Le Président tchadien Idriss Déby (à gauche de l'image) a poussé Michel Djotodia (à droite), le président par intérim de la République centrafricaine, à la démission vendredi dernier.
La presse anglo-saxonne revient sur la démission surprise du président centrafricain par intérim Michel Djotodia, et de son premier ministre Nicolas Tiangaye. Dans leur ensemble, les quotidiens doutent que l’annonce puisse stopper le cycle de violences sectaires et inter-religieuses en cours dans le pays. Certains, plus pessimistes encore, redoutent une amplification des représailles à l'encontre des Séléka, chassés du pouvoir, surtout si la transition politique venait à mal tourner.
Les circonstances de la
démission
Les leaders régionaux, et en
particulier le président tchadien Idriss Déby –souvent accusé d’ingérence par
son voisin centrafricain- ont joué un rôle clé-sous la pression française- dans le départ précipité de
Michel Djotodia du pouvoir. « Son sort a été scellé lors d’un sommet
régional au Tchad » confie le Guardian. « La démission est
intervenue après que Monsieur Djotodia se soit montré incapable d’enrayer la
vague de combats inter-religieux entre les milices musulmanes et chrétiennes qui
a vu près d’un quart de la population centrafricaine fuir leur maison», précise
le Financial Times, tout en ajoutant que « les analystes et des
diplomates auraient déclaré que les pays voisins, menés par Idriss Déby, le
président du Tchad et allié français, avaient perdu patience envers monsieur Djotodia
après une nouvelle vague de violence au cours de la période de Noël ». Une
décision qui va dans le sens des déclarations récentes de François Hollande, le
président français, qui n’a jamais caché son intention de voir le leader de
Séléka évincé du pouvoir. « Je ne veux pas pointer du doigt, mais on ne peut
pas garder en place un président qui n'a pas été en mesure de faire quoi que ce
soit [pour arrêter la violence] - ou pire, qui a laissé les choses en l’état»
avait ainsi déclaré l’intéressé au début de l’intervention
« Sangaris ».
Les réactions alternent entre
joie et scepticisme
L’annonce de la démission a
déclenché des scènes de liesse dans les rues de Bangui, peu habituées à ce type
de célébrations ces derniers mois. La foule « agitant des feuilles de
palmiers et criant des slogans contre le président, sortant, Michel Djotodia,
ont mis une atmosphère de fête dans une ville meurtrie et endeuillée », a
ainsi résumé le New York Times. Mais les démonstrations de joie ont
malheureusement tourné court. « La colère refoulée pendant des mois de
répression est encore évidente. Les foules se sont précipitées pour piller un
magasin appartenant à des musulmans, et les membres se la Séléka, le
groupe rebelle de Monsieur Djotodia, ont été poursuivis dans les rues »
écrit encore le quotidien américain.
Un « bourbier »
auquel s’ajoute un « désastre humanitaire »
Une démission qui intervient au
moment où la situation ne cesse de s’envenimer. Dans ce sens, The Economist
n’hésite plus à parler de « quagmire » ou de « bourbier » pour
les forces françaises engagées en Centrafrique. L'hebdomadaire reprend les
déclarations de responsables de Médecins Sans Frontière, selon lesquelles la
« situation à Bangui est hors de contrôle », et revient aussi sur la
chute du soutien de l’opinion française à l’opération « Sangaris ». « Seulement
41% -contre 51%- des sondés soutiennent l’intervention », précise ainsi le magazine britannique. Face au nombre croissant de réfugiés, The
Independent indique que le pays serait également au bord d’un
« désastre humanitaire ».
L’évacuation des
ressortissants étrangers s’accélère.
Alors que près de la moitié des
résidents de la capitale Bangui a quitté la ville, ce sont désormais les
ressortissants étrangers qui multiplient les demandes, en vue de quitter le
pays, ravagé par les violences. « Plusieurs gouvernements, tels que le Mali, le
Sénégal, le Niger et le Tchad ont déjà organisé des vols d'évacuation, mais ont
besoin de ressources supplémentaires pour faire face à tous les migrants qui
veulent quitter la République centrafricaine », a ainsi déclaré Carmela
Godeau, directeur des opérations en Afrique de l’Ouest pour l’Organisation
Internationale des Migrations, dans des propos repris par The Independent.
« Près de 27 000 ont déjà été évacués par leurs gouvernements, mais au
moins 33 000 ont encore besoin d'une aide urgente », a-t-elle également
indiqué.
Un avenir en pointillés.
Alors que le conflit atteint un
degré inédit de violence -comprenant viols,
meurtres, exécutions sommaires, pillages, lynchages et cas de cannibalisme- le futur reste toujours -et plus
que jamais- incertain. « Le pays n’a jamais vécu quelque chose comme
ça » a dans ce sens déclaré Alexandre Ferdinand Nguendet, le leader du
Parlement, devenu vendredi, président par intérim de la Centrafrique, au cours
d’une interview à N’Djamena, la capitale tchadienne. Des inquiétudes émergent
quant à la transition politique, et la capacité des nouveaux dirigeants à
stabiliser le pays, confronté à d’importantes divisions. « Les démissions
créent un vide politique dans le pays riche en minéraux qui a été en proie, pendant des mois, à une
spirale de meurtres et de vengeance entre les militants musulmans et les groupes
de 'justiciers' chrétiens », explique le Wall Street
Journal. De nouvelles violences ne sont donc absolument pas à exclure.
« Un responsable français a mis en garde que les groupes armés alignés
avec M. Djotodia pourraient s'en prendre à la population à la suite de son
départ », souligne encore le quotidien américain.
A lire aussi sur le conflit en Centrafrique :
http://questionsinternationales.blogspot.fr/2013/12/revue-de-presse-des-renforts-europeens.html
http://questionsinternationales.blogspot.fr/2013/12/revue-de-presse-dans-lenfer-de-bangui.html
A lire aussi sur le conflit en Centrafrique :
http://questionsinternationales.blogspot.fr/2013/12/revue-de-presse-des-renforts-europeens.html
http://questionsinternationales.blogspot.fr/2013/12/revue-de-presse-dans-lenfer-de-bangui.html
--
Amaury BETS

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire