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Crise de l’euro, directives
européennes sur l’alimentation totalement décalées, traité transatlantique,
fausses prises de bec entre Montebourg et Barroso, l’UE n’est pas seulement au
cœur de l’actualité, elle est au cœur du nid à problème qui nous enserre depuis
30 ans.
L’Union Européenne, organisation
d’ordre politico-économique, démontre un peu plus chaque jour qu’il s’agit
davantage d’une structure de parachèvement du bloc américain plutôt qu’une
structure d’indépendance par rapport aux États-Unis. L’histoire des espionnages
des ambassades européennes par les États-Unis et le début des négociations pour
la concrétisation d’un grand marché euratlantique ont fait tomber des nues les
quelques européistes qui croient encore au mythe de « l’UE contrepoids de l’empire
américain », comme l’atteste la récente montée au créneau de Jean Quatremer de
Libération (à partir de la 15ème minute). On voit bien qu’aujourd’hui, loin de
l’idée d’origine « à plusieurs nous pèserons plus dans la mondialisation »,
l’UE est bien davantage le cheval de Troie de cette mondialisation sauvage,
recueillant entre ses 28 paires de mains tous les inconvénients de celle-ci en
n’ayant comme avantages pour ses consommateurs précarisés que des produits
asiatiques moins chers.
La France puise une grande part
de ses maux dans l’asphyxie entraînée par la participation à cette UE à la
dérive. En témoigne les 7 milliards d’€ de contributions annuelles au budget de
l’UE, ajoutés aux dizaines de milliards données aux banques grecques dans le
cadre de ce feuilleton digne des « Feux de l’Amour » en terme de longévité.
D’ailleurs, parmi les rares politiques européennes dont on vante le soi-disant
succès se trouve en bonne place la Politique Agricole Commune (PAC). Ainsi, le
budget européen dépense 8,3 milliards d’€ chaque année en France. En dernière
instance, les agriculteurs figurent parmi les premières professions touchées
par le suicide, au point de devenir le mal français, on réalise les soi-disant
bienfaits de cette manne mal employée.
Sur le plan industriel, on a
d’abord vanté la capacité de protection de l’UE à travers la Commission
européenne sur le problème épineux des panneaux solaires. Au final, la réaction
a été beaucoup trop tardive, signe d’une bureaucratie européenne lente au
possible. Alors qu’en 2004-2005, l’UE dominait la production de panneaux
solaires avec le Japon, moins de 10 ans plus tard, la Chine contrôle plus des
trois-quarts du marché quand il ne reste plus que 7% pour l’Europe. L’accord
conclu avec la Chine a été vécu comme « une capitulation » par les industriels
européens qui ont fait appel de la décision, montrant bien aux yeux des
européens qui en doutaient que la soi-disant forteresse européenne, rempart de
la concurrence déloyale, n’était que du vent. Enfin, sur le plan financier,
Michel Barnier, commissaire français au marché intérieur et aux services,
chargé de mettre au point des règles européennes devant servir à tirer les
leçons de la crise financière, n’a toujours pas pu les mettre en application
alors queles réformes issues de Bâle III sont prévues pour… 2019 ! Soit 11 ans
après le déclenchement de la crise! Au final, la finance n’a pas été réformée,
la BCE porte le système financier à bout de bras et les pratiques des banques
sont toujours aussi décalées de l’économie réelle avec un bilan des banques et
un hors bilan omnipotents.
Par ailleurs, faute de frontières
cohérentes par l’agrégation de toujours plus de pays membres, dans un esprit de
conquête « des démocraties libérales, des droits de l’homme et du progrès », l’UE
constitue un bloc d’une hétérogénéité telle qu’elle en fait perdre le cœur et
la raison des peuples européens. Cette tournure des événements est en totale
rupture avec l’esprit de la CEE d’origine.
Une Europe de la paix en paravent
du chaos social
Ce projet devient mortifère par
l’amoncellement de ses échecs économiques et sociaux. P. Séguin avait vu juste
dans l’effacement du clivage gauche-droite au profit d’un autre qui se dessine
de plus en plus: fédéralistes/patriotes. « Le PS et l’UMP sont les
détaillants d’un même grossiste : l’UE ». Ce gaulliste a bien
analysé les dérives dont il a été témoin dès les années 80 avec l’adoption de
l’Acte Unique en 1985, ce virage complet dans la construction européenne,
initié par les socialistes français comme F. Mitterrand et Jacques Delors, et
validé ensuite par la droite libérale, en la personne de Jacques Chirac. Voyant
l’impasse de leurs promesses économiques et sociales dans un monde lancé dans
la « contre-révolution libérale », le PS s’est jeté à corps perdu dans deux
slogans fédérateurs : « l’Europe et la paix ».
