans Lettre Ouverte sur la question russe :
http://questionsinternationales.blogspot.fr/2013/12/non-lukraine-nest-pas-vendre.html


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Amaury BETS

vendredi 20 décembre 2013

Pourquoi -pour une fois au moins- nous pouvons être fiers de la France




Au Quai d'Orsay, dans le bureau du ministre des Affaires Etrangères


On aura beau nous dire que rien ne va, que le pays sombre dans la crise économique, que la France est condamnée à la sclérose et à un interminable « déclin », qu’il n’y a pas d’avenir, et que nous ne pouvons rien y faire. On aura beau nous dire que l’on est les plus mauvais, les moins à même de réussir, les plus retard, que nous ne pourrons plus éviter la désintégration sociale. On aura beau nous dire que l’on dégringole dans tous les classements, et sur tous les tableaux, que l’on est la risée du monde, que les autres sont meilleurs, et que l’on pourra jamais plus les rattraper. On aura beau nous abreuver, tous les jours, de ces effrayantes litanies, relayées gaiement et sans scrupules par une certaine presse, motivée par l’avidité, et que se complaît dans la suffisance intellectuelle. On aura beau nous dire tout ce genre de chose, tout cela nous empêchera pas, nous, à Lettre Ouverte, de croire en une réalité bien différente. Oui, ces derniers jours, nous pouvons être fiers de notre exécutif, et plus généralement de notre pays.  Oui, à la lumière de la triste actualité qui secoue le monde, nous pouvons être fiers d’avoir un pays qui s’engage dans la défense des peuples. Nous pouvons être fiers d’avoir un pays qui assure, seul et contre tous, la défense des opprimés, des oubliés de l’Histoire, de tous ces vies brisées par des régimes ou des forces qui considèrent la liberté comme une insulte … Oui, nous pouvons être fiers de vivre dans un pays qui montre sa détermination à ne pas céder à l’obscurantisme. Oui, nous pouvons être fiers, pour une fois, au moins ! Nous en faisons le rêve.

Et il faut le dire nous en avons assez. Assez des trop nombreuses reculades des dernières semaines face à des régimes oppressifs, se moquant ouvertement de toutes les règles du droit pénal international. Assez de l’inaction en Syrie, et du soutien implicite au monstrueux régime de Bachar Al Assad. Assez de voir l’opposition syrienne se radicaliser peu à peu, et jour après jour, en une lutte terrible entre extrémistes chiites et sunnites, ceux des fanatiques du Hezbollah -soutenus par les russes-, et ceux des illuminés d’Al Qaeda, financés –d’ailleurs, et faut-il le rappeler- par de riches donataires des monarchies du Golfe, inquiets de l’influence grandissante de l’Iran dans la région. Assez de voir nos valeurs bradées, vendues au plus offrant. Assez de la tendance actuelle à considérer des régimes totalitaires à la hauteur de grandes démocraties occidentales, que nous représentons. Assez de ne rien dire face à l’arrogance et les sourires cyniques de Monsieur Poutine, ex-agent du KGB, élevé au rang de défenseur de la paix (sic) ! Assez de cette insoutenable inaction face à des crimes de masse, face à l’utilisation d’agents chimiques à l’encontre de civils, assez de ces tueries d’enfants, de ces charniers que l’on nous montre sans rien faire. Assez du silence et de l’inertie des européens sur les événements de Kiev. Assez des remontrances des pseudos pacifistes, qui affaiblissent, continuellement par la recherche de l’impossible « consensus », notre héritage. Assez, en définitive, d’accepter, sans rien dire, nos propres faiblesses, et la face d’un monde sombre et motivé seulement par ‘l’intérêt’ économique et stratégique. Oui, parfois, il faut se résoudre à combattre. Oui, parfois, il faut savoir lutter, et montrer sa force. Oui, parfois, la confrontation, est inévitable pour faire vivre notre glorieux héritage !

