Ayman Al Zawahiri (à droite de l'image), a remplacé Oussama Ben Laden, à la tête de l'organisation terroriste Al Qaida
On le croyait anéanti après la chute des Talibans. On le croyait anéanti après l’élimination d’Abou Moussab al Zarqaoui, le leader sanguinaire de la branche irakienne, adepte des décapitations d’otages. On le croyait anéanti après la mort de son chef historique Oussama Ben Laden dans une opération des forces d’élite américaines. On le croyait anéanti pour de bon. Mais il n’en est rien. Douze ans après les attentats du « 11 Septembre », les plus meurtriers jamais commis dans l’Histoire moderne, le réseau terroriste Al Qaida est toujours-là, et constitue toujours une menace « globale ». Plus impensable encore, la nébuleuse, restructurée, serait même devenue plus forte !
Plusieurs responsables du
renseignement américains, alertent sur la résurgence et l’expansion du réseau
Al Qaida dans le monde, en particulier au Moyen-Orient et en Afrique. En effet,
et malgré l’élimination de plusieurs lieutenants d’Oussama Ben Laden, tués l’an
passé dans des frappes de drone ou au cours d’interventions des forces
spéciales américaines, les groupes djihadistes affiliés à Al Qaida ont réussi à
mener, des attaques d’envergure très audacieuses sur de nombreux fronts. Si la
nébuleuse a frappé sur ses « théâtres d’opération traditionnels »,
comme l’Irak, l’Afghanistan, le Yémen, ou la Somalie, elle a également élargi
son périmètre d’action à d’autres zones, où sa présence restait encore, il y a peu,
très marginale. En Libye –assassinat de Christopher Stevens, l’ambassadeur
américain dans le pays-, en Algérie –assaut sanglant contre le complexe
pétrolier d’In Amenas -, en Afrique de l’Ouest –attaques suicides au Mali,
enlèvement de ressortissants français au Nigéria-, au Kenya –massacre dans le
centre commercial Westgate- en Syrie, et plus récemment au Liban contre un
quartier chiite, les islamistes sunnites, directement liés ou inspirés d’Al
Qaida, ont semé dévastations et terreur.
Et les succès d’Al Qaida
s’enchaînent au Moyen-Orient, et confirme –au-delà- des seules opérations terroristes-
sa nouvelle capacité de nuisance dans la région, et surtout, plus alarmant, et
plus tragique pour les Américains, son influence grandissante. En
Syrie les djihadistes sont en train de s’imposer comme la première force
d’opposition au régime de Bachar Al Assad. En Irak, la nébuleuse, après
avoir subi d’importants revers, est en pleine reconquête. Samedi dernier, les
autorités irakiennes ont reconnu que l’Etat islamique en Irak et au Levant
(EIIL) avait pris le contrôle de
Falludja dans la province d’Anbar, ville théâtre d’une intense bataille entre soldats américains
et extrémistes du réseau d’Abou Moussab Zarqaoui en 2004. "Cela fait
quelque temps que (l'EIIL) gagne en puissance, en contrôle du territoire et en
influence à Anbar", rappelle Charles Lister, un expert au Brookings Doha
Center. "Ses objectifs dépassent largement l'Irak, mais son projet
transnational d'établir un Etat islamique dans tout le Levant ne peut se faire
qu'en assurant d'abord son contrôle sur une série de mini-Etats",
ajoute-t-il. Dans cette optique, faut-il rappeler aussi que c’est ce même
groupe, dont l’influence va donc grandissante
à la fois en Syrie et dans l’Ouest irakien, qui a revendiqué l’attentat commis
mercredi dernier, dans les rues du quartier de Haret Hreik à Beyrouth, bastion
de son grand rival chiite, le Hezbollah ? Une première pour l’EIIL au
Liban ! Une première qui en appelle d’autres.
L’expansion territoriale d’Al
Qaida au Moyen-Orient et en Afrique n’est pas la seule préoccupation des
experts de sécurité. Depuis quelques années, et plus particulièrement depuis la
disparition de son chef historique Oussama Ben Laden, l’organisation d’Al Qaida
aurait profondément évolué, et se serait « décentralisée » en de
multiples groupes. Autre changement, l’organisation se serait
« internationalisée », notamment grâce à la lutte en Syrie. Elle
propulserait une nouvelle génération de terroristes sur le devant de la scène.
Une nouvelle génération, plus difficile à repérer, capable de mener davantage
d’opérations, à plus petite échelle, et directement issue des sociétés occidentales. Cette stratégie, privilégiant petits
groupes et attaques de plus faible envergure, rendrait plus difficile la traque
et le démantèlement des réseaux en Occident. En ce qui concerne le leadership,
deux personnages clés seraient à présent aux commandes de l’organisation. Si
l’ex-numéro 2 de Ben Laden, Ayman Al Zawahiri a logiquement repris le flambeau,
-et continue d’encourager à la lutte sur les terres du djihad extérieur au Pakistan-,
c’est l’ascension de Mustafa Setmariam Nasar (portrait à venir dans Lettre
ouverte), alias Abou Moussab al-Suri, stratège historique d’Al Qaida, qui
est révélatrice du virage opéré par l’organisation. Étrangement libéré en 2011
par le régime de Bachar El Assad, qui attendait sans doute des contreparties en
retour, celui qui est considéré par le département américain comme l'un des
membres les plus dangereux d’Al Qaida, reste introuvable et libre de ses mouvements. Il serait même la pierre angulaire du reformatage idéologique de la nébuleuse, et de son expansion en Syrie. Un
des chefs kurde qui lutte contre Al Qaida dans le nord du pays a ainsi affirmé que les djihadistes multipliaient les succès en matière de
recrutement, et surtout à l'international. « 90% d’entre eux viennent de pays
étrangers. La plupart d’entre eux viennent d’Arabie, Saoudite, de Tunisie et de
Libye » a-t-il ainsi déclaré, en ajoutant « j’ai également vu des
européens ». Des français, reconvertis, grossiraient, chaque semaine, les rangs des djihadistes.
En pleine mutation, et profitant
du chaos syrien, et des aides financières -en sous main- des monarchies du
Golfe et de l’Arabie Saoudite –inquiètent de la constitution d’un axe chiite
dans la région-, le réseau terroriste Al Qaida, est à la fois en train de regagner
le terrain perdu en Irak, et de s’exporter sur d’autres zones d’affrontements
et de divisions comme au Liban. Une influence grandissante au Moyen-Orient, à
laquelle les Etats-Unis et l’Occident, se montrent bien incapables –pour le
moment- de répondre. Espérons seulement qu’il ne faudra pas une nouvelle
opération terroriste d’envergure à l’étranger pour les pousser à réagir, et à prendre toute la mesure de ce combat 'civilisationnel'.
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Amaury BETS
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Amaury BETS

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