lundi 20 janvier 2014

Revue de presse : L'Ukraine, de mal en pis


La police anti-émeute et les manifestants anti-gouvernementaux se sont affrontés à Kiev, la capitale ukrainienne.

Fourgon de police incendié. Bus renversé et calciné. Voitures brûlées. Echauffourées. Journalistes pris pour cible. Des blessés par dizaines, dont certains sérieusement. Tel est le lourd bilan des affrontements qui ont eu lieu dimanche soir entre les forces anti-émeutes et les manifestants  à Kiev, non loin de la Place de l’Indépendance, connu sous le nom de « Maidan ». La presse anglo-saxonne revient sur les circonstances de ces heurts et y voit une aggravation de la crise politique qui secoue le pays depuis fin-novembre. 

Des manifestations pacifiques à la confrontation violente.
Les nouvelles lois, votées à mains levées jeudi dernier par le parlement ukrainien ont mis le feu aux poudres. En restreignant le droit de manifester, le nouveau dispositif législatif vise selon le New York Times : « à éteindre le mouvement de protestions qui a commencé le 21 novembre après la marche arrière du président Ianoukovitch au sujet de la signature d’un accord pour renforcer les liens commerciaux et politiques de l’Union Européenne. » Dans ce sens, « les violences de dimanche reflètent surtout, à la fois, la fureur des éléments extrémistes et celle des citoyens ordinaires concernant les lois [de jeudi], qui font écho à celles passées en Russie au cours des dernières années, et qui suivent un plan de sauvetage de 15 milliards de dollars de l’Ukraine par Moscou, le mois dernier », écrit le Financial Times.  « Les manifestants ont bombardé la police avec des fusées, des pétards, et des cocktails molotov », précise la BBC.

La radicalisation d’une partie de l’opposition.
Les nouvelles lois ne seraient pas les seules raisons de la dégradation sécuritaire. « La violence a été amplifiée par la désillusion croissante d’une partie des manifestants vis-à-vis des leaders de l’opposition. Certains considèrent qu’ils ont été trop passifs durant les manifestations », analyse le FT. Quoi qu’il en soit les dirigeants de l’opposition ont dénoncé les débordements de dimanche à proximité du Parlement et « les provocateurs qui ne représentent pas les aspirations pacifiques des manifestants », ajoute le New York Times.

Les divisions de la société ukrainienne.

Le pays est à présent coupé en deux, « entre les régions pro-européennes à l’Ouest et les pro-russes à l’Est », estime CNN. A la tête du parti Udar, le leader de l’opposition Vitali Klitschko, l’ancien champion du monde de boxe poids lourd, malmené lors des manifestations, a mis en garde contre un « scénario de la force », tout en ajoutant qu’il n’excluait pas « la possibilité d’une guerre civile », selon des propos repris par la BBC.


Le leader de l’opposition Vitaly Klitschko, a été aspergé par un extincteur lors des manifestations

Tensions croissantes entre l’Union Européenne et la Russie.
« La Bataille pour l’âme ukrainienne envenime les relations entre l’Union Européenne et la Russie, avec les politiciens européens qui accusent Moscou d’utiliser le chantage et la corruption pour garder Kiev dans sa sphère d’influence », explique  The Independent. Des accusations balayées d'un revers de manche par le Kremlin, qui dénonce les interférences de Bruxelles ou de Washington, concernant sa gestion du dossier ukrainien. « Monsieur Ianoukovitch dispose du soutien de nombreux Ukrainiens », relativise ainsi le quotidien britannique.

La Maison Blanche dénonce l’attitude du pouvoir ukrainien. 
Si l’Union Européenne a condamné les violences et a appellé à trouver « une solution démocratique à la crise actuelle », Washington s’est montré plus ferme en mettant en cause la responsabilité du pouvoir ukrainien dans les heurts. « Les tensions croissantes en Ukraine est une conséquence directe de l’attitude du gouvernement ne reconnaissant pas les griefs légitimes de son Peuple » a ainsi déclaré Caitlin Hayden, la porte-parole du Conseil de la sécurité nationale des Etats-Unis. Par ailleurs le département d’Etat américain a qualifié dans un communiqué les nouvelles lois de « non-démocratiques. »
 
La sortie de crise s’éloigne et laisse place à l’inquiétude.
Alors que les deux camps semblent se radicaliser, la perspective d’une résolution rapide de la crise s’éloigne. « Les autorités ukrainiennes pourraient utiliser les affrontements comme un prétexte pour lancer une répression violente visant à éjecter les manifestants de leurs campements sur la place centrale de l’Indépendance de Kiev », indique ainsi The Independent. L’offre de négociation, proposée hier par le président Ianoukovitch est ainsi considérée par une grande partie des opposants, comme une « ruse pour calmer les tensions et gagner du temps ».  Dans un communiqué publié lundi soir, et en guise d’avertissement, le président Ianoukovitch a déclaré : « Maintenant, lorsque des actions pacifiques se transforment en troubles de masse, accompagnés par des émeutes et des incendies volontaires, et l’usage de la violence, je suis convaincu que ces phénomènes constituent une menace non seulement pour Kiev mais aussi pour l’ensemble de l’Ukraine. » Dès lors, le scénario du pire est-il en marche ?

A lire aussi dans Lettre Ouverte : 

http://questionsinternationales.blogspot.fr/2013/12/non-lukraine-nest-pas-vendre.html

--
Amaury BETS

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire