mercredi 29 janvier 2014

BILLET : Des veuves noires infiltrées à Sotchi ?


Les visages des « veuves noires » activement recherchées par les autorités russes


Ruzana Ibragimova. Jhannet Isakhaeva. Oksana Aslanova. Ce sont les noms des trois « veuves noires » soupçonnées de planifier des attaques terroristes à Sotchi et dans la ville de Rostov-sur-le-don. Elles sont, depuis plus d’une semaine, activement recherchées par le gouvernement russe.

Madame Ibragimova, âgée de 22 ans, veuve d’un ancien militant islamiste tué par les forces russes, serait actuellement la seule à être à Sotchi. Les autorités ont dans ce sens commencé à distribuer des tracts dans les hôtels pour inciter les clients à signaler toute présence suspecte. Mais les recherches restent–pour l’heure- infructueuses.

Les attentats de Volgograd revendiqués

L’annonce d’une possible infiltration de terroristes à Sotchi ou dans sa région, intervient 10 jours après la diffusion d’une vidéo sur Internet, dans laquelle un groupe islamiste, le Vilayat Daguestan revendique la responsabilité des attentats de Volgograd.  La double attaque commise fin décembre avait fait au moins 34 morts.  Dans ce même enregistrement, le groupe lié au mouvement irakien Ansar Al Sounna menace le président Vladimir Poutine de commettre de nouveaux attentats à l'occasion des Jeux olympiques d'hiver qui débutent le 7 février, pour deux semaines, à Sotchi.
« Si vous organisez les Jeux olympiques, vous recevrez un cadeau de notre part [...] pour vous et pour tous les touristes qui viendront, déclare un homme s'exprimant en russe. Ce sera pour tout le sang musulman qui est versé chaque jour à travers le monde, en Afghanistan, en Somalie, en Syrie, partout dans le monde. Ce sera notre vengeance », ajoute-t-il.

Des mesures de sécurité draconiennes 

Pour parer à toutes menaces, les autorités russes ont déployé plus de 35 000 policiers et militaires à Sotchi, ainsi que des missiles de défense antiaérienne et des drones. Un système de surveillance des communications téléphoniques et électroniques a également été mis en place. Un dispositif de sécurité  sans précédent dans l'histoire olympique.
En dehors de Sotchi, qui prend des allures de bunker, les aéroports internationaux de Moscou ont aussi récemment annoncé l’interdiction de tous les liquides à bord des avions de ligne, appliquant une directive concernant tous les aéroports de Russie. Les nouvelles règles interdisent en cabine «tous les liquides, y compris les produits d’hygiène, les cosmétiques, médicaments, aérosols et gels en toute quantité», a indiqué l’aéroport de Moscou-Cheremetievo dans un communiqué sur son site.
En aout dernier, le président russe Vladimir Poutine avait pris un décret -durci par la suite- pour renforcer la sécurité à Sotchi, prévoyant des restrictions importantes aux libertés de circulation et de réunion, via la création d’une « zone interdite » sur une grande partie de la ville. Décret, entré en vigueur le 7 janvier, qui interdit aussi l'accès à la station balnéaire par la route sans autorisation spéciale.

Une coopération entre Russes et Américains ?

Les Américains ont proposé leur assistance aux Russes pour assurer la sécurité des Jeux olympiques, et de leurs ressortissants. Dans ce sens, l'armée américaine a indiqué que « les moyens aériens et navals, qui peuvent inclure deux navires dans la mer Noire, sont disponibles sur demande pour toutes sortes de risques à l'appui de - et en consultation avec - le gouvernement russe. Un sujet qui a été au cœur d'une conversation téléphonique mardi dernier entre le président américain Barack Obama et son homologue russe Vladimir Poutine.

Une menace terroriste prise très au sérieux 

Les mesures de sécurité draconiennes prises par les autorités russes et la quasi « bunkerisation » de Sotchi, sont pourtant loin d’avoir dissipé les inquiétudes des chancelleries occidentales. Après les mises en garde des Etats-Unis et du Canada à l’attention de leurs ressortissants qui comptent se rendre à Sotchi, c’est maintenant au tour de responsables gouvernementaux britanniques d’avertir, que des attaques terroristes sont « très probables » en Russie avant ou pendant les Jeux Olympiques, qui débutent dans un peu plus d’une semaine. 



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Amaury Bets

dimanche 26 janvier 2014

ECONOMIE/FINANCE : Les émergents, nouveau maillon faible de l'économie mondiale ?


Les devises des pays émergents, qui ont profité des largesses de la Fed, voient fuir leur capitaux depuis quelques mois. 


Dow Jones (-1,98%), Nikkei (-1,94%), Footsie (-1,62%), CAC 40 (-2,79%). Tous les grands indices boursiers ont connu vendredi dernier une séance difficile. Une chute généralisée qui vient interrompre des mois d’euphorie sur les places financières, et qui laisse craindre l’éclosion d’un nouveau risque sur les marchés.

Cette première sérieuse correction de l’année s’expliquerait par la défiance grandissante des investisseurs vis-à-vis des économies émergentes, dont les devises se sont effondrées.  Real brésilien, peso argentin, livre turque, rand sud-africain, rouble russe, hryvnia ukrainienne, livre égyptienne, ont toutes été malmenées sur les marchés, ces derniers jours, et ont atteint –pour certaines d’entre elles- leur plus bas niveau historique. « Le choc initial est mal identifié. C’est parti de la crise politique en Ukraine, en Turquie, où l’on est proche d’une crise de change ; le mouvement s’est accéléré avec la chute du peso argentin », observe Sylvain Broyer, économiste chez Natixis.

La forte dévaluation des devises émergentes intervient au moment où la Fed entend mettre en place son « tapering », et diminuer progressivement le rythme de ses achats d’actifs. Conséquences immédiates : les opérateurs de marchés anticipent de meilleures conditions de rémunération aux Etats-Unis, rapatrient leurs capitaux, et sortent des pays émergents, jugés trop risqués, alimentant la chute des devises locales. Les flux financiers en direction des émergents pourraient d’ailleurs baisser de 80% pendant plusieurs mois, en cas de gestion « désordonnée » du ‘tapering’, a récemment mis en garde la Banque Mondiale.

Même si les émergents souffrent des nouvelles orientations monétaires de la Fed, le décrochage de leurs monnaies s’explique aussi par des facteurs internes. Dans le cadre du forum de Davos, l’économiste Nouriel Roubini, a indiqué que les « 5 fragiles », regroupant le Brésil, l’Inde, l’Afrique du Sud, l’Indonésie et la Turquie, partageaient certaines faiblesses.  « Ces pays, ont en commun des déficits des comptes courants, une croissance ralentie, une inflation croissante, mais aussi le fait qu'il va y avoir des élections –présidentielles ou législatives-", a-t-il dans ce sens déclaré, ajoutant à la liste des risques économiques, « les incertitudes politiques ».

Quoi qu’il en soit, le scénario d’une nouvelle tempête sur les marchés financiers, semble –pour l’heure- écarté. « Il n'y a pas de risque de revivre les grandes crises qu'ont connues les émergents au tournant du siècle. À l'époque, les banques ne se prêtaient plus d'argent, ajoutant des crises bancaires aux crises de change, ce qui n'est pas le cas aujourd'hui», explique Arial Emirian, de la Société Générale. « La vraie leçon à tirer de ces récents événements est que la nécessité pour les investisseurs de faire la distinction entre les différents marchés émergents n’a jamais été aussi forte », souligne par ailleurs Capital Economics, une société de recherche en macroéconomie. Dans ce sens, la chute des devises émergentes, serait plus un simple effet de « correction » après des années de hausse.  

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Amaury BETS

lundi 20 janvier 2014

Revue de presse : L'Ukraine, de mal en pis


La police anti-émeute et les manifestants anti-gouvernementaux se sont affrontés à Kiev, la capitale ukrainienne.

Fourgon de police incendié. Bus renversé et calciné. Voitures brûlées. Echauffourées. Journalistes pris pour cible. Des blessés par dizaines, dont certains sérieusement. Tel est le lourd bilan des affrontements qui ont eu lieu dimanche soir entre les forces anti-émeutes et les manifestants  à Kiev, non loin de la Place de l’Indépendance, connu sous le nom de « Maidan ». La presse anglo-saxonne revient sur les circonstances de ces heurts et y voit une aggravation de la crise politique qui secoue le pays depuis fin-novembre. 

Des manifestations pacifiques à la confrontation violente.
Les nouvelles lois, votées à mains levées jeudi dernier par le parlement ukrainien ont mis le feu aux poudres. En restreignant le droit de manifester, le nouveau dispositif législatif vise selon le New York Times : « à éteindre le mouvement de protestions qui a commencé le 21 novembre après la marche arrière du président Ianoukovitch au sujet de la signature d’un accord pour renforcer les liens commerciaux et politiques de l’Union Européenne. » Dans ce sens, « les violences de dimanche reflètent surtout, à la fois, la fureur des éléments extrémistes et celle des citoyens ordinaires concernant les lois [de jeudi], qui font écho à celles passées en Russie au cours des dernières années, et qui suivent un plan de sauvetage de 15 milliards de dollars de l’Ukraine par Moscou, le mois dernier », écrit le Financial Times.  « Les manifestants ont bombardé la police avec des fusées, des pétards, et des cocktails molotov », précise la BBC.

La radicalisation d’une partie de l’opposition.
Les nouvelles lois ne seraient pas les seules raisons de la dégradation sécuritaire. « La violence a été amplifiée par la désillusion croissante d’une partie des manifestants vis-à-vis des leaders de l’opposition. Certains considèrent qu’ils ont été trop passifs durant les manifestations », analyse le FT. Quoi qu’il en soit les dirigeants de l’opposition ont dénoncé les débordements de dimanche à proximité du Parlement et « les provocateurs qui ne représentent pas les aspirations pacifiques des manifestants », ajoute le New York Times.

Les divisions de la société ukrainienne.

Le pays est à présent coupé en deux, « entre les régions pro-européennes à l’Ouest et les pro-russes à l’Est », estime CNN. A la tête du parti Udar, le leader de l’opposition Vitali Klitschko, l’ancien champion du monde de boxe poids lourd, malmené lors des manifestations, a mis en garde contre un « scénario de la force », tout en ajoutant qu’il n’excluait pas « la possibilité d’une guerre civile », selon des propos repris par la BBC.


Le leader de l’opposition Vitaly Klitschko, a été aspergé par un extincteur lors des manifestations

Tensions croissantes entre l’Union Européenne et la Russie.
« La Bataille pour l’âme ukrainienne envenime les relations entre l’Union Européenne et la Russie, avec les politiciens européens qui accusent Moscou d’utiliser le chantage et la corruption pour garder Kiev dans sa sphère d’influence », explique  The Independent. Des accusations balayées d'un revers de manche par le Kremlin, qui dénonce les interférences de Bruxelles ou de Washington, concernant sa gestion du dossier ukrainien. « Monsieur Ianoukovitch dispose du soutien de nombreux Ukrainiens », relativise ainsi le quotidien britannique.

La Maison Blanche dénonce l’attitude du pouvoir ukrainien. 
Si l’Union Européenne a condamné les violences et a appellé à trouver « une solution démocratique à la crise actuelle », Washington s’est montré plus ferme en mettant en cause la responsabilité du pouvoir ukrainien dans les heurts. « Les tensions croissantes en Ukraine est une conséquence directe de l’attitude du gouvernement ne reconnaissant pas les griefs légitimes de son Peuple » a ainsi déclaré Caitlin Hayden, la porte-parole du Conseil de la sécurité nationale des Etats-Unis. Par ailleurs le département d’Etat américain a qualifié dans un communiqué les nouvelles lois de « non-démocratiques. »
 
La sortie de crise s’éloigne et laisse place à l’inquiétude.
Alors que les deux camps semblent se radicaliser, la perspective d’une résolution rapide de la crise s’éloigne. « Les autorités ukrainiennes pourraient utiliser les affrontements comme un prétexte pour lancer une répression violente visant à éjecter les manifestants de leurs campements sur la place centrale de l’Indépendance de Kiev », indique ainsi The Independent. L’offre de négociation, proposée hier par le président Ianoukovitch est ainsi considérée par une grande partie des opposants, comme une « ruse pour calmer les tensions et gagner du temps ».  Dans un communiqué publié lundi soir, et en guise d’avertissement, le président Ianoukovitch a déclaré : « Maintenant, lorsque des actions pacifiques se transforment en troubles de masse, accompagnés par des émeutes et des incendies volontaires, et l’usage de la violence, je suis convaincu que ces phénomènes constituent une menace non seulement pour Kiev mais aussi pour l’ensemble de l’Ukraine. » Dès lors, le scénario du pire est-il en marche ?