Heureusement, l’actualité des derniers jours, nous offre –enfin-  une petite bouffée d’oxygène. Une bouffée d’oxygène insuffisante, mais quand même salvatrice. Salvatrice, pourquoi ? Parce qu’elle stoppe la pente glissante, dans laquelle nous tombions. D’accord nous sommes seuls dans notre combat en Centrafrique. D’accord nous n’avons pas le soutien d’une Europe, éclatée, bureaucratisée, silencieuse face aux horreurs du monde. D’accord personne ne comprend encore la portée d’une telle mission. Pour autant, il ne faut pas avoir peur de l'isolement, et bien au contraire, puisque toute grande cause passe inévitablement -dans sa phase originelle- par une longue traversée du désert. Mais le temps finit toujours par faire son oeuvre, et emporter l'adhésion du plus grand nombre. Notre fierté vient du fait, que la France, par elle-même, sans se défausser de ses responsabilités, à décider d’interrompre le tragique engrenage en Centrafrique, que le Quai d’Orsay a su faire front sans se cacher derrière un protecteur qui n’existe plus. La France a décidé de s’opposer à ce monde « zéro-polaire » que l’on nous impose, que l’on sent poindre comme « norme » des relations internationales. Oui nous avons des valeurs à défendre, et nous le faisons courageusement. En libérant le Mali du péril des terroristes, en se montrant les plus motivés à frapper les installations militaires de Bachar el Assad, en intervenant en Centrafrique pour défendre les valeurs de notre civilisation, et en refusant de nous corrompre à Sotchi, les leaders français ont prouvé toute leurs détermination à briser la dangereuse spirale, que personne ne semble voir. Oui, nous le croyons pour être forts et unis à l’intérieur, nous avons besoin d’être puissants à l’extérieur.


En tout état de cause, et comme le disait Napoléon « on marche plus vite quand on marche seul ». Et nous en faisons le pari, bientôt, ils seront des centaines, des milliers, des millions, à nous vivre. Preuve que le courage paie toujours, et que la majorité silencieuse doit –aussi- se faire entendre, les Belges et les Polonais, ont fait le choix, de supporter la difficile opération « Sangaris ». Un signe d’espoir, à condition de ne pas se laisser aller à la sinistrose, de ne pas se taire, de résister, et d'enfin ouvrir les yeux face à l'oppression !

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Amaury BETS

Le 360 de l'actualité en images fortes

L'actualité internationale des 10 derniers jours en quelques images...


1. François Hollande a rendu ce lundi un hommage aux deux jeunes soldats français tués en Centrafrique la semaine dernière, dans une cérémonie organisée aux Invalides à Paris.







2. Abandonnée par la communauté internationale, Homs, la ville syrienne martyre croule sous un épais manteau de neige.






3. En Ukraine, et malgré le froid glacial, les manifestations des militant pro-européens se poursuivent place de l'Indépendance. 






4. Jérusalem est paralysée depuis jeudi dernier par une tempête de neige d'une ampleur inédite. L'armée a même été appelée en renfort pour déblayer les 37 centimètres de neige tombés sur les trottoirs de la ville Sainte. 






5. Quelques 6,5 millions d'électeurs étaient appelés à voter dimanche au Mali pour le second tour des élections législatives.






6. La poignée de main entre Barack Obama et Raul Castro, la première publique, entre deux présidents américain et cubain depuis plus d'un demi-siècles, avait été l'un des points forts de la cérémonie d'hommage à Nelson Mandela, le 10 décembre dernier. 






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Amaury BETS

mercredi 18 décembre 2013

Revue de presse : « Des renforts européens en Centrafrique ? »


Ci-dessus, la photo choc de The Independent pour illustrer la violence du conflit en Centrafrique 


S’il y a cinq ans, les dirigeants français ont tenté de s’éloigner du lourd héritage de la « Françafrique », les événements du Printemps arabe, et la dégradation de la situation sécuritaire dans la région sahélienne ont imposé aux responsables de faire machine arrière. Quoi qu’il en soit, l’intervention en Centrafrique est un « gros test » pour l’engagement français dans la région, tout autant que pour la constitution d’une Europe de la défense, estime la presse internationale.  



1- La mission en République Centrafricaine est plus compliquée que prévue.

L’International New York Times écrit que « la crise en République centrafricaine se révèle plus compliquée, violente, et désespérée que prévue par les Français, selon les diplomates occidentaux, les analystes et les militants des droits de l’Homme ». Le journal américain qui explique que « l’ampleur des besoins humanitaires et l’animosité croissante entre chrétiens et musulmans menacent l’objectif du Président Hollande de désarmer les milices, et de rétablir rapidement l’ordre ». Le Guardian, particulièrement pessimiste, dresse le parallèle avec d’autres crises régionales, au souvenir tragique. « Compte tenu des précédents historiques dans les pays africains au cours des deux dernières décennies, en particulier au Rwanda, et au Soudan, les espérances sont naturellement faibles pour que la crise centrafricaine se termine différemment. »
Il faut dire que l’intervention française en Centrafrique se révèle bien plus complexe que celle menée au Mali, quelques mois plus tôt. « Au Mali, on avait un ennemi assez identifiable dans une partie du pays, même grande, mais en République Centrafricaine, vous avez des communautés qui tombent dans la violence dans tout le pays. Ce n’est pas seulement un groupe. », a ainsi estimé, un diplomate occidental familier de la situation, cité par The International New York Times.


2- Le spectre d'un « l’Afrighanistan » dans la région sahélienne hante les responsables politiques français et motive l’opération « Sangaris »

Pourquoi les Français interviennent-t-ils à présent ? The Economist tente de répondre à la question, et rappelle le tournant stratégique opéré par la France, cinq ans plus tôt, en matière de défense, sous la présidence de l’ancien Président Nicolas Sarkozy, qui avait émis « le besoin de réorienter son action militaire de l’Afrique subsaharienne vers ‘un arc stratégique’ d’instabilité allant du Maghreb à la Corne de l’Afrique et du Golfe ». Un réexamen, resté sans lendemain. « L’insécurité croissante dans la région du Sahel aux Grands Lacs, a rendu difficile pour la France de rester sur la touche militairement », explique l’hebdomadaire britannique, qui dresse la liste des nouvelles menaces apparues depuis, comme « l’instabilité et l’infiltration des armes générées par le Printemps arabe, l’enracinement d’Al Qaeda, et d’autres réseaux terroristes dans le Sahel et au nord du Nigéria, ou encore l’augmentation des prises d’otages de ressortissants français. » Le média britannique qui conclut sur la possible constitution d'un « Afrighanistan » au Sud de l’Europe, imposant aux français de remettre la question de la sécurité en Afrique au sommet de l’agenda, comme le suggère le récent sommet de l’Elysée, du 6 décembre dernier.


3- Hollande défend fermement l’opération « Sangaris »

The Independent se fait l’écho de la « défense inhabituellement passionnée du Président Hollande, dans sa décision de lancer une deuxième opération dans une ancienne colonie française ». Le quotidien qui va plus loin, et qui cite les déclarations exaltées du chef de l’Etat, « Beaucoup de gens se demandent ce que nous faisons là-bas » a-t-il dit, après la mort de deux jeunes soldats français la semaine passée à Bangui. « Eh bien, c’est notre rôle. Nous avons une Histoire. Nous avons des valeurs. Il y a eu beaucoup d’interventions en Afrique Centrale au cours des 30 ou 40 dernières années. Elles étaient toujours destinées à défendre des dictateurs ou à les destituer. Je préfère agir pour défendre les peuples. », a-t-il ainsi expliqué.


4- Le début d’un engagement européen ?

