Vladimir Poutine,
Président du gouvernement russe
Aveu de faiblesse, concession
inédite du président face à une conjoncture économique dégradée, geste fort qui confirme son assise au pouvoir. Telles ont été les principales interprétations, très divisées de la presse internationale, suite à la décision
surprise de Vladimir Poutine d’accorder sa grâce à Mikhaïl Khodorkovski,
ex-magnat du pétrole, ex-homme le plus riche du pays, et rival de toujours. En tout état de
cause, et à la lumière des derniers succès diplomatiques, l’annonce du chef
du Kremlin s’apparente plus à un habile stratagème politique, qu’à une main
tendue à l’Occident ! Preuve en est le ton, cynique et arrogant de
Monsieur Poutine, déclarant devant un parterre de journalistes stupéfaits -à
l’occasion de sa conférence de presse annuelle, transformée en marathon
médiatique de 4 heures- : « Il a déjà passé plus de 10 ans en prison.
C’est une punition grave. Dans un avenir proche un décret sera signé pour lui
pardonner. »
Un geste d’ouverture ? Pas du tout !
Pour une partie de la presse
française, à l’image du Figaro ou le Monde, la grâce accordée par monsieur Poutine à l’endroit de Mikhaïl Khodorkovski est « un geste d’ouverture à la veille des Jeux
Olympiques organisée à Sotchi en février ». Le Nouvel Observateur est plus
sceptique, et insiste sur le fait que « toutes ces libérations soulignent
surtout le caractère autocratique et arbitraire du pouvoir russe. »
L’International New York Times, s’interroge, quant à lui sur les mystères qui
planent sur le dossier Khodorkovski, et explique ainsi que « les circonstances de sa libération
sont au moins aussi opaques que celles de son arrestation musclée en Sibérie en
2003 ». Pour the Time, l’interprétation est très différente. « Le
locataire du Kremlin se sent suffisamment fort pour libérer celui qui est
considéré par beaucoup en Occident, comme le principal prisonnier politique du
pays, et qu’il ne craint pas non plus qu'il essaie de fédérer autour de lui une opposition
crédible », écrit le magazine américain, tout en ajoutant « les dernières
victoires de Poutine semblent avoir renforcé son estomac pour le risque. »
La libération de Khodorkosky
pour renforcer Rosneft, le champion national russe ?
Certains voix défendent un autre
point vue et considère que se sont surtout les considérations économiques et
stratégiques qui ont poussé Vladimir Poutine à accorder sa grâce à
l’ex-patron de Ioukos. Dans ce sens le Washington Post revient sur le
démantèlement de la compagnie de Monsieur Khodorkovski en 2003, et la
réorientation de ses meilleurs actifs, vers Rosneft, la compagnie pétrolière
d’Etat. Pour le journal américain qui cite Igor Sechin, le tout puissant
président de Rosneft, la libération de l’ex-magnat "pourrait aussi
protéger les intérêts" de la perle russe dans l’affaire Ioukos. Dans ce sens, ce
dernier aurait même proposé à l’ex prisonnier « un
poste à sa mesure » dans la société qu'il dirige d'une main de fer.
Une grâce surprise
Qu’elle soit motivée par des
considérations politiques ou stratégiques, ou les deux à la fois, la libération
de Monsieur Khodorkovski n’en reste pas moins une immense surprise. Ainsi, et
« pendant des mois les médias russes ont signalé qu’une nouvelle série
d’accusation contre l’oligarque était en préparation, ce que aurait pu le
garder en prison bien après sa sortie prévue à l’été prochain », confirme
le Time. « La police avait même procédé à l’interrogatoire de témoins dans
le cadre de cette affaire, et l’un d’eux, l’économiste libéral Sergei Guriev, a
fui à Paris cet été, de peur d’être mêlé à une poursuite imminente »,
ajoute l'hebdomadaire américain. Tout devait être fait pour qu’il ne soit pas libéré avant
les élections présidentielles de 2018, au moment où Poutine devait être libre
de briguer un quatrième mandat.
La stratégie politique de
Monsieur Poutine : écarter par tous les moyens les oligarques
milliardaires du pouvoir
L’ex protégé de Boris Eltsine,
que ce dernier a propulsé au rang de Président après sa démission en 1999, a réussi le
tour de force d’éloigner les oligarques milliardaires du pouvoir, en surfant
sur leur forte impopularité auprès de la population russe. The Guardian
explique que « beaucoup de Russes considèrent toujours les oligarques avec
dégoût, tandis qu’ils ont fait fortune dans les années 1990 ; dans une
période où la population a été frappée de plein fouet par la pauvreté. »
Pour asseoir son autorité, Monsieur Poutine " a arraché un à un le contrôle des
secteurs stratégiques des mains des oligarques en utilisant ses armes
favorites : la police, les procureurs et les tribunaux », ironise le
Time.
