mercredi 8 janvier 2014

Idées : Pourquoi les Français doivent –enfin- s’intéresser à la politique internationale ?



La France doit repenser de toute urgence sa stratégie sur l'échiquier politique mondial 



C’est un argument bien connu. En période de crise, le plus important est de se replier sur soi, de régler ses propres problèmes, et d’évacuer les questions internationales de ses priorités. Argument, bien connu, certes, qui en plus d’être une fâcheuse dérive franco-française, est aussi –et bien plus grave- un terrible non-sens dans un monde globalisé, où croissance intérieure rime surtout avec conquête de nouveaux marchés et expansion commerciale. A Lettre Ouverte, nous avons une approche bien différente de celle voulue par le ‘mainstream’, qui considère la relance de notre économie en une donnée strictement 'endogène', et qui ne voit jamais l'international comme un levier pour répondre à ce défi majeur. Nous considérons que la défense de ses valeurs et –in fine- de sa Civilisation à l’extérieur ne se résume pas à un simple ‘devoir moral’, mais qu’elle est au contraire un incroyable catalyseur d’énergie en interne, et que ce réservoir reste aujourd'hui et malheureusement inexploité. Oui, nous considérons l’intérêt affirmé à la politique étrangère, comme le seul remède possible pour vaincre les divisions en interne, et enfin sortir de l’ornière dans laquelle nous nous trouvons. 



Avant de se lancer dans notre explication, il convient –sans doute- d’apporter quelques précisions. D’abord, en ce qui concerne la notion ambiguë  ‘d’influence’ ? Encore une fois, et de manière décevante, le ‘mainstream’ bien pensant, répondra de manière erronée qu'il est préférable, dans le contexte actuel, de se focaliser sur les problématiques internes. Par ‘influence’, la majorité y verra un signe ‘d’arrogance’, de ‘domination militaire’, ‘d’ingérence’, voire et plus ridicule encore de ‘colonialisme’. Interprétation des choses, qui pose d’emblée une ‘omerta’ dangereuse sur un débat nécessaire, et utile socialement. Pourquoi, en effet, alors que le monde n’a jamais été aussi interconnecté qu’aujourd’hui, ne pas voir dans ‘l’influence’ les premiers signes d’un ‘renouveau’, d’un ‘sursaut’, ou d'une 'opportunité’ pour relancer un pays, dont la classe politique n’a jamais été aussi gangrenée, et raillée qu’aujourd’hui  ? Dans les pays anglo-saxons, en Chine et en Russie, la politique étrangère occupe une place bien plus importante dans les Unes des médias nationaux, et dans les esprits des responsables, qui sont d’ailleurs –est-ce seulement une coïncidence ?- bien plus populaires qu'en France, et dont la société civile, plus unie, partage un ensemble de valeurs, déclinées, et (ré)affirmées constamment, fussent-elles bonnes ou mauvaises. Ensuite dans l'Hexagone, et c'est notre deuxième précision, l’implication dans les questions internationales, est toujours rationalisée et théorisée,  d’un point de vue strictement budgétaire ou comptable, ne laissant plus aucun espace à la pensée libre et ouverte. Pour ne pas s'engager, on met en avant un coût que l’on ne pourrait pas supporter dans une période de crise grave et durable. C’est une erreur supplémentaire. Considérer seulement ‘l’influence’ sous un aspect financier, insupportable pour le citoyen français, déjà prélevé de tous les côtés, ne tient pas l’analyse. A cet argument, il convient de répondre de la plus simple des manières. Avoir une idéologie ne coûte pas un centime. Avoir une ‘idéologie’, une ‘vision’, une ‘cohérence’ impose seulement courage et réflexion, et ne nécessité pas –obligatoirement- d’abreuver en capitaux le Ministère de la Défense, et encore plus dans notre pays, dont la puissance militaire n'est plus à prouver ! Oui, on a tendance à oublier un peu vite, -par renoncement ou par facilité?- que, l'on peut être ‘puissant’ par les mots, par son ‘activisme’, et par, en définitive sa seule ‘détermination’à lutter, comme l'exemple de Mandela a pu le montrer. Non le monde ne se résume pas un simple rapport de force économique, où puissance commerciale est l'unique dénominateur commun de l'influence ! Enfin, et ce le dernier point que nous voulons soulever, il convient de préciser, que la raison-d'être d'une diplomatie n'est sûrement pas de faire la guerre. Pour peser dans le monde, rien n'oblige un Etat d'user de sa puissance militaire, et d’envoyer ses escadrons guerroyer dans les zones grises, pour quel motif 'humaniste' que ce soit, et encore pire, sans connaissance de terrain préalable. Pour résumer, un pays fort à l’extérieur n’est pas obligatoirement un pays dont la doctrine est le ‘hard power’, et qui utilise ses armes pour écraser ses ennemis. Bien au contraire. C'est ce que tente de prouver l'administration Obama en assurant la transition vers le "smart power". Une nouvelle doctrine qui nécessite, certes, encore des ajustements importants.


