mercredi 18 décembre 2013

La « cause palestinienne » ressuscitée par Mandela !




Nelson Mandela salue chaleureusement le chef de l’OLP, et ami Yasser Arafat, à son arrivée à Lusaka, le 27 février 1990



Les leaders palestiniens veulent récupérer l’héritage du Père de la Nation arc-en-ciel, pour faire vivre le rêve d’une Palestine libre. Toutefois l’élévation de Marwan Barghouti au rang de « Mandela palestinien », et de son exploitation par une certaine presse, pourrait bien contrecarrer leur plan.

Le prix Nobel de la Paix 1993 contribuera-t-il, aussi et à titre posthume, à redonner de l’élan à la cause palestinienne, reléguée dans l’agenda en troisième position des priorités régionales, après la crise syrienne, et les négociations sur le nucléaire iranien ? Alors que les dirigeants palestiniens tentent de toutes leurs forces, de lier leur lutte, à celle de Madiba en son temps contre le régime de l’Apartheid, la question est plus que jamais ouverte. 


Mandela  nouvelle arme politique des dirigeants palestiniens

Dire que Mandela soutenait ardemment  la cause palestinienne n’est pas un euphémisme. Grand ami de Yasser Arafat, le père de la Nation sud-africaine s’est toujours exprimé en faveur du droit des palestiniens à disposer librement de leur terre. « Notre liberté est incomplète sans la liberté des palestiniens » avait-il dans ce sens déclaré lors d’un discours en 1997. Mieux encore, l’ex-leader  sud-africain n’a jamais caché son animosité envers l’Etat d’Israel dans sa politique de soutien au gouvernement de l’apartheid. Preuve de ce climat tendu et malgré les hommages de façade, Benjamin Netanyahu, premier ministre actuel de l’Etat hébreu, ne s’est finalement par rendu à la cérémonie commémorative, organisée en l’honneur de Madiba, la semaine dernière.

Surfant sur cette vague,  les responsables palestiniens ont redoublé d’efforts pour dépeindre l’occupation israélienne comme une nouvelle forme d’apartheid  et se réapproprier l’héritage de Mandela, à l’heure où le processus de Paix est –plus que jamais- dans l’impasse. Mahmoud Abbas, le président palestinien, et leader du Fatah, a dans ce sens expliqué que la mort de Mandela constituait « une grande perte pour la Palestine », tout en ajoutant que l’ex-président sud-africain représentait « un symbole de la libération du colonialisme et de l’occupation pour tous les Peuples. » Khaled Meschaal, le leader politique du Hamas, a lui, déclaré que Madiba, était une source d’inspiration « pour tous les pays qui souffrent d’injustice et qui résistent aux occupants ».  Autre exemple, de ce mouvement en train de naitre, la publication mercredi dernier par 12 groupes de défense des droits palestiniens d’une déclaration commune commémorant Mandela. « Le succès de la lutte contre l’Apartheid en Afrique du Sud… nous donne l’espoir que nous, Peuple Palestinien, pouvous réussir dans notre lutte contre l’occupation israélienne et des pratiques d’Apartheid et de colonialisme », est-il ainsi écrit.


Qui pour incarner le « Mandela palestinien » ?

Mais c’est un détenu palestinien, oublié de l’actualité, qui pourrait devenir, dans les prochaines années, le « nouveau Mandela », tant son destin ressemble -de prime abord-, à celui de l’icône sud-africaine. Enlevé par les forces israéliennes dans une opération commando à Ramallah en avril 2002, il est depuis cette date, détenu à Jérusalem dans une cellule de 2 m x 1,5 m, sans éclairage, et sans fenêtre... . Condamné cinq fois à la prison à vie, Marwan Barghouti, apparait, tout désigné pour faire vivre la lutte de l’ex-leader sud-africain, son modèle, sur sa propre Terre. Lors de son procès il n'a cessé de récuser la compétence de la justice israélienne, comme l'avait fait Madiba avec la justice sud-africaine. « Cette cour est un outil utilisé par la sécurité israélienne pour continuer de commettre des crimes contre le peuple palestiniens et destinée à donner une légitimité à ces crimes », avait-il dit à l’époque.  « L'intifada a été une réaction du peuple palestinien à l'occupation, à la colonisation et à la non-application des accords d'Oslo », disait-il aussi, pour justifier la lutte.

A son tour, et de concert, comme tous les autres responsables palestiniens du haut rang, l’ancien chef du bras armé du Fatah en Cisjordanie, a tenté de se réapproprier l’héritage du leader sud-africain. Sa lettre ouverte au père de la Nation Sud-africaine en est la dernière illustration. « De l’intérieur de ma cellule de prison, je vous dis que notre liberté semble possible parce que vous avez atteint la vôtre. L’Apartheid n’a pas prévalu en Afrique du Sud et l’Apartheid ne doit pas prévaloir en Palestine. Les liens entre nos luttes sont éternelles », a-t-il ainsi écrit, faisait écho à ses propres déclarations d’il y a 11 ans.