Les succès diplomatique de
Poutine s’enchaînent et consolide son pouvoir à l’intérieur
The Time insiste sur l’activisme
et le renforcement du poids diplomatique de la Russie sur la scène
internationale au cours des dernières mois,
à l’heure où l’Europe apparaît plus que jamais divisée et que
l’administration américaine affaiblie à l’intérieur, multiplie les concessions
à l’extérieur. « Au cours de l’année, il [Poutine] a battu l’Ouest dans un
duel diplomatique sur la Syrie, dont il a défendu le régime. Juste cette
semaine, il a éloigné l’Ukraine de son accord d’intégration avec l’Union
Européenne, et acheté la loyauté des leaders de Kiev avec un plan de sauvetage économique.
Enfin, sa vision de rivaliser avec l’Ouest en constituant une « Union
eurasienne » des anciens Etats soviétiques est passée de la chimère à la
réalité politique, alors que l’Arménie, le Kirghizistan et l’Ukraine, se sont
rapprochés pour joindre le bloc commercial de la Russie avec la Biélorussie et
le Kazakhstan. », écrit le Time.
Poutine veut la consécration
de sa puissance à Sotchi
A l’heure où les responsables
occidentaux multiplient les annonces de boycott des J.O. à Sotchi, Monsieur Poutine
cherche surtout à « nettoyer son bilan sur le dossier des droits de
l’Homme », explique The Time. « En février, Monsieur Poutine veut la
plus grande validation possible de son règne, et qui plus est dans sa bien-aimée
station balnéaire de Sotchi », poursuit le quotidien.
Khodorkovski ne reviendra pas en politique
Après avoir trouvé refuge à Berlin, l'ex-patron de Ioukos a tenu, au cours d'une conférence de presse organisée hier -coïncidence ou pas-, près du site de célèbre "Checkpoint Charlie", à préciser qu'il ne reviendrait pas sur la scène politique russe. "Je n'ai pas l'intention de m'impliquer dans la politique. La lutte pour le pouvoir n'est pas pour moi". Visage pâle, et traits tirés, Monsieur Khodorkovski a tenu à remercier tous ceux qui avaient permis sa libération, dont Angela Merkel, la chancelière allemande, très critique vis-à-vis de Monsieur Poutine sur le dossier du respect des droits humains. L'intéressé a toutefois émis le souhait de se consacrer à la défense des prisonniers politiques en Russie et à l'étranger. "Les responsables politiques des pays occidentaux doivent se souvenir, dans leurs relations avec le président Poutine, que je ne suis pas le dernier prisonnier politique en Russie", a-t-il ainsi déclaré, selon des propos repris dans The Independent. Dans ce sens, pour Lyudmila Alexeyeva, à la tête de la plus ancienne organisation de droits de l’homme en Russie, et citée par le Washington Post, Khodorkovski pourrait à terme devenir "un leader spirituel indispensable en Russie, en remplissant un rôle similaire à ceux joués par la Mahatma Gandhi en Inde ou par Vaclav Havel en République Tchèque."
Après avoir trouvé refuge à Berlin, l'ex-patron de Ioukos a tenu, au cours d'une conférence de presse organisée hier -coïncidence ou pas-, près du site de célèbre "Checkpoint Charlie", à préciser qu'il ne reviendrait pas sur la scène politique russe. "Je n'ai pas l'intention de m'impliquer dans la politique. La lutte pour le pouvoir n'est pas pour moi". Visage pâle, et traits tirés, Monsieur Khodorkovski a tenu à remercier tous ceux qui avaient permis sa libération, dont Angela Merkel, la chancelière allemande, très critique vis-à-vis de Monsieur Poutine sur le dossier du respect des droits humains. L'intéressé a toutefois émis le souhait de se consacrer à la défense des prisonniers politiques en Russie et à l'étranger. "Les responsables politiques des pays occidentaux doivent se souvenir, dans leurs relations avec le président Poutine, que je ne suis pas le dernier prisonnier politique en Russie", a-t-il ainsi déclaré, selon des propos repris dans The Independent. Dans ce sens, pour Lyudmila Alexeyeva, à la tête de la plus ancienne organisation de droits de l’homme en Russie, et citée par le Washington Post, Khodorkovski pourrait à terme devenir "un leader spirituel indispensable en Russie, en remplissant un rôle similaire à ceux joués par la Mahatma Gandhi en Inde ou par Vaclav Havel en République Tchèque."
D’autres libérations à venir ?
En bon seigneur, et se sentant
poussé des ailes, l’Homme fort de la Russie pourrait aussi accorder sa grâce aux
turbulentes Pussy Riots et aux activistes de Greenpeace. « Avec 60%
d’opinion favorable, le locataire du Kremlin peut bien s’accorder un peu de
pitié », résume le Time.
A lire aussi dans Lettre Ouverte sur la question russe :
http://questionsinternationales.blogspot.fr/2013/12/non-lukraine-nest-pas-vendre.html
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Amaury BETS

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