Ce pourrait bien être un tournant majeur dans le conflit en Centrafrique. Alors que certains médias –et notamment le Washington Post- commence à s’inquiéter de l’isolement de Paris sur le dossier, le HuffingtonPost reprend la déclaration du ministre des affaires étrangères, Laurent Fabius, selon laquelle la France va « bientôt disposer des troupes sur le terrain de nos collègues européens ». Le quotidien ajoute que « les troupes au sol impliquées pourraient provenir de la Belgique et de la Pologne, et pourront être utilisées afin de soulager les forces françaises qui sécurisent l’aéroport de la capitale Bangui. ». Toutefois « aucune décision officielle n’aurait encore été prise », relativise le journal américain.


5- Le Président français veut aller plus loin et porter le projet d’une Europe de la défense


Alors que François Hollande a plaidé, la semaine dernière pour la création d’un fonds européen commun permanent pour financer les opérations militaires d’urgence dans les pays en crise, The Epochtimes, note que la proposition française, révèle toute les divergences entre les Nations du Vieux Continent en matière de défense et de sécurité. Question qui sera d’ailleurs au sommet de l’agenda du Conseil européen qui se réunit aujourd’hui et demain. Le bimensuel explique que ce  « différend expose le fossé entre la France, qui dispose de plusieurs bases militaires à l’étranger et fait valoir que l’Europe a la responsabilité d’anciennes colonies d’Afrique, et les pays comme l’Allemagne qui sont réticents à intervenir et dépenser l’argent des contribuables à l’étranger, dans un contexte de conjoncture économique dégradée. »

A lire aussi dans Lettre Ouverte sur l'opération "Sangaris"
http://questionsinternationales.blogspot.fr/2013/12/revue-de-presse-dans-lenfer-de-bangui.html


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Amaury BETS

La « cause palestinienne » ressuscitée par Mandela !




Nelson Mandela salue chaleureusement le chef de l’OLP, et ami Yasser Arafat, à son arrivée à Lusaka, le 27 février 1990



Les leaders palestiniens veulent récupérer l’héritage du Père de la Nation arc-en-ciel, pour faire vivre le rêve d’une Palestine libre. Toutefois l’élévation de Marwan Barghouti au rang de « Mandela palestinien », et de son exploitation par une certaine presse, pourrait bien contrecarrer leur plan.

Le prix Nobel de la Paix 1993 contribuera-t-il, aussi et à titre posthume, à redonner de l’élan à la cause palestinienne, reléguée dans l’agenda en troisième position des priorités régionales, après la crise syrienne, et les négociations sur le nucléaire iranien ? Alors que les dirigeants palestiniens tentent de toutes leurs forces, de lier leur lutte, à celle de Madiba en son temps contre le régime de l’Apartheid, la question est plus que jamais ouverte. 


Mandela  nouvelle arme politique des dirigeants palestiniens

Dire que Mandela soutenait ardemment  la cause palestinienne n’est pas un euphémisme. Grand ami de Yasser Arafat, le père de la Nation sud-africaine s’est toujours exprimé en faveur du droit des palestiniens à disposer librement de leur terre. « Notre liberté est incomplète sans la liberté des palestiniens » avait-il dans ce sens déclaré lors d’un discours en 1997. Mieux encore, l’ex-leader  sud-africain n’a jamais caché son animosité envers l’Etat d’Israel dans sa politique de soutien au gouvernement de l’apartheid. Preuve de ce climat tendu et malgré les hommages de façade, Benjamin Netanyahu, premier ministre actuel de l’Etat hébreu, ne s’est finalement par rendu à la cérémonie commémorative, organisée en l’honneur de Madiba, la semaine dernière.