La paix n’était certes pas
difficile à obtenir dans une Europe traumatisée par les guerres du XXème siècle
et la chute du bloc de l’Est. La détention par la France du feu de dissuasion
nucléaire, grâce au général de Gaulle, parachève le mouvement de paix que
connait l’hexagone depuis la fin de la 2nde guerre mondiale. La paix, ce seul
atout subsistant au sein de nos frontières, a été couronné en grande pompe fin 2012
par l’attribution du Prix Nobel de la Paix à l’UE. Figurant aujourd’hui en
première ligne dans l’intervention en Syrie, l’UE ne mérite pas davantage ce
titre que Barack Obama 4 ans auparavant, qui a maintenu ou initié davantage de
conflits dans le monde que Georges W. Bush et père réunis.
Au prix d’un détricotage
progressif du pacte consensuel d’après-guerre gaulliste construit par le
Conseil National de la Résistance (CNR), au prix d’une libéralisation des
services publics, d’une monnaie unique aux conditions allemandes fixant une
orthodoxie économique et financière sur les autres pays d’Europe, l’UE a
substitué son projet de coopération économique pour un projet fédéral qui
résoudrait tous les problèmes. La doxa monétariste et de la concurrence ont été
érigées en dogme, en but final, alors qu’ils ne doivent être qu’au surplus des
moyens. La guerre économique de tous contre tous au nom de la paix politique
s’est dessinée alors. En 30 ans, se sont enclenchés des vagues de
privatisations, l’assèchement de la consommation sous l’effet du chômage de
masse compensé par l’approvisionnement en crédits publics et privés,
l’endettement favorisé par la prise de pouvoir de marchés financiers
déréglementés et décloisonnés, une structure capital-travail jadis équilibrée
et aujourd’hui totalement à l’avantage du capital, celui-ci étant nomade et
sans frontière alors que le travail demeure national et sédentaire. Le modèle
économique édifié sous le clivage patrons–travailleurs nationaux s’est trouvé
métamorphosé en un clivage actionnaires nomades–salariés sédentaires.
La politique dessaisie de la
maîtrise de son destin
On décide, à partir de là, cet
acte « unique au monde: sortir la politique de
l’économie, judiciariser la société », selon H.Guaino. On met la
politique en pilotage automatique aux mains des experts, des technocrates,
seuls habilités à tracer un destin sûr aux peuples face à des hommes politiques
changeants et inconsidérés. C’est le mythe le plus abouti pour les économistes:
la dictature éclairée, le despote bienveillant. À côté de cette théorie,
on pense sans le dire, sans l’avouer, à la Chine qui répond tout à fait à ces
critères: une dictature aux mains d’experts non élus à chaque poste au service
d’une économie ouverte au dynamisme galopant. Cependant, avec l’engrenage
des traités européens depuis l’Acte Unique, on ne peut plus faire de
politique commerciale, de politique industrielle, de politique monétaire, bref
de politique économique.
Le problème majeur étant qu’en
sortant la politique du jeu, on a également sorti les peuples européens,
ceux-ci se voyant appliquer des traités rejetés dans les urnes comme ça a été
le cas en France, aux Pays-Bas et en Irlande. C’est pourquoi, toute bonne idée
poussée trop loin devient mauvaise. La liberté de circulation des personnes,
des capitaux, des marchandises comme absolu est une folie furieuse. Se sont
ajoutés à cela une série de directives et de règlements, d’une vacuité et
inconséquence prodigieuses, et alignés sur le droit anglo-saxon plutôt que le
droit latin. En témoigne, la
fameuse directive du mélange du vin rouge au vin blanc ou encore celle sur
l’autorisation des farines animales pour les poissons d’élevage.
Par ailleurs, le couple
franco-allemand étire son déséquilibre à un point inégalé. Du temps du général
de Gaulle, certes la France était « le jockey et l’Allemagne le
cheval », autrement dit la relation bilatérale était dominée par la France
face à une Allemagne coupée en deux. Mais tous deux profitaient des fruits de
la croissance, tous deux connaissaient un miracle économique. Aujourd’hui,
l’Allemagne profite seule des miettes de croissance mondiale au détriment de la
France et des pays d’Europe du Sud enlisés dans une crise sans fond. D’un
coté une zone euro du Nord qui accumule les excédents commerciaux quand la zone
euro du Sud, emmené par la France, creuse toujours plus de deficits
commerciaux. Un chiffre est révélateur de la sortie progressive de l’Allemagne
de l’intégration économique européenne : en 2007, l’UE représentait 65% du
montant de l’excédent allemand, alors qu’en 2012 elle ne représente plus que
26%. Il est temps d’admettre cette vérité, indissociable de la constitution de
la monnaie unique: avoir imposé une monnaie unique sur des économies aussi
différentes n’a fait que les éloigner toujours plus, loin de la convergence et
du rattrapage qui s’opérait avant l’euro. Il est temps désormais de
reconstruire une Europe sur d’autres bases.