A lire aussi dans Lettre Ouverte : 

http://questionsinternationales.blogspot.fr/2013/12/non-lukraine-nest-pas-vendre.html

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Amaury BETS

dimanche 19 janvier 2014

Editorial : Les contradictions de la diplomatie américaine


Le chef de la diplomatie iranienne, Mohammad Javad Zarif, a déposé lundi dernier à Beyrouth, une gerbe de fleur sur la tombe d'Imad Mughniyah, ancien dirigeant du Hezbollah assassiné en 2008.


La diplomatie américaine est-elle piégée entre le marteau et l’enclume ? Qualifié « d’obsessionnel et de messianique » par Moshee Yalon, le ministre israélien de la défense, John Kerry se voit reprocher sa gestion du processus de paix au Proche-Orient. Un sujet de discorde, traditionnel, entre Israël et les Etats-Unis qui cache, pourtant, un désaccord plus profond, et plus épidermique. En effet la diatribe, souligne davantage l’animosité grandissante de l’Etat hébreu vis-à-vis de la politique américaine au Moyen-Orient, jugée beaucoup trop « accommodante » ou « laxiste » à l’encontre de Téhéran, son ennemi juré.


La non intervention américaine contre le régime syrien à l'origine des tensions. 

Pour trouver l’origine du clash diplomatique en cours entre Israël et les Etats-Unis, il faut remonter quelques mois en arrière. En décidant –au dernier moment- de ne pas intervenir contre le régime de Bachar Al Assad, suspecté d’avoir commis un massacre à l’arme chimique dans la banlieue de Damas fin août –qui aurait coûté la vie à plus de 1 300 civils-, les Etats-Unis ont déclenché la colère des Saoudiens et des Israéliens, ses deux grands alliés –mais néanmoins rivaux- de la région. Et les choses n’en sont pas restées là. A la vexation, s’est ajoutée une forme de trahison, voire d’humiliation, quand les puissances occidentales, sous la houlette du département américain, ont chapeauté un accord intérimaire jugé « historique » entre le régime des Mollahs et le groupe des « 5+1 » (les 5 membres du conseil de sécurité et l’Allemagne) au sujet du programme nucléaire iranien, dossier resté en 'stand-by' pendant des années. Si les Etats-Unis considèrent que le processus en cours et les négociations afférentes, aideront à soulager les conflits au Moyen-Orient, il en va tout autrement pour le premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, qui y voit une grave menace, et une source potentielle de guerre. En effet, pour ce dernier, le deal conclu à Genève ne remettrait aucunement en cause la capacité de Téhéran d’obtenir –à plus ou moins long terme- l’arme nucléaire.


Une nouvelle cartographie des relations diplomatiques au Moyen-Orient. 

Ces deux événements majeurs, intervenus à quelques mois d’intervalle, ont une pour conséquence principale de redistribuer de façon spectaculaire, les cartes au Moyen-Orient. Ils marquent, primo, la réorientation profonde de la politique étrangère américaine, plus dure avec ses alliés –notamment l’Arabie Saoudite- et plus souple vis-à-vis de Téhéran, longtemps considéré comme l’Etat « paria » par excellence. Ils entraînent, deusio, la région dans une nouvelle phase de déstabilisation, à l’issue plus qu’incertaine. Le désengagement américain coïncide dans ce sens avec l’exacerbation des tensions régionales, par le prisme d’un affrontement sanglant entre chiites et sunnites, qui ne cessent de se répondre par alliés interposés, en Syrie, au Liban, et en Irak, et peut-être bientôt aussi en Afghanistan, au Pakistan et au Yémen –assassinat d’un diplomate iranien à Sanaa ce weekend-. Désengagement qui coïncide, aussi et plus inquiétant avec la résurgence de groupe djihadistes, terroristes, et "internationalistes" que l’on croyait à tort anéantis par des années de guerre acharnée, tels Al Qaeda ou L’Etat Islamique d’Irak et du Levant. Derrières toutes ces luttes intestines, se cache en filigrane, un combat plus large : celui de la suprématie régionale entre l’Iran –chiite- et l’Arabie Saoudite –sunnite-.

