Chiites et sunnites, Iran, et Arabie Saoudite, les deux puissances régionales au Moyen-Orient, se sont-elles lancées dans un dangereux cycle de surenchères ?
L'Iran et l'Arabie, les deux grandes puissances régionales du Moyen-Orient, se livreraient-elles à une dangereuse guerre par procuration ? Depuis quelques mois, la tension ne cesse de monter entre les deux ennemis jurés, et alimentent les rivalités entre les chiites et les sunnites dans leur zone d'influence respectives. Le Liban et l'Irak sont les principales victimes de ce jeu de dupes. Est-ce d'ailleurs les seules ?
La recrudescence des opérations terroristes au Moyen-Orient est-elle directement liée à la reculade des Occidentaux sur le dossier syrien? Furieuse de la non-intervention américaine contre le régime de Bachar El Assad, l'Arabie Saoudite aurait dans ce sens, décidé de soutenir et de financer -en sous mains- des opérations terroristes pour contrecarrer les plans d'expansion de l'Iran chiite dans la région, son rival de toujours. L'augmentation des attaques, à la fois au Liban -contre l'ambassade iranienne à Beyrouth-, et en Irak -prise de Falludjah- de réseaux sunnites se revendiquant d'Al Qaida, n'est sans doute pas un hasard. Violences qui ne sont d'ailleurs pas restées sans suites, et ont fait l'objet de représailles -indirectes-. Au Liban, les Iraniens sont suspectés d'avoir commandité l'assassinat de Mohammad Chatah. En Irak, Téhéran, soutine -cette fois ouvertement et militairement- les efforts du gouvernement Maliki pour 'nettoyer' la province d'Anbar, et éliminer les terroristes sunnites, qui menacent, de plus en plus fortement le pouvoir chiite. Malgré les suspicions, les deux camps ont, à chaque fois, vivement condamné les atrocités commises.
Pour autant, et derrière les usages de façade, les masques sont en train de tombés et les protestations à fleurir. L'Iran jugerait le prince saoudien Bandar Bin Sultan (chef des services de renseignement du royaume) -qui a appelé activement à une intervention militaire en Syrie pour renverser le régime de Bachar Al Assad- directement responsable de l'orchestration des attentats de son ambassade à Beyrouth. Téhéran et le Hezbollah -son allié libanais- s'alarmeraient également en coulisses de la décision saoudienne de financer l'armée du pays du Cèdre, à hauteur de 3 milliards de dollars, ce qui lui permettrait d'acheter des armes françaises, et affaiblirait en conséquence le Parti du Dieu, solidement implanté au Liban.
En dépit des tensions croissantes, et de cette vague de violences, les experts doutent que la guerre de procuration que se livrent les deux puissances régionales dans leurs 'pré carrés', et par l'intermédiaire de leur sous-fifre puisse dégénérer en un conflit régional total, dont les répercussions seraient incalculables pour l'économie mondiale. "La tension, la rivalité et l'hostilité ont longtemps caractérisé les relations bilatérales entre l'Arabie Saoudite et l'Iran", a ainsi déclaré Dilchod Achilov, professeur de sciences politiques à l'Université de East Tennessee State. "Les deux [pays] se rendent compte que les coûts seraient trop élevés", a-t-il également ajouté.
Si la bataille devrait se poursuivre, par alliés interposés entre l'Iran et l'Arabie Saoudite, le plus inquiétant est sans doute ailleurs. Vladimir Poutine pointerait du doigt Riyah, et encore une fois le prince Bandar -irrité par le soutien russe au régime de Bachar Al Assad-, pour son rôle supposé dans le double attentat de Volgograd, commis fin décembre. De quoi faire monter encore un peu plus la pression, à quelques semaines des J.O de Sotchi.
A lire aussi sur ce sujet :
---
Amaury BETS

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire