lundi 6 janvier 2014

Editorial : Le retour du terrorisme en Russie et ses conséquences


Sur les lieux de la deuxième explosion dans un trolley bus, à Volgograd, le 30 décembre 2013. 

Six semaines. Il ne restait plus que six semaines à Vladimir Poutine pour voir son grand rêve Olympique, enfin consacré à Sotchi, sa station balnéaire fétiche au bord de la mer Noire. Deux attentats très meurtriers, commis, coup sur coup, à Volgograd (ex-Stalingrad) sont venus pour un temps –au moins- contrarier les plans du président russe, et faire resurgir un risque sécuritaire, éclipsé, ces derniers mois, par les succès obtenus à l’international par la –très habile- diplomatie russe. Des attaques -pas encore revendiquées- qui risquent d'impacter profondément sur la politique russe, aussi bien à l’intérieur qu'à l’extérieur, et en définitive consacrée la fermeté du Kremlin !


La Russie n’avait pas connu un tel déchaînement de violences, et de terreur, depuis de très long mois, voire de longues années. Dimanche 29 décembre, un kamikaze ou une « veuve noire » se fait sauter dans la gare de Volgograd, située à un millier de km au sud-est de Moscou, la capitale russe, entraînant la mort de 17 civils. Le lendemain, à 8h30 du matin, un trolley bus, explose dans un autre quartier de la ville, causant le décès de 14 innocents supplémentaires. Bilan très lourd, qui comprend également des dizaines de blessés, dont certains dans un état grave, ont été transportés par avion dans les hôpitaux de Moscou. Des attaques aveugles, et très meurtrières, qui réinstaurent un sentiment d’insécurité dans le pays, déjà fortement touché par le terrorisme tchétchène, au cours des deux dernières décennies. Dynamitage en série d’immeubles d’habitation -290 morts et un millier de blessés-, prise d’otages au théâtre de la Doubrovska -129 civils tués dans l'opération des forces de sécurité pour les libérer-, assaut sanglant contre l’école de Beslan en Ossétie du Nord -344 morts dont 186 enfants-, attentats dans le métro de Moscou -39 morts-, ou contre l’aéroport Domodedevo -35 morts-, la Russie a payé un très lourd tribut à l'islamisme sunnite radical. 

Bien que les attaques n'aient pas encore été revendiquées, les suspects semblent de fait tout désignés. Si le modus operandi des attentats rappellent fortement les précédentes actions des indépendantistes tchétchènes -recours à des kamikazes lourdement équipés en explosifs-, les déclarations de juillet dernier de Dokou Oumarov, le fondateur de l’émirat du Caucase, laisse encore moins de place au doute. Dans une vidéo diffusée sur internet, le chef islamiste du Caucase et ennemi juré du Kremlin avait en effet déclaré que les olympiades de 2014 auront lieu "sur les ossements de nombreux musulmans enterrés sur nos terres, le long de la mer Noire". Il y appelait dans ce sens, tous les rebelles islamistes à faire le maximum pour faire échouer ce qu’il qualifiait de danses sataniques.

Les attentats de Volgograd auront inévitablement des répercussions majeures sur la politique russe dans les prochaines semaines, à l'approche des JO de Sotchi, et surement autant en interne qu'en externe. A l’intérieur, les attaques devraient encore conforter Vladimir Poutine, qui a annoncé, dans une déclaration au ton ferme et solennel, qu'il poursuivrait la "lutte contre les terroristes jusqu'à leur élimination totale." Il faut dire que le succès de l’ex agent du KGB dans son traitement du terrorisme et du séparatisme dans les régions à majorité musulmane a été la clé de sa montée en puissance, tout comme l’un des piliers de sa popularité actuelle. Par ailleurs, de telles attaques risquent d’intensifier les craintes dans le sud de la Russie et ailleurs, concernant les peuples musulmans du Caucase, considérés comme une menace majeure pour la paix et l'unité russe. A l’extérieure, la réponse de la diplomatie russe, et du très adroit ministre des affaires étrangères –depuis faut-il le rappeler presque 10 ans !-, Sergei Lavrov se veut simple et cohérente. Faire des attentats de Volgograd une illustration supplémentaire de la dangerosité extrême d'un terrorisme islamiste de masse, globalisé, à l'image des attentats commis lors du marathon de Boston aux Etats-Unis, le 15 avril dernier, et non plus la conséquence indirecte de l'intervention russe dans le Caucase. Tactique qui semble, encore une fois, couronnée de succès. Dans ce sens, les grandes chancelleries occidentales, ont toutes, fermement condamnées, les atrocités commises à Volgograd, et même proposé assistance et collaboration aux autorités russes. Plus globalement, les attentats pourraient confirmer la volonté russe de devenir le fer de lance du combat contre l'intégrisme sunnite dans le monde, et notamment en Moyen-Orient -cas de la Syrie-, et remplacer progressivement les Etats-Unis comme la première puissance d'influence dans la région. 


Bien qu’elles pourraient de nouveau instaurer un climat de terreur, similaire à celui engendré par le dynamitage des immeubles d’habitations de Moscou, les attaques commises à Volgograd s’inscrivent dans un contexte bien différent. S’il y a 10 ans, le président russe, Vladimir Poutine, pouvait se sentir menacé à la tête de l’Etat russe, il semble aujourd’hui qu'il ait réussi à verrouiller son pouvoir, comme l’indique sa popularité record. Dans ce sens la population devrait, lui accorder toute sa confiance dans sa stratégie d’ «éradication ». Mais plus spectaculaire encore, est sans doute, l’évolution progressive de la perception mondiale du conflit en Tchétchénie. D’un conflit, très médiatique, très controversé, censé prouver toute la brutalité du régime russe, l’action menée par Eltsine puis par Poutine, apparaît à présent presque réhabilitée par les occidentaux, qui se gardent bien de dénoncer les « abus » ou « atteintes » faites au droit de l’Homme dans le Caucase, une rhétorique habituelle ces dernières années. La vision d’un terrorisme de masse, planétaire et aveugle, et les effets concomitant d'une radicalisation croissante des réseaux islamistes sunnites, semblent désormais l’emporter et donner caution à l’habile stratégie Lavrov, au détriment –sans doute- d’une analyse plus approfondie sur la nature de la menace, devenue comme par magie « universelle ».

A lire aussi sur la politique russe :
http://questionsinternationales.blogspot.fr/2013/12/quand-poutine-defend-la-liberte.html

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Amaury BETS


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