Une guerre par procuration au Moyen-Orient qui en ferait presque oublier l’isolement de plus en plus profond et troublant d’Israël dans la région. Pris entre deux feux, celui du régime des Mollahs et celui des monarchies du Golfe, qu’il méprise tout autant, l’Etat Hébreu se retrouve à présent « délaissé » par son protecteur américain. Une question toute naturelle mais pour l’heure sans réponse se pose : Après l’élection du "modéré" ou plutôt du soi-disant "modéré" Hassan Rohani et l’éviction de l’encombrant Mahmoud Ahmadinejad, l’Etat iranien a-t-il vraiment changé de nature ? L’hommage rendu la semaine passée dans les faubourgs sud de Beyrouth par le ministre iranien des affaires étrangères Mohamad Javad Zaraf à l’ancien chef militaire du Hezbollah, Imad Fayez Mughniyah, assassiné à Damas en 2008 –sans doute par 3 membres du Mossad à l’aide d’une charge explosive placée sous sa voiture- n’a pas de quoi rassurer les Israéliens. Faut-il rappeler que Monsieur Mughniyah a pendant des années été l’un des terroristes les plus recherchés par le FBI ? Faut-il rappeler que cet homme, peu connu du grand public, serait responsable de l’organisation, de la préparation et de l’exécution d’une dizaine des opérations les plus meurtrières qui ont secoués la région depuis les années 1980 ? Faut-il rappeler qu’il serait le « cerveau » de l’attaque contre l’immeuble du Drakkar et de l’attentat commis quasi simultanément contre les marines américains le 23 octobre 1983 à Beyrouth (58 morts côté français et 241 côté américain)  ? Dans un nouveau mélange des genres, et hésitant toujours entre laxisme, ouverture et fermeté, le département d’Etat américain s’est empressé de condamner cet hommage  "indigne" rendu à l’un des plus grands criminels de notre époque. "Les violences inhumaines perpétrées par Mughniyah, et que le Hezbollah libanais continue de perpétrer avec l'aide financière et matérielle de l'Iran, ont eu des effets dévastateurs pour le Liban et la région", a déclaré la porte-parole du conseil national de sécurité des Etats-Unis, Caitlin Hayden, tout en ajoutant : "La décision d'honorer la mémoire d'un individu qui a participé à des actes ignobles et dont l'organisation continue de soutenir activement le terrorisme à travers le monde envoie un mauvais message et ne peut qu'exacerber les tensions dans la région". Et les tensions ne se sont pas apaisées par la suite, bien au contraire. À peine 24 heures plus tard, lors d'une allocution dans la riche région pétrolière du Khouzistan, le président iranien, Hassan Rohani, à déclaré que "l’accord de Genève signifiait la reddition des grandes puissances devant la grande nation iranienne". Qu’il s’agisse ou non de galvaniser la population iranienne ou de cimenter une société divisée, les   événements récents alimentent les inquiétudes sur les intentions « réelles » de Téhéran, et font douter de la pertinence de la politique d’ouverture de Washington.


La charge de Robert Gates contre la politique étrangère d'Obama. 

Et les contestations de la politique "d’équilibriste" de l’Administration Obama commencent à se multiplier outre-Atlantique. Le Wall Street Journal, quotidien conservateur, pointe du doigt la responsabilité du département d’Etat américain dans la résurgence des réseaux djihadistes dans la province d’Anbar en Irak. En voulant  mettre fin le plus rapidement possible au conflit engagé par G.W Bush, le président Barack Obama n’aurait pas négocié d’accord préalable avec le gouvernement chiite de Maliki concernant notamment le partage du pouvoir politique ou le maintien d’une présence limitée de forces américaines, ce qui aurait dès lors, favorisé le rapprochement entre le régime des Mollahs et Bagdad, et alimenté le mécontentement et la (re)radicalisation des tribus sunnites, évincées du jeu politique. L’ancien chef de la diplomatie américaine Robert Gates, apprécié à la fois des démocrates et des républicains- a ainsi violemment dénoncé dans son livre Mémoires d’un ministre en guerre –à paraître prochainement- la « micro-gestion » de la Maison Blanche sur les sujets de politique étrangère. L’intéressé déplore également que Barack Obama se soit entouré de jeunes conseillers sans expérience, et faisant « preuve de condescendance et de mépris vis-à-vis des responsables militaires ». 

Quoi qu’il en soit l’approche « consensuelle » de l’administration Obama au Moyen-Orient est bien plus risquée qu’elle n’y parait. En menant cette nouvelle politique, les Etats-Unis se retrouvent piégés entre le marteau et l’enclume, et pourrait tout perdre. En accordant concession sur concession à l’Iran, Washington se confronte à une double menace. Celle d’aggraver ses relations avec l’Etat hébreu, et celle de voir le régime des Mollahs prendre leur place dans la région. En facilitant, l’ascension de Téhéran, les Américains mettent aussi en péril les liens avec l’Arabie Saoudite, qui ne cesse de se radicaliser, et de financer à tour de bras des groupuscules extrémistes. Si la volonté de rompre avec le triste héritage des années Bush est louable, l’approche diplomatique américaine au Moyen-Orient -faite de gestes d'ouverture et de réciprocité attendue en retour- reste pour l’heure plus "contre-productive" que "stabilisatrice". 


A lire aussi dans Lettre Ouverte :

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http://questionsinternationales.blogspot.fr/2014/01/idees-le-leadership-from-behind.html
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Amaury BETS 


mercredi 15 janvier 2014

Vidéo : La réapparition de Fidel Castro !


Le chef historique de la révolution cubaine Fidel Castro, 87 ans, retiré du pouvoir depuis 2006, a fait mercredi 8 janvier au soir à La Havane, sa première apparition publique depuis neuf mois, à l'inauguration d'une galerie de peinture, ont rapporté jeudi les médias cubains.

mardi 14 janvier 2014

Revue de presse : "La politique étrangère turque part à la dérive !"



Le ministre des affaires étrangères iranien, M. Mohammad Javad Zarif rencontre son homologue turc M. Ahmet Davutoglu, en Turquie le 4 janvier 2013.

Après l’échec constaté de la politique « zéro problème » et alors que le gouvernement essayait de justifier, l’été dernier, son isolement politique international en le nommant « précieuse solitude », un nouveau départ diplomatique se profile pour la puissance ottomane. Ce carrefour stratégique mondial reste la première puissance économique de la région, loin devant l’Iran et l’Arabie Saoudite mais qui sont pourtant beaucoup plus audibles sur la scène internationale.



1 - La puissance régionale turque

Le New York Times constate que, « pendant plus d’une décennie, la Turquie a développé des liens étroits avec ses voisins arabes », sa réussite économique et la stabilité démocratique « étaient considérés comme un exemple pour toute la région ». Elle a impacté économiquement toute la région en « ouvrant des frontières et des routes commerciales, développant les affaires et négociant des accords politiques ». Foreign Affairs estime que «l’année dernière, l’économie turque semblait quasiment au sommet du monde » et, pendant les dix dernières années, elle a « fait un long chemin en se propulsant à un rang d’importance mondiale ».


2 - Du « zéro problème » au « tout problème »

Selon le New York Times, « l‘année dernière, la politique du Moyen-Orient d’Erdogan est partie à la dérive ». En effet, ses choix l’ont amené à s’écarter de l’Egypte actuel et des saoudiens en ayant été « un fervent supporter du président déchu, Mohamed Morsi », de la Syrie car elle « a soutenu agressivement et armé les rebelles ». Ses relations avec Baghdâd sont aussi concernés car les turcs « mènent une politique qui met en danger la stabilité du pays » en accordant une attention toute particulière à la partie kurde du nord du pays (notamment en signant des accords pétroliers à l’encontre de la capitale et en prônant l’indépendance de la région). Quant à ses relations avec Israël, elles « sont  restées tendues depuis 2010 ». Différents médias, comme The Economist, nous annoncent que le gouvernement a acheté un système de défense anti-missile chinois pour se protéger de la Syrie et de l’Iran, et ce, contre l’avis de l’OTAN dont elle est membre.


