Nelson Mandela salue chaleureusement le chef de l’OLP, et ami Yasser
Arafat, à son arrivée à Lusaka, le 27 février 1990
Les leaders palestiniens veulent récupérer l’héritage du Père de la
Nation arc-en-ciel, pour faire vivre le rêve d’une Palestine libre. Toutefois
l’élévation de Marwan Barghouti au rang de « Mandela palestinien »,
et de son exploitation par une certaine presse, pourrait bien contrecarrer leur
plan.
Le prix Nobel de la Paix 1993
contribuera-t-il, aussi et à titre posthume, à redonner de l’élan à la cause
palestinienne, reléguée dans l’agenda en troisième position des priorités
régionales, après la crise syrienne, et les négociations sur le nucléaire
iranien ? Alors que les dirigeants palestiniens tentent de toutes leurs forces,
de lier leur lutte, à celle de Madiba en son temps contre le régime de
l’Apartheid, la question est plus que jamais ouverte.
Mandela nouvelle arme politique des dirigeants palestiniens
Dire que Mandela soutenait
ardemment la cause palestinienne n’est
pas un euphémisme. Grand ami de Yasser Arafat, le père de la Nation sud-africaine
s’est toujours exprimé en faveur du droit des palestiniens à disposer librement
de leur terre. « Notre liberté est incomplète sans la liberté des
palestiniens » avait-il dans ce sens déclaré lors d’un discours en 1997.
Mieux encore, l’ex-leader sud-africain n’a
jamais caché son animosité envers l’Etat d’Israel dans sa politique de soutien
au gouvernement de l’apartheid. Preuve de ce climat tendu et malgré les
hommages de façade, Benjamin Netanyahu, premier ministre actuel de l’Etat
hébreu, ne s’est finalement par rendu à la cérémonie commémorative, organisée
en l’honneur de Madiba, la semaine dernière.
Surfant sur cette vague, les responsables palestiniens ont redoublé
d’efforts pour dépeindre l’occupation israélienne comme une nouvelle forme
d’apartheid et se réapproprier l’héritage
de Mandela, à l’heure où le processus de Paix est –plus que jamais- dans
l’impasse. Mahmoud Abbas, le président palestinien, et leader du Fatah, a dans
ce sens expliqué que la mort de Mandela constituait « une grande perte
pour la Palestine », tout en ajoutant que l’ex-président sud-africain
représentait « un symbole de la libération du colonialisme et de
l’occupation pour tous les Peuples. » Khaled Meschaal, le leader politique
du Hamas, a lui, déclaré que Madiba, était une source d’inspiration « pour
tous les pays qui souffrent d’injustice et qui résistent aux
occupants ». Autre exemple, de ce
mouvement en train de naitre, la publication mercredi dernier par 12 groupes de
défense des droits palestiniens d’une déclaration commune commémorant Mandela.
« Le succès de la lutte contre l’Apartheid en Afrique du Sud… nous donne
l’espoir que nous, Peuple Palestinien, pouvous réussir dans notre lutte contre
l’occupation israélienne et des pratiques d’Apartheid et de
colonialisme », est-il ainsi écrit.
Qui pour incarner le « Mandela palestinien » ?
Mais c’est un détenu palestinien,
oublié de l’actualité, qui pourrait devenir, dans les prochaines années, le
« nouveau Mandela », tant son destin ressemble -de prime abord-, à
celui de l’icône sud-africaine. Enlevé par les forces israéliennes dans une opération
commando à Ramallah en avril 2002, il est depuis cette date, détenu à Jérusalem
dans une cellule de 2 m x 1,5 m, sans éclairage, et sans fenêtre... . Condamné
cinq fois à la prison à vie, Marwan Barghouti, apparait, tout désigné pour
faire vivre la lutte de l’ex-leader sud-africain, son modèle, sur sa propre
Terre. Lors de son procès il n'a cessé de récuser la compétence de la justice
israélienne, comme l'avait fait Madiba avec la justice sud-africaine. « Cette
cour est un outil utilisé par la sécurité israélienne pour continuer de
commettre des crimes contre le peuple palestiniens et destinée à donner une
légitimité à ces crimes », avait-il dit à l’époque. « L'intifada a
été une réaction du peuple palestinien à l'occupation, à la colonisation et à
la non-application des accords d'Oslo », disait-il aussi, pour justifier la
lutte.
A son tour, et de concert, comme
tous les autres responsables palestiniens du haut rang, l’ancien chef du bras armé du Fatah en Cisjordanie, a tenté de se
réapproprier l’héritage du leader sud-africain. Sa lettre ouverte au père de la
Nation Sud-africaine en est la dernière illustration. « De l’intérieur de
ma cellule de prison, je vous dis que notre liberté semble possible parce que
vous avez atteint la vôtre. L’Apartheid n’a pas prévalu en Afrique du Sud et
l’Apartheid ne doit pas prévaloir en Palestine. Les liens entre nos luttes sont
éternelles », a-t-il ainsi écrit, faisait écho à ses propres déclarations
d’il y a 11 ans.
Marwan Barghouti – Nelson Mandela ; une comparaison
hasardeuse ?
Talenteux orateur, Marwan Barghouti, incarcéré depuis 2002 dans une
prison de haute-sécurité israélienne entend incarner le Mandela palestinien
S’il se revendique de l’héritage
de Mandela, le parcours de Barghouti en diffère pourtant sensiblement.