Les solutions raisonnables,
telles que l’instauration d’une monnaie commune en lieu et place d’une monnaie
unique ne semblent pas sur la table. Ainsi, le régime de monnaie commune était
en cours jusqu’en 1999 par le biais du Système monétaire européen (SME) qui
avait été scellé par Giscard et Schmidt en 1979. L’euro est aujourd’hui
miné par les contradictions internes que certains économistes brillants avaient
prévues dans les années 90, avertissant que l’euro ne pouvait être, en l’état,
une zone monétaire optimale. La marche irréversible de la construction
européenne devait suivre son cours, embryon de gouvernement mondial que l’on
s’apprête à mettre en place à plus grande échelle pour le coup suivant. La «
dictature des marchés », chère à Joseph Stiglitz, s’est doublée de la dictature
technocratique de Francfort. Le plus cinglant exemple a été le véritable
scandale du blocus économique décrété par la BCE sur Chypre et la saisie de 47%
des avoirs bancaires des comptes de plus de 100 000 €, écartant ce pays de
toute possibilité de reprise économique. L’île servira par contre de base
avancée pour les desseins guerriers en Syrie plus tard… Depuis lors, la seule
soupape de sécurité que les tenants de l’euro nous servaient, en nous chantant
que l’euro protégeait l’épargne des européens, ne constitue plus qu’une
nouvelle digue ayant sautée elle-aussi.
Une Europe de la coopération
économique
L’UE est une organisation qui
s’est accaparée l’Europe, s’est confondue dans les termes avec elle au point
d’en être arrivé à dire « si on sort de l’UE, on sort de l’Europe ». On
n’imagine pas bien par quel miracle le territoire français pourrait se détacher
du continent européen à partir de Strasbourg, telle une fracture s’éloignant du
Rhin vers les rivages atlantiques… La France est et restera européenne, son
avenir n’a pas à être lié avec une organisation qui, par ses dogmes et son
emprise, détermine une bonne partie de ses échecs passés et présents. Il est
temps de différencier les deux dans un premier temps, pour s’en détacher une
bonne fois pour toutes, dans un second temps.
Si l’on fait le bilan de la
construction européenne, on voit que la convergence économique entre les pays
membres s’est faite lorsqu’on n’a pas entrepris de céder des pans de
souveraineté entiers à cette organisation. Alors que lorsqu’on a coopéré sur
des projets industriels intelligents et d’avenir, l’Europe avançait et son
niveau de vie avec. Si l’on veut répondre au cliché habituellement vitupéré, la
France n’a pas à rester isolé. Elle demeure ancrée dans le territoire européen
et a toute vocation à être motrice de projets industriels porteurs pour
l’avenir avec ses partenaires européens: sur les énergies vertes, les nouvelles
technologies, la lutte contre les maladies destructrices encore présentes, la
ville durable de demain, etc. Autant de projets pour lequel la France dispose
encore d’atouts indéniables et pour lesquels une mutualisation complémentaire
avec d’autres pays disposant de savoirs-faire serait riche. En engageant des
programmes d’investissements industriels, la France renouerait avec la
tradition de son capitalisme industriel et entrepreneurial, loin du
développement nocif de cette industrie financière spéculative ayant broyé ce
capitalisme familial et productif. Ces projets de coopération auraient le
mérite d’être une structure plus souple, plus respectueuse des traditions
différentes d’États-nations distincts et donc au droit divergent, et surtout
plus efficace, comme l’atteste le succès d’EADS et d’Ariane.
En matière politique, la France a
de multiples voies de coopération supplémentaires à entretenir: la coopération
méditerranéenne, la gestion plus intelligente de ses rapports avec les pays
africains, l’approfondissement de sa présence et de son poids en Asie et en
Amérique latine.
La France ne sera jamais isolée.
En prenant l’initiative de sortir de l’UE, beaucoup d’autres pays d’Europe,
l’Europe latine notamment, verraient dans cet acte révolutionnaire, une source
d’espoir pour sortir du cercle vicieux lancé à pleine roue depuis 30 ans et que
les peuples ne demandent qu’à rompre.
Elle magnifierait à tous les autres peuples du monde que la France s’est
réveillée, a repris son destin entre ses mains et entend mener une politique
indépendante, libre et coopérative.
Guillaume N.

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