3 - Des conséquences directes et rapides

Le Wall Street Journal déclare que « les implications de la perte de confiance dans la politique étrangère turque peuvent déjà se faire sentir ». Effectivement nous avons pu constater le manque de visibilité de la Turquie dans différents exemples : « de l’Egypte, du nucléaire iranien, dans le processus israélo-palestinien... » Le quotidien cite un ancien diplomate turc « Au Moyen-Orient, la Turquie est désormais vue comme un pays avec son parti pris ».

Les répercussions économiques ne sont pas anodines, surtout venant d’Irak et du golfe. The International New York Times explique que « désapprouver les monarchies du golfe persique a coupé court aux relations commerciales, affaiblissant l’économie turque ».


4 - Vers un nouveau départ ?

Le Daily News rapporte la position du ministère des affaires étrangères turc : « En tant que démocratie solide et avec une économie dynamique, la Turquie peut mettre en œuvre une diplomatie efficace, donc elle peut devenir naturellement un acteur régional puissant et influent. »

Pour le New York Times, le tournant iranien est venu à un moment propice pour la Turquie. « Les liens économiques entre la Turquie et l’Iran ont été renforcé ». La Turquie aurait intérêt à « servir de pont entre l’Iran et l’occident, ouvrant la porte au monde dont Téhéran a besoin pour sortir de l’isolement ». De plus, « l’Iran a de l’influence sur le gouvernement chiite irakien et l’élite Alawite syrienne », ce dont la Turquie a réellement besoin.

The Economist, plus sceptique, tente d’expliquer ces changements diplomatiques envers l’Irak simplement par « des pressions de la part les businessmen turcs, qui, selon eux, paient le prix des querelles extérieures », et l’ouverture vers l’Iran ne serait que l’incidence de « la propre ouverture d’Obama vers la république islamique ». Dans le même temps, la Turquie ne prend aucune  « mesures sérieuses pour stopper l’afflux de combattants étrangers en Syrie ».

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Henri Ln

lundi 13 janvier 2014

Editorial : Une guerre par procuration au Moyen-Orient



Chiites et sunnites, Iran, et Arabie Saoudite, les deux puissances régionales au Moyen-Orient, se sont-elles lancées dans un dangereux cycle de surenchères ? 

L'Iran et l'Arabie, les deux grandes puissances régionales du Moyen-Orient, se livreraient-elles à une dangereuse guerre par procuration ? Depuis quelques mois, la tension ne cesse de monter entre les deux ennemis jurés, et alimentent les rivalités entre les chiites et les sunnites dans leur zone d'influence respectives. Le Liban et l'Irak sont les principales victimes de ce jeu de dupes. Est-ce d'ailleurs les seules ? 


La recrudescence des opérations terroristes au Moyen-Orient est-elle directement liée à la reculade des Occidentaux sur le dossier syrien? Furieuse de la non-intervention américaine contre le régime de Bachar El Assad, l'Arabie Saoudite aurait dans ce sens, décidé de soutenir et de financer -en sous mains- des opérations terroristes pour contrecarrer les plans d'expansion de l'Iran chiite dans la région, son rival de toujours. L'augmentation des attaques, à la fois au Liban -contre l'ambassade iranienne à Beyrouth-, et en Irak -prise de Falludjah- de réseaux sunnites se revendiquant d'Al Qaida, n'est sans doute pas un hasard. Violences qui ne sont d'ailleurs pas restées sans suites, et ont fait l'objet de représailles -indirectes-. Au Liban, les Iraniens sont suspectés d'avoir commandité l'assassinat de Mohammad Chatah. En Irak, Téhéran, soutine -cette fois ouvertement et militairement- les efforts du gouvernement Maliki pour 'nettoyer' la province d'Anbar, et éliminer les terroristes sunnites, qui menacent, de plus en plus fortement le pouvoir chiite. Malgré les suspicions, les deux camps ont, à chaque fois, vivement condamné les atrocités commises. 

Pour autant, et derrière les usages de façade, les masques sont en train de tombés et les protestations à fleurir. L'Iran jugerait le prince saoudien Bandar Bin Sultan (chef des services de renseignement du royaume) -qui a appelé activement à une intervention militaire en Syrie pour renverser le régime de Bachar Al Assad- directement responsable de l'orchestration des attentats de son ambassade à Beyrouth. Téhéran et le Hezbollah -son allié libanais- s'alarmeraient également en coulisses de la décision saoudienne de financer l'armée du pays du Cèdre, à hauteur de 3 milliards de dollars, ce qui lui permettrait d'acheter des armes françaises, et affaiblirait en conséquence le Parti du Dieu, solidement implanté au Liban. 

En dépit des tensions croissantes, et de cette vague de violences, les experts doutent que la guerre de procuration que se livrent les deux puissances régionales dans leurs 'pré carrés', et par l'intermédiaire de leur sous-fifre puisse dégénérer en un conflit régional total, dont les répercussions seraient incalculables pour l'économie mondiale. "La tension, la rivalité et l'hostilité ont longtemps caractérisé les relations bilatérales entre l'Arabie Saoudite et l'Iran", a ainsi déclaré Dilchod Achilov, professeur de sciences politiques à l'Université de East Tennessee State. "Les deux [pays] se rendent compte que les coûts seraient trop élevés", a-t-il également ajouté. 

Si la bataille devrait se poursuivre, par alliés interposés entre l'Iran et l'Arabie Saoudite, le plus inquiétant est sans doute ailleurs. Vladimir Poutine pointerait du doigt Riyah, et encore une fois le prince Bandar -irrité par le soutien russe au régime de Bachar Al Assad-, pour son rôle supposé dans le double attentat de Volgograd, commis fin décembre. De quoi faire monter encore un peu plus la pression, à quelques semaines des J.O de Sotchi.  