Marwan Barghouti – Nelson Mandela ; une comparaison hasardeuse ?





Talenteux orateur, Marwan Barghouti, incarcéré depuis 2002 dans une prison de haute-sécurité israélienne entend incarner le Mandela palestinien


S’il se revendique de l’héritage de Mandela, le parcours de Barghouti en diffère pourtant sensiblement. Participation à des attaques terroristes, dont celle du Sea Food Market à Tel Aviv dans lequel 3 civils furent tués –qu’il continue de nier-. Rôle central dans la seconde Intifada. Implication dans des meurtres de civils israéliens. Appels répétés à la violence contre l’Etat hébreu. Non-repentance. La comparaison tourne court avec l’ex-leader sud-africain, étiqueté, lui aussi, à une certaine époque de « terroriste ». Et du fond de sa geôle, et après plus de 11 ans d’enfermement, Monsieur Barghouti ne semble pas avoir tiré un trait clair et définitif avec son passé. "Nous appelons notre peuple partout à commémorer l’anniversaire de la Nekba –exode des palestiniens en 1948- avec davantage de militantisme et de combat, et à escalader la cadence de la résistance contre l’occupation et l’implantation", déclarait-il encore en mai dernier.

Personnage plein de contradictions, le leader palestinien invite, pourtant, dans le même temps et depuis sa cellule n° 28, les Palestiniens à la réconciliation nationale et initie le Document des prisonniers palestiniens, proposant de former un gouvernement de coalition afin de surmonter l'impasse de la victoire du Hamas aux législatives de 2006. L'initiative appelle également à un cessez-le-feu et à la négociation avec Israël sur la base des frontières de 1967.

Quoi qu’il en soit, et en dépit de son sulfureux passé, et de toute sa complexité,  son portrait trône toujours fièrement sur le mur de séparation entre Israël et la Cisjordanie, surnommé "mur de l'apartheid" par les Palestiniens. Adulée par une grande partie de la jeunesse palestinienne désemparée par l’inaction politique de sa classe dirigeante, il est même de nouveau considéré, comme un successeur possible au vieillissant Président Mahmoud Abbas.  C'est "un homme qui, de sa prison, joue et jouera, c'est certain, une fois libéré, un rôle majeur pour bouger les lignes et ouvrir de nouvelles relations avec Israël", prédit même en avril dernier la vice-présidente du Parlement européen, Isabelle Durant.


L’Etat hébreu est-il vraiment fragilisé par la comparaison ?

Même si elles se (ré) apparaissent ces derniers jours, les comparaisons entre la colonisation juive et le système de l’Apartheid ne sont pas pourtant nouvelles.  Point de vue marginal, au moment de la parution du livre de Jimmy Carter en 2006, intitulé « Palestine : la Paix, pas l’Apartheid », -qui avait suscité une véritable levée de boucliers de la part des lobbies sionistes-, l’affirmation semble depuis cette date se propager à travers le monde et tend même à se banaliser, surtout en raison des échecs répétés à établir un Etat palestinien, et des doutes quant à la bonne volonté d’Israël.

Outre les déclarations des leaders palestiniens, et de celles de l’ancien président américain, les critiques, à l’encontre du la politique israélienne dans les territoires occupés gagnent aussi de l’intérieur mêmes des frontières de l’Etat Hébreu. « La situation qui s’est développée en Cisjordanie au cours des dernières décennies est une sorte d’Apartheid. Si vous comparez la souffrance du peuple noir en Afrique du Sud pendant les 40 années d’Apartheid, et la souffrance des palestiniens sous 46 ans d’occupation, je ne sais pas qui a le plus souffert » a ainsi déclaré Alon Liel, ancien ambassadeur d’Israël en Afrique du Sud. Cette comparaison, peu glorieuse, pourrait-t-elle inciter l’administration Netanyahu a enfin changé de ton, et à travailler efficacement pour la paix ? 

Pour l’heure, l’Etat hébreu ne semble pas vouloir changer sa ligne, et en guise de réponse à l’affirmation selon laquelle Israël fonctionnerait comme un régime de type Apartheid, Mark Regev, porte-parole du Premier Ministre israélien, a été on ne peut plus clair : « c’est un libelle qui ne résiste pas à l’examen », tout en ajoutant « c’est la stratégie marketing des palestiniens à l’attention de la communauté internationale. »



Si la volonté des palestiniens de lier leur combat à celui de Mandela est bien plus qu’une « stratégie marketing », comme le prouve la banalisation des rapprochements entre lutte anti-apartheid et colonisation juive, la lutte doit aussi être incarnée par un leader charismatique, à l’image d’un Nelson Mandela, capable de réunir, de dépasser les clivages, et d’accorder des concessions à « l’ennemi ». Dans ce sens, l’option Marwan Barghouti –dont la popularité ne se dément pas dans les territoires palestiniens-, peut constituer une alternative. Mais son violent passé, sa renonciation au rabais à la violence, et en définitive ce qu’il représente de haines, et de ressentiments continus pourraient aussi, et très rapidement, briser l’élan naissant. 

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Amaury BETS

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