Surfant sur cette vague,  les responsables palestiniens ont redoublé d’efforts pour dépeindre l’occupation israélienne comme une nouvelle forme d’apartheid  et se réapproprier l’héritage de Mandela, à l’heure où le processus de Paix est –plus que jamais- dans l’impasse. Mahmoud Abbas, le président palestinien, et leader du Fatah, a dans ce sens expliqué que la mort de Mandela constituait « une grande perte pour la Palestine », tout en ajoutant que l’ex-président sud-africain représentait « un symbole de la libération du colonialisme et de l’occupation pour tous les Peuples. » Khaled Meschaal, le leader politique du Hamas, a lui, déclaré que Madiba, était une source d’inspiration « pour tous les pays qui souffrent d’injustice et qui résistent aux occupants ».  Autre exemple, de ce mouvement en train de naitre, la publication mercredi dernier par 12 groupes de défense des droits palestiniens d’une déclaration commune commémorant Mandela. « Le succès de la lutte contre l’Apartheid en Afrique du Sud… nous donne l’espoir que nous, Peuple Palestinien, pouvous réussir dans notre lutte contre l’occupation israélienne et des pratiques d’Apartheid et de colonialisme », est-il ainsi écrit.


Qui pour incarner le « Mandela palestinien » ?

Mais c’est un détenu palestinien, oublié de l’actualité, qui pourrait devenir, dans les prochaines années, le « nouveau Mandela », tant son destin ressemble -de prime abord-, à celui de l’icône sud-africaine. Enlevé par les forces israéliennes dans une opération commando à Ramallah en avril 2002, il est depuis cette date, détenu à Jérusalem dans une cellule de 2 m x 1,5 m, sans éclairage, et sans fenêtre... . Condamné cinq fois à la prison à vie, Marwan Barghouti, apparait, tout désigné pour faire vivre la lutte de l’ex-leader sud-africain, son modèle, sur sa propre Terre. Lors de son procès il n'a cessé de récuser la compétence de la justice israélienne, comme l'avait fait Madiba avec la justice sud-africaine. « Cette cour est un outil utilisé par la sécurité israélienne pour continuer de commettre des crimes contre le peuple palestiniens et destinée à donner une légitimité à ces crimes », avait-il dit à l’époque.  « L'intifada a été une réaction du peuple palestinien à l'occupation, à la colonisation et à la non-application des accords d'Oslo », disait-il aussi, pour justifier la lutte.

A son tour, et de concert, comme tous les autres responsables palestiniens du haut rang, l’ancien chef du bras armé du Fatah en Cisjordanie, a tenté de se réapproprier l’héritage du leader sud-africain. Sa lettre ouverte au père de la Nation Sud-africaine en est la dernière illustration. « De l’intérieur de ma cellule de prison, je vous dis que notre liberté semble possible parce que vous avez atteint la vôtre. L’Apartheid n’a pas prévalu en Afrique du Sud et l’Apartheid ne doit pas prévaloir en Palestine. Les liens entre nos luttes sont éternelles », a-t-il ainsi écrit, faisait écho à ses propres déclarations d’il y a 11 ans.


Marwan Barghouti – Nelson Mandela ; une comparaison hasardeuse ?





Talenteux orateur, Marwan Barghouti, incarcéré depuis 2002 dans une prison de haute-sécurité israélienne entend incarner le Mandela palestinien


S’il se revendique de l’héritage de Mandela, le parcours de Barghouti en diffère pourtant sensiblement. Participation à des attaques terroristes, dont celle du Sea Food Market à Tel Aviv dans lequel 3 civils furent tués –qu’il continue de nier-. Rôle central dans la seconde Intifada. Implication dans des meurtres de civils israéliens. Appels répétés à la violence contre l’Etat hébreu. Non-repentance. La comparaison tourne court avec l’ex-leader sud-africain, étiqueté, lui aussi, à une certaine époque de « terroriste ». Et du fond de sa geôle, et après plus de 11 ans d’enfermement, Monsieur Barghouti ne semble pas avoir tiré un trait clair et définitif avec son passé. "Nous appelons notre peuple partout à commémorer l’anniversaire de la Nekba –exode des palestiniens en 1948- avec davantage de militantisme et de combat, et à escalader la cadence de la résistance contre l’occupation et l’implantation", déclarait-il encore en mai dernier.