A lire aussi sur ce sujet : 




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Amaury BETS


Photo choc du début 2014 : Homs avant-après


Deux images, d'une rue cossue de Homs, à trois ans d'intervalle, montrent toute l'étendue des dévastations, engendrées par le conflit syrien ... Une recherche illustrée, sans doute plus parlante, que des milliers de mots. 




Posté et présenté dimanche dernier sur Twitter par Amro Ali, un chercheur de l'Institut pour la Démocratie et les Droits de l'Homme de Sydney, le photo-montage a connu un succès considérable sur la Toile, et a été retweeté des milliers de fois en quelques jours.

La photo d'en-haut, en date de 2011, présente une rue arborée d'un quartier résidentiel de Homs. En-bas, un autre cliché, trois ans plus tard, montre la même rue, au même endroit, complètement ravagée. Le succès de la recherche, viendrait du fait, selon le chercheur australien, que les Occidentaux s’identifieraient tout particulièrement à ce type de lieu, leur rappelant leurs propres modèles d'existence. 

Il faut dire que depuis le début de la guerre civile en Syrie en mars 2011, Homs située a 180 kilomètres au nord de la capitale Damas, est l'épicentre des affrontements meurtriers quotidiens entre l'armée de Bachar Al Assad et les rebelles. Offensives, contre-offensives, sièges des fidèles du pouvoir, et pilonnages incessants auraient déjà coûté la vie à des milliers de personnes, et auraient contraint une grande partie de ses habitants à fuir vers le Liban voisin. 
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Amaury BETS 


dimanche 12 janvier 2014

Revue de presse : La Centrafrique est au bord du "désastre humanitaire".


Le Président tchadien Idriss Déby (à gauche de l'image) a poussé Michel Djotodia (à droite), le président par intérim de la République centrafricaine, à la démission vendredi dernier.


La presse anglo-saxonne revient sur la démission surprise du président centrafricain par intérim Michel Djotodia, et de son premier ministre Nicolas Tiangaye. Dans leur ensemble, les quotidiens doutent que l’annonce puisse stopper le cycle de violences sectaires et inter-religieuses en cours dans le pays. Certains, plus pessimistes encore, redoutent une amplification des représailles à l'encontre des Séléka, chassés du pouvoir, surtout si la transition politique venait à mal tourner.



Les circonstances de la démission

Les leaders régionaux, et en particulier le président tchadien Idriss Déby –souvent accusé d’ingérence par son voisin centrafricain- ont joué un rôle clé-sous la pression française- dans le départ précipité de Michel Djotodia du pouvoir. « Son sort a été scellé lors d’un sommet régional au Tchad » confie le Guardian. « La démission est intervenue après que Monsieur Djotodia se soit montré incapable d’enrayer la vague de combats inter-religieux entre les milices musulmanes et chrétiennes qui a vu près d’un quart de la population centrafricaine fuir leur maison», précise le Financial Times, tout en ajoutant que « les analystes et des diplomates auraient déclaré que les pays voisins, menés par Idriss Déby, le président du Tchad et allié français, avaient perdu patience envers monsieur Djotodia après une nouvelle vague de violence au cours de la période de Noël ». Une décision qui va dans le sens des déclarations récentes de François Hollande, le président français, qui n’a jamais caché son intention de voir le leader de Séléka évincé du pouvoir. « Je ne veux pas pointer du doigt, mais on ne peut pas garder en place un président qui n'a pas été en mesure de faire quoi que ce soit [pour arrêter la violence] - ou pire, qui a laissé les choses en l’état» avait ainsi déclaré l’intéressé au début de l’intervention « Sangaris ».


Les réactions alternent entre joie et scepticisme

L’annonce de la démission a déclenché des scènes de liesse dans les rues de Bangui, peu habituées à ce type de célébrations ces derniers mois. La foule « agitant des feuilles de palmiers et criant des slogans contre le président, sortant, Michel Djotodia, ont mis une atmosphère de fête dans une ville meurtrie et endeuillée », a ainsi résumé le New York Times. Mais les démonstrations de joie ont malheureusement tourné court. « La colère refoulée pendant des mois de répression est encore évidente. Les foules se sont précipitées pour piller un magasin appartenant à des musulmans, et les membres se la Séléka, le groupe rebelle de Monsieur Djotodia, ont été poursuivis dans les rues » écrit encore le quotidien américain. 


Un « bourbier » auquel s’ajoute un  « désastre humanitaire »

Une démission qui intervient au moment où la situation ne cesse de s’envenimer. Dans ce sens, The Economist n’hésite plus à parler de « quagmire » ou de « bourbier » pour les forces françaises engagées en Centrafrique. L'hebdomadaire reprend les déclarations de responsables de Médecins Sans Frontière, selon lesquelles la « situation à Bangui est hors de contrôle », et revient aussi sur la chute du soutien de l’opinion française à l’opération « Sangaris ». « Seulement 41% -contre 51%- des sondés soutiennent l’intervention », précise ainsi le magazine britannique. Face au nombre croissant de réfugiés,  The Independent indique que le pays serait également au bord d’un « désastre humanitaire ».


L’évacuation des ressortissants étrangers s’accélère.

Alors que près de la moitié des résidents de la capitale Bangui a quitté la ville, ce sont désormais les ressortissants étrangers qui multiplient les demandes, en vue de quitter le pays, ravagé par les violences. « Plusieurs gouvernements, tels que le Mali, le Sénégal, le Niger et le Tchad ont déjà organisé des vols d'évacuation, mais ont besoin de ressources supplémentaires pour faire face à tous les migrants qui veulent quitter la République centrafricaine », a ainsi déclaré Carmela Godeau, directeur des opérations en Afrique de l’Ouest pour l’Organisation Internationale des Migrations, dans des propos repris par The Independent. « Près de 27 000 ont déjà été évacués par leurs gouvernements, mais au moins 33 000 ont encore besoin d'une aide urgente », a-t-elle également indiqué.


Un avenir en pointillés.