Une fois les précisions faites, nous osons dire –sacrilège ultime pour le ‘mainstream parisianiste' conservateur- qu'il s'agit, avant tout, de se replacer en force sur l'échiquier géopolitique, afin d'assurer notre reconstitution à l'intérieur. Comment peut-on réellement penser, qu’à l’heure de la mondialisation, nous serons compétitifs et en mesure de défendre nos intérêts sur les marchés étrangers, en ayant, un degré de connaissance si faible des grandes questions internationales ? Oui le commerce international est une chance, une opportunité, qu’il faut être en mesure de saisir, ce qui n'est jamais acquis naturellement. Si l’on n’en est pas capable, la libéralisation des échanges devient incomprise, puis se transforme peu à peu en une crainte  voire pour certains une forme d'agression étrangère, comme cela est –malheureusement- souvent le cas actuellement en France. Et le cœur de notre explication se trouve là. En manque ‘d’influence’ à l’extérieur, nous ne disposons plus de la fierté collective, pour à la fois, réaffirmer le prestige de notre Nation, et dénoncer d’une seule et même voix, les élans de haines qui se diffusent dans la société. Alors que nombre d’économistes considèrent que la relance de notre économie passe inévitablement par les marchés étrangers, comment pouvons nous continuer à négliger la formulation d’une politique étrangère cohérente ? Ce n’est sûrement pas en ayant un double discours –critiques des droits de l’homme en Russie tout en négociant des contrats commerciaux en Arabie Saoudite, l’un des pays les moins avancés au monde sur ce sujet-, que l’on arrivera à rendre notre approche plus lisible. Booster temporairement notre économie par des alliances de circonstances n’est pas une tactique viable, et ne nous permettra jamais d’être écouté et respecté sur les marchés. Sans intérêt, pour les questions internationales, celles qui divisent, qui agitent le monde, nous resterons condamnés à l'ignorance. Nous resterons condamnés à regarder le train de la mondialisation passer devant nous. Nous resterons incapables d’en capter les fruits, de nous libéraliser et d’entrer –enfin- de pleins pieds dans le XXI ème siècle ! Nous resterons incapables de protéger l’héritage de la grande Civilisation européenne, qui a plus que jamais besoin d’être réaffirmé et défendu, à l'heure ou le nationalisme se propage. 


En définitive, nous considérons, qu’être influent à l’extérieur peut être un puissant facteur d’unité et de prestige à l’intérieur, en mesure de refonder un lien social, très menacé. Nous irons même plus loin, en avançant l’argument, que dans une situation de crise identitaire durable, et de mondialisation, il est même le seul catalyseur existant et inexploité, en mesure de dépasser les clivages d’une classe politique à bout de souffle, et incapable de répondre aux problèmes de notre économie. D’où, et nous insisterons, là-dessus, l’impérieuse nécessité de placer les considérations de politique étrangère au sommet de l’agenda, pour éviter la désintégration de la société civile, prise dans les pièges du dangereux repli sur soi, et dans la triste tendance à considérer tout ce qui est extérieur comme une menace. 

A lire aussi au sujet de la politique étrangère de la France :
http://questionsinternationales.blogspot.fr/2013/12/pourquoi-pour-une-fois-au-moins-nous.html

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Amaury BETS

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