mercredi 11 décembre 2013

Revue de presse : "Dans l'enfer de Bangui"

L'hommage de François Hollande aux victimes françaises


Tour d’horizon des réactions de la presse anglo-saxonne à la dégradation de la situation sécuritaire en République Centrafricaine, cinq jours après le déclenchement de l’opération française « Sangaris » pour désarmer les milices rebelles et assurer la transition politique. Si les commentaires saluent–en majorité- le courage de la décision française, les médias insistent aussi sur les risques d’une guerre de « religions » dans le pays. La liste des grands thèmes abordés par les médias américains & britanniques :


1- Une Afrique toujours, incapable d’assurer sa sécurité

« Les dirigeants africains ont pour la plupart exprimé -lors du Sommet de l'Elysée pour la Paix et la Sécurité en Afrique des 6 et 7 décembre derniers-, leur soutien à l’intervention française en République Centrafricaine, qui, comme l’intervention du Mali, a été autorisé par le Conseil de Sécurité des Nations-Unies » explique le Financial Times. Dans cet esprit, Macky Sall, le Président du Sénégal a soutenu que la France devait continuer à jouer son rôle sur le Continent, tout en reconnaissant que « l’Afrique n’est pas en mesure d’assurer sa sécurité ». Lueur d’espoir toutefois, l’intéressé a précisé que les lignes commençaient –progressivement – à bouger. « Ce qui a changé ; c’est la perception des africains à la sécurité, que la sécurité est un impératif pour le développement », a-t-il ainsi déclaré.



2- Hollande affronte le bourbier, et l’instabilité grandissante

Les médias anglo-saxons se sont montrés surpris par la décision du Président Hollande de se rendre en Centrafrique, au cinquième jour de l’opération « Sangaris », au moment où la situation sur le terrain ne cesse de se dégrader. « François Hollande est devenu le premier président français depuis deux décennies à aller dans une zone de guerre, faisant une halte dans l’anarchique République centrafricaine sur le chemin du retour de la cérémonie commémorative de Nelson Mandela », précise ainsi the Independent. Revenant sur la mort des deux soldats français, tués près de l’aéroport de Bangui, le Huffington Post explique « que les premières victimes soulignent la volatilité de la mission française qui est d’apporter la stabilité dans une capitale ayant basculé dans l’anarchie, et où une foule, a lapidé à mort, un ennemi présumé dans la rue, et où les combattants armés ont enlevé et tué des patients hospitalisés, dans la journée de lundi. »


Des soldats français en patrouille dans la Capitale Bangui, lundi.



3- La transformation d’un conflit ethnique en un conflit sectaire entre Chrétiens et Musulmans.

C’est la principale inquiétude des médias anglo-saxons. « Les tensions ont de nouveau éclaté hier quand une foule de jeunes hommes a mis le feu à une mosquée dans un quartier de la Capitale » a ainsi commenté le Guardian. Et le risque est grand de voir le conflit basculer, selon le Wall Street Journal, « Alimentée par des rivalités ethniques, le conflit a maintenant pris une dimension sectaire dans sa nature, alors que le chef rebelle Michel Djotodia s’est installé comme le premier dirigeant musulman dans un pays à majorité chrétienne. » Et à l’International Business Times, titrant « une spirale de conflits meurtriers incontrôlable en République Centrafricaine », de rappeler que «  la crise en cours a déjà déplacé au moins 10% d’une population de 4,5 millions et tué des centaines de civils. »



4- Les fantômes du génocide hantent les représentants de l’ONU.


Contrairement à la presse hexagonale, les médias d’informations anglo-saxons n’insistent pas sur l’isolement de la position française, et considèrent au contraire que l’ONU donne toute sa bénédiction à l’opération « Sangaris ». Preuve en est, les avertissements répétés des responsables de l’organisation, tout comme les déclarations de hauts représentants, qui craignent la répétition d’un génocide en Centrafrique. « La combinaison de déploiements français et la préparation rapide d’une opération régionale est probablement la moins mauvaise option », analyse ainsi un ancien officiel des Nations Unies. Alors que le New York Times titre « Stopper l’effusion de sang en République Centrafricaine au milieu des fantômes du génocide », le journal s’échine à démontrer l’étendue des responsabilités de l’ONU à ne pas agir: « Le mot génocide envoie des frissons dans le dos aux diplomates des Nations Unies, ressuscitant le souvenir de l’échec de l’organisation mondiale à enrayer les massacres au Rwanda, il y a près de 20 ans, et, avant en Bosnie. » Dans cette optique, le quotidien, reprend les déclarations de hauts responsables –actuels ou passés- de l’organisation.  « Si le Rwanda et la Bosnie signifient ‘jamais plus’, le Conseil de sécurité de l’ONU doit tout faire pour mettre fin à la spirale de meurtres en république Centrafricaine » a déclaré Philippe Bolopion, le directeur de Human Rights Watch, tout en insistant que l’on arrivait « au moment de vérité. » Pour Jan Eliasson, l’ancien président de l’Assemblée Générale de l’organisation des Nations Unies, l’ONU doit faire tout ce qui est en son pouvoir pour éviter « un cercle vicieux qui pourrait très facilement se transformer en atrocités de masse. »

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Amaury BETS

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