Personnage plein de contradictions, le leader palestinien invite, pourtant, dans le même temps et depuis sa cellule n° 28, les Palestiniens à la réconciliation nationale et initie le Document des prisonniers palestiniens, proposant de former un gouvernement de coalition afin de surmonter l'impasse de la victoire du Hamas aux législatives de 2006. L'initiative appelle également à un cessez-le-feu et à la négociation avec Israël sur la base des frontières de 1967.

Quoi qu’il en soit, et en dépit de son sulfureux passé, et de toute sa complexité,  son portrait trône toujours fièrement sur le mur de séparation entre Israël et la Cisjordanie, surnommé "mur de l'apartheid" par les Palestiniens. Adulée par une grande partie de la jeunesse palestinienne désemparée par l’inaction politique de sa classe dirigeante, il est même de nouveau considéré, comme un successeur possible au vieillissant Président Mahmoud Abbas.  C'est "un homme qui, de sa prison, joue et jouera, c'est certain, une fois libéré, un rôle majeur pour bouger les lignes et ouvrir de nouvelles relations avec Israël", prédit même en avril dernier la vice-présidente du Parlement européen, Isabelle Durant.


L’Etat hébreu est-il vraiment fragilisé par la comparaison ?

Même si elles se (ré) apparaissent ces derniers jours, les comparaisons entre la colonisation juive et le système de l’Apartheid ne sont pas pourtant nouvelles.  Point de vue marginal, au moment de la parution du livre de Jimmy Carter en 2006, intitulé « Palestine : la Paix, pas l’Apartheid », -qui avait suscité une véritable levée de boucliers de la part des lobbies sionistes-, l’affirmation semble depuis cette date se propager à travers le monde et tend même à se banaliser, surtout en raison des échecs répétés à établir un Etat palestinien, et des doutes quant à la bonne volonté d’Israël.

Outre les déclarations des leaders palestiniens, et de celles de l’ancien président américain, les critiques, à l’encontre du la politique israélienne dans les territoires occupés gagnent aussi de l’intérieur mêmes des frontières de l’Etat Hébreu. « La situation qui s’est développée en Cisjordanie au cours des dernières décennies est une sorte d’Apartheid. Si vous comparez la souffrance du peuple noir en Afrique du Sud pendant les 40 années d’Apartheid, et la souffrance des palestiniens sous 46 ans d’occupation, je ne sais pas qui a le plus souffert » a ainsi déclaré Alon Liel, ancien ambassadeur d’Israël en Afrique du Sud. Cette comparaison, peu glorieuse, pourrait-t-elle inciter l’administration Netanyahu a enfin changé de ton, et à travailler efficacement pour la paix ? 

Pour l’heure, l’Etat hébreu ne semble pas vouloir changer sa ligne, et en guise de réponse à l’affirmation selon laquelle Israël fonctionnerait comme un régime de type Apartheid, Mark Regev, porte-parole du Premier Ministre israélien, a été on ne peut plus clair : « c’est un libelle qui ne résiste pas à l’examen », tout en ajoutant « c’est la stratégie marketing des palestiniens à l’attention de la communauté internationale. »



Si la volonté des palestiniens de lier leur combat à celui de Mandela est bien plus qu’une « stratégie marketing », comme le prouve la banalisation des rapprochements entre lutte anti-apartheid et colonisation juive, la lutte doit aussi être incarnée par un leader charismatique, à l’image d’un Nelson Mandela, capable de réunir, de dépasser les clivages, et d’accorder des concessions à « l’ennemi ». Dans ce sens, l’option Marwan Barghouti –dont la popularité ne se dément pas dans les territoires palestiniens-, peut constituer une alternative. Mais son violent passé, sa renonciation au rabais à la violence, et en définitive ce qu’il représente de haines, et de ressentiments continus pourraient aussi, et très rapidement, briser l’élan naissant. 

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Amaury BETS