Alors que le conflit atteint un degré inédit de violence -comprenant viols, meurtres, exécutions sommaires, pillages, lynchages et cas de cannibalisme- le futur reste toujours -et plus que jamais- incertain. « Le pays n’a jamais vécu quelque chose comme ça » a dans ce sens déclaré Alexandre Ferdinand Nguendet, le leader du Parlement, devenu vendredi, président par intérim de la Centrafrique, au cours d’une interview à N’Djamena, la capitale tchadienne. Des inquiétudes émergent quant à la transition politique, et la capacité des nouveaux dirigeants à stabiliser le pays, confronté à d’importantes divisions. « Les démissions créent un vide politique dans le pays riche en minéraux qui a été en proie, pendant des mois, à une spirale de meurtres et de vengeance entre les militants musulmans et les groupes de 'justiciers' chrétiens », explique le Wall Street Journal. De nouvelles violences ne sont donc absolument pas à exclure. « Un responsable français a mis en garde que les groupes armés alignés avec M. Djotodia pourraient s'en prendre à la population à la suite de son départ », souligne encore le quotidien américain. 



A lire aussi sur le conflit en Centrafrique : 

http://questionsinternationales.blogspot.fr/2013/12/revue-de-presse-des-renforts-europeens.html

http://questionsinternationales.blogspot.fr/2013/12/revue-de-presse-dans-lenfer-de-bangui.html


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Amaury BETS 

jeudi 9 janvier 2014

Vox pupuli : florilège des idées reçues en matière de politique internationale





Après un mois d'exploitation, et des débats parfois agités, Lettre Ouverte dresse les tendances lourdes relevées dans les échanges en France sur les questions de politique internationale. Pour le meilleur, et sans doute pour le pire... 


Tendance 1 : Ramener sans cesse le débat à la fameuse (ou fumeuse) théorie du complot.

Attentats du 11 Septembre, invasion de l'Irak, élimination de Ben Laden ...  toute la politique internationale contemporaine, se résumerait à une grande 'mascarade', faite de 'manipulation', de 'duperies' et de 'mysticismes'. Elle relèverait même d'un grand complot judéo-chrétien, visant à dominer le monde. Quid de la réalité objective, de la géopolitique et -tout simplement- des faits ? 


Tendance 2 : Les propos déplacés 

Bien souvent, les débats s'enveniment et prennent un tournant iconoclaste, voire injurieux. Les 'arabes' seraient 'ingouvernables'. La religion musulmane serait incapable d'intégrer la "démocratie". Sous Saddam, c'était "mieux". En Iran, les occidentaux se feraient 'pendre', et en Arabie Saoudite 'décapiter'. Des propos que l'on retrouve dans des discussions 'sérieuses' sur des blogs ou des forums, censés regroupés des gens éduqués et instruits ! 


Tendance 3 : Les USA seraient responsables de tout. 

La diplomatie américaine serait partout. Du conflit au Sud-Soudan, en passant par les renversements des pouvoirs en Egypte, en Libye, en Tunisie, ou le financement des djihadistes en Syrie, chaque tension, chaque bombe qui explose, chaque manifestation serait l'oeuvre de l'administration américaine, qui agirait en sous main, dans une grande conspiration mondiale ? Quid de la capacité américaine 'effective' sur la scène internationale et surtout des interférences régionales ? 


Tendance 4 : Tout ramener au passé pour s'empêcher d'agir. 

Barack Obama serait condamné d'office à l'inaction, parce que son prédécesseur n'aurait cessé d'envoyer ses escadrons guerroyer en Afghanistan puis en Irak. La France ne pourrait pas intervenir en Afrique. Ce serait le retour du "colonialisme". Du coup nous n'aurions pas la légitimité suffisante pour nous opposer -et nous affirmer- face aux Russes et aux Chinois ! 


Tendance 5 : Le "nombrilisme" français. 

Les médias français ont le droit de critiquer à longueur de journée, le pouvoir en place, et de nous abreuver de leur analyse pessimiste -déclin, paupérisation, etc...-. En revanche quand les médias étrangers -et surtout anglo-saxons- le font plus ou moins maladroitement, cela se transforme immédiatement en "French Bashing". Quid de la réalité des chiffres et de la possibilité de critiquer ?  

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Amaury BETS 






mercredi 8 janvier 2014

Idées : Pourquoi les Français doivent –enfin- s’intéresser à la politique internationale ?



La France doit repenser de toute urgence sa stratégie sur l'échiquier politique mondial 



C’est un argument bien connu. En période de crise, le plus important est de se replier sur soi, de régler ses propres problèmes, et d’évacuer les questions internationales de ses priorités. Argument, bien connu, certes, qui en plus d’être une fâcheuse dérive franco-française, est aussi –et bien plus grave- un terrible non-sens dans un monde globalisé, où croissance intérieure rime surtout avec conquête de nouveaux marchés et expansion commerciale. A Lettre Ouverte, nous avons une approche bien différente de celle voulue par le ‘mainstream’, qui considère la relance de notre économie en une donnée strictement 'endogène', et qui ne voit jamais l'international comme un levier pour répondre à ce défi majeur. Nous considérons que la défense de ses valeurs et –in fine- de sa Civilisation à l’extérieur ne se résume pas à un simple ‘devoir moral’, mais qu’elle est au contraire un incroyable catalyseur d’énergie en interne, et que ce réservoir reste aujourd'hui et malheureusement inexploité. Oui, nous considérons l’intérêt affirmé à la politique étrangère, comme le seul remède possible pour vaincre les divisions en interne, et enfin sortir de l’ornière dans laquelle nous nous trouvons. 



Avant de se lancer dans notre explication, il convient –sans doute- d’apporter quelques précisions. D’abord, en ce qui concerne la notion ambiguë  ‘d’influence’ ? Encore une fois, et de manière décevante, le ‘mainstream’ bien pensant, répondra de manière erronée qu'il est préférable, dans le contexte actuel, de se focaliser sur les problématiques internes. Par ‘influence’, la majorité y verra un signe ‘d’arrogance’, de ‘domination militaire’, ‘d’ingérence’, voire et plus ridicule encore de ‘colonialisme’. Interprétation des choses, qui pose d’emblée une ‘omerta’ dangereuse sur un débat nécessaire, et utile socialement. Pourquoi, en effet, alors que le monde n’a jamais été aussi interconnecté qu’aujourd’hui, ne pas voir dans ‘l’influence’ les premiers signes d’un ‘renouveau’, d’un ‘sursaut’, ou d'une 'opportunité’ pour relancer un pays, dont la classe politique n’a jamais été aussi gangrenée, et raillée qu’aujourd’hui  ? Dans les pays anglo-saxons, en Chine et en Russie, la politique étrangère occupe une place bien plus importante dans les Unes des médias nationaux, et dans les esprits des responsables, qui sont d’ailleurs –est-ce seulement une coïncidence ?- bien plus populaires qu'en France, et dont la société civile, plus unie, partage un ensemble de valeurs, déclinées, et (ré)affirmées constamment, fussent-elles bonnes ou mauvaises. Ensuite dans l'Hexagone, et c'est notre deuxième précision, l’implication dans les questions internationales, est toujours rationalisée et théorisée,  d’un point de vue strictement budgétaire ou comptable, ne laissant plus aucun espace à la pensée libre et ouverte. Pour ne pas s'engager, on met en avant un coût que l’on ne pourrait pas supporter dans une période de crise grave et durable. C’est une erreur supplémentaire. Considérer seulement ‘l’influence’ sous un aspect financier, insupportable pour le citoyen français, déjà prélevé de tous les côtés, ne tient pas l’analyse. A cet argument, il convient de répondre de la plus simple des manières. Avoir une idéologie ne coûte pas un centime. Avoir une ‘idéologie’, une ‘vision’, une ‘cohérence’ impose seulement courage et réflexion, et ne nécessité pas –obligatoirement- d’abreuver en capitaux le Ministère de la Défense, et encore plus dans notre pays, dont la puissance militaire n'est plus à prouver ! Oui, on a tendance à oublier un peu vite, -par renoncement ou par facilité?- que, l'on peut être ‘puissant’ par les mots, par son ‘activisme’, et par, en définitive sa seule ‘détermination’à lutter, comme l'exemple de Mandela a pu le montrer. Non le monde ne se résume pas un simple rapport de force économique, où puissance commerciale est l'unique dénominateur commun de l'influence ! Enfin, et ce le dernier point que nous voulons soulever, il convient de préciser, que la raison-d'être d'une diplomatie n'est sûrement pas de faire la guerre. Pour peser dans le monde, rien n'oblige un Etat d'user de sa puissance militaire, et d’envoyer ses escadrons guerroyer dans les zones grises, pour quel motif 'humaniste' que ce soit, et encore pire, sans connaissance de terrain préalable. Pour résumer, un pays fort à l’extérieur n’est pas obligatoirement un pays dont la doctrine est le ‘hard power’, et qui utilise ses armes pour écraser ses ennemis. Bien au contraire. C'est ce que tente de prouver l'administration Obama en assurant la transition vers le "smart power". Une nouvelle doctrine qui nécessite, certes, encore des ajustements importants.


Une fois les précisions faites, nous osons dire –sacrilège ultime pour le ‘mainstream parisianiste' conservateur- qu'il s'agit, avant tout, de se replacer en force sur l'échiquier géopolitique, afin d'assurer notre reconstitution à l'intérieur. Comment peut-on réellement penser, qu’à l’heure de la mondialisation, nous serons compétitifs et en mesure de défendre nos intérêts sur les marchés étrangers, en ayant, un degré de connaissance si faible des grandes questions internationales ? Oui le commerce international est une chance, une opportunité, qu’il faut être en mesure de saisir, ce qui n'est jamais acquis naturellement. Si l’on n’en est pas capable, la libéralisation des échanges devient incomprise, puis se transforme peu à peu en une crainte  voire pour certains une forme d'agression étrangère, comme cela est –malheureusement- souvent le cas actuellement en France. Et le cœur de notre explication se trouve là. En manque ‘d’influence’ à l’extérieur, nous ne disposons plus de la fierté collective, pour à la fois, réaffirmer le prestige de notre Nation, et dénoncer d’une seule et même voix, les élans de haines qui se diffusent dans la société. Alors que nombre d’économistes considèrent que la relance de notre économie passe inévitablement par les marchés étrangers, comment pouvons nous continuer à négliger la formulation d’une politique étrangère cohérente ? Ce n’est sûrement pas en ayant un double discours –critiques des droits de l’homme en Russie tout en négociant des contrats commerciaux en Arabie Saoudite, l’un des pays les moins avancés au monde sur ce sujet-, que l’on arrivera à rendre notre approche plus lisible. Booster temporairement notre économie par des alliances de circonstances n’est pas une tactique viable, et ne nous permettra jamais d’être écouté et respecté sur les marchés. Sans intérêt, pour les questions internationales, celles qui divisent, qui agitent le monde, nous resterons condamnés à l'ignorance. Nous resterons condamnés à regarder le train de la mondialisation passer devant nous. Nous resterons incapables d’en capter les fruits, de nous libéraliser et d’entrer –enfin- de pleins pieds dans le XXI ème siècle ! Nous resterons incapables de protéger l’héritage de la grande Civilisation européenne, qui a plus que jamais besoin d’être réaffirmé et défendu, à l'heure ou le nationalisme se propage. 


En définitive, nous considérons, qu’être influent à l’extérieur peut être un puissant facteur d’unité et de prestige à l’intérieur, en mesure de refonder un lien social, très menacé. Nous irons même plus loin, en avançant l’argument, que dans une situation de crise identitaire durable, et de mondialisation, il est même le seul catalyseur existant et inexploité, en mesure de dépasser les clivages d’une classe politique à bout de souffle, et incapable de répondre aux problèmes de notre économie. D’où, et nous insisterons, là-dessus, l’impérieuse nécessité de placer les considérations de politique étrangère au sommet de l’agenda, pour éviter la désintégration de la société civile, prise dans les pièges du dangereux repli sur soi, et dans la triste tendance à considérer tout ce qui est extérieur comme une menace. 

A lire aussi au sujet de la politique étrangère de la France :
http://questionsinternationales.blogspot.fr/2013/12/pourquoi-pour-une-fois-au-moins-nous.html

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Amaury BETS