Participation à des attaques terroristes, dont celle du Sea Food Market à Tel
Aviv dans lequel 3 civils furent tués –qu’il continue de nier-. Rôle central
dans la seconde Intifada. Implication dans des meurtres de civils israéliens.
Appels répétés à la violence contre l’Etat hébreu. Non-repentance. La
comparaison tourne court avec l’ex-leader sud-africain, étiqueté, lui aussi, à
une certaine époque de « terroriste ». Et du fond de sa geôle, et
après plus de 11 ans d’enfermement, Monsieur Barghouti ne semble pas avoir tiré
un trait clair et définitif avec son passé. "Nous appelons notre peuple
partout à commémorer l’anniversaire de la Nekba –exode des palestiniens en
1948- avec davantage de militantisme et de combat, et à escalader la cadence de
la résistance contre l’occupation et l’implantation", déclarait-il encore
en mai dernier.
Personnage plein de
contradictions, le leader palestinien invite, pourtant, dans le même temps et depuis
sa cellule n° 28, les Palestiniens à la réconciliation nationale et initie le
Document des prisonniers palestiniens, proposant de former un gouvernement de
coalition afin de surmonter l'impasse de la victoire du Hamas aux législatives
de 2006. L'initiative appelle également à un cessez-le-feu et à la négociation
avec Israël sur la base des frontières de 1967.
Quoi qu’il en soit, et en dépit
de son sulfureux passé, et de toute sa complexité, son portrait trône toujours fièrement sur le
mur de séparation entre Israël et la Cisjordanie, surnommé "mur de
l'apartheid" par les Palestiniens. Adulée par une grande partie de la
jeunesse palestinienne désemparée par l’inaction politique de sa classe
dirigeante, il est même de nouveau considéré, comme un successeur possible au
vieillissant Président Mahmoud Abbas. C'est "un homme qui, de sa prison, joue
et jouera, c'est certain, une fois libéré, un rôle majeur pour bouger les
lignes et ouvrir de nouvelles relations avec Israël", prédit même en avril
dernier la vice-présidente du Parlement européen, Isabelle Durant.
L’Etat hébreu est-il vraiment fragilisé par la comparaison ?
Même si elles se (ré)
apparaissent ces derniers jours, les comparaisons entre la colonisation juive
et le système de l’Apartheid ne sont pas pourtant nouvelles. Point de vue marginal, au moment de la
parution du livre de Jimmy Carter en 2006, intitulé « Palestine : la
Paix, pas l’Apartheid », -qui avait suscité une véritable levée de
boucliers de la part des lobbies sionistes-, l’affirmation semble depuis cette
date se propager à travers le monde et tend même à se banaliser, surtout en
raison des échecs répétés à établir un Etat palestinien, et des doutes quant à
la bonne volonté d’Israël.
Outre les déclarations des
leaders palestiniens, et de celles de l’ancien président américain, les
critiques, à l’encontre du la politique israélienne dans les territoires
occupés gagnent aussi de l’intérieur mêmes des frontières de l’Etat Hébreu.
« La situation qui s’est développée en Cisjordanie au cours des dernières
décennies est une sorte d’Apartheid. Si vous comparez la souffrance du peuple
noir en Afrique du Sud pendant les 40 années d’Apartheid, et la souffrance des
palestiniens sous 46 ans d’occupation, je ne sais pas qui a le plus
souffert » a ainsi déclaré Alon Liel, ancien ambassadeur d’Israël en
Afrique du Sud. Cette comparaison, peu glorieuse, pourrait-t-elle
inciter l’administration Netanyahu a enfin changé de ton, et à travailler
efficacement pour la paix ?
Pour l’heure, l’Etat hébreu ne semble pas vouloir changer sa ligne, et en guise de réponse à l’affirmation selon laquelle Israël fonctionnerait comme un régime de type Apartheid, Mark Regev, porte-parole du Premier Ministre israélien, a été on ne peut plus clair : « c’est un libelle qui ne résiste pas à l’examen », tout en ajoutant « c’est la stratégie marketing des palestiniens à l’attention de la communauté internationale. »
Pour l’heure, l’Etat hébreu ne semble pas vouloir changer sa ligne, et en guise de réponse à l’affirmation selon laquelle Israël fonctionnerait comme un régime de type Apartheid, Mark Regev, porte-parole du Premier Ministre israélien, a été on ne peut plus clair : « c’est un libelle qui ne résiste pas à l’examen », tout en ajoutant « c’est la stratégie marketing des palestiniens à l’attention de la communauté internationale. »
Si la volonté des palestiniens de lier leur combat à celui de Mandela est
bien plus qu’une « stratégie marketing », comme le prouve la banalisation des rapprochements entre lutte anti-apartheid et colonisation juive, la lutte doit aussi être
incarnée par un leader charismatique, à l’image d’un Nelson Mandela, capable de
réunir, de dépasser les clivages, et d’accorder des concessions à
« l’ennemi ». Dans ce sens, l’option Marwan Barghouti –dont la
popularité ne se dément pas dans les territoires palestiniens-, peut constituer
une alternative. Mais son violent passé, sa renonciation au rabais à la
violence, et en définitive ce qu’il représente de haines, et de ressentiments
continus pourraient aussi, et très rapidement, briser l’élan naissant.
Amaury BETS


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