lundi 9 décembre 2013

Non ! L’Ukraine n’est pas à vendre.

Kiev : un homme joue au piano et défie la répression  du pouvoir


Alors que la tension ne cesse de monter dans les rues de Kiev, la crise ukrainienne oblige les Nations occidentales à soutenir les aspirations démocratiques des centaines de milliers de manifestants massées ‘place de l’indépendance’, au moment même où leur influence dans le monde, se désagrège. En auront-elles le courage ?



C’est une image qui tient lieu de symbole. Écœurés par la décision du gouvernement ukrainien de renoncer à un accord de libre-échange et de coopération avec l’Union Européenne, des manifestants pro-européens, masqués, et brandissant des drapeaux du parti antinationaliste Svoboda ont déboulonné hier la dernière statue de Lénine, toujours debout à Kiev –et ce malgré la chute de l’Union Soviétique il y a plus de 20 ans-. Alors que la protestation-monstre ne cesse de gagner en intensité –plus de 350 000 personnes réunis dans les rues de la capitale aujourd’hui encore-, la police anti-émeute a dans le même temps pris position en force, aux abords de la place de l’indépendance, où se regroupe les opposants au régime. Ce qui laisse craindre un possible assaut. 

L’ombre de l’encombrant voisin russe semble à nouveau flotter sur le pays, tel un autre soubresaut de la tumultueuse Révolution Orange de 2004. Renforcé par la crise syrienne –au même titre que le pouvoir de son allié Bachar El Assad-,  réconforté par les accords sur le nucléaire iranien, adulé par certains dirigeants politiques français, réhabilité sur la scène internationale, Monsieur Poutine, aurait en coulisses tout fait pour faire capoter l’accord de rapprochement.  Et dire que l’ambition de l’ex poulain de Boris Eltsine, est bien plus grande qu'il n'y parait n'est -sans doute- pas parole en l'air. Surfant sur une popularité au plus haut, l'intéressé entend, à la fois, en récupérant l’Ukraine dans son giron, (ré)affirmer le rôle central de son pays sur ses anciens satellites, et repousser le plus à l’ouest possible les frontières d’une Europe affaiblie politiquement, économiquement et socialement. En toile de fond : (re)constituer le 'prestigieux' 'Empire Soviétique’. Son rêve, caché. 

La crise ukrainienne intervient moins de 3 mois après le compromis trouvé entre américains et russes sur le dossier syrien, après le bombardement chimique mené à l’est de Damas, le 21 août dernier. Véritable succès diplomatique pour le locataire du Kremlin, l’accord a minima trouvé à Genève mi-septembre –prévoyant le démantèlement de l’arsenal chimique syrien-, avait évité une opération militaire limitée contre l’allié de Moscou, et permis le maintien au pouvoir de Monsieur Al Assad.

S’il ne résout en rien la guerre civile qui ravage la Syrie depuis 2011, l’accord de Genève –et le refus de frappes préventives- n’aurait-il pas en outre fait oublier aux démocraties occidentales, le vrai visage du pouvoir russe. Oublier les atrocités commises pendant la guerre en Tchétchénie. Oublier l’emprisonnement de Monsieur Khodorkovski, l’ancien patron de Loukos, et grand opposant au pouvoir russe. Oublier les assassinats ciblés de journalistes –Anna Politkovskaïa, Natalia Estemirova et une vingtaine d’autres depuis la prise de pouvoir de l’ex agent du KGB-. Oublier les mots de Litvinenko,  qui sur son lit de mort, après son empoisonnement, aurait déclaré : « Vous pouvez réussir à faire taire un homme mais les hurlements de protestation du monde entier retentiront à vos oreilles pendant le reste de votre vie, M. Poutine ».

Quoi qu’il en soit, toutes les aspirations du peuple ukrainien à la liberté doivent aujourd’hui être vivement soutenues et encouragées, par les nations et les populations européennes, en perte de cohésion. Tous les mensonges distillés par la presse ‘eurosceptique’, ‘nationaliste’ ou par certains idéologues doivent être férocement combattus.  Aujourd’hui, face à l’ampleur des manifestations, et n’en déplaise aux anti-libéraux, et à Monsieur Poutine, l’Ukraine n’est pas à vendre. Comme le disait Langston Hughes en son temps, et malgré la menace des armes, « la liberté est une graine résistante ». 

Amaury Bets

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire