Le président américain Barack Obama, à la Maison Blanche
L’administration Obama voulait
sans doute, en faire la pierre angulaire –ou au moins un symbole assumé- de son
nouveau dispositif de politique étrangère, pour reconquérir une opinion internationale,
traumatisée par les années Bush. Or depuis cinq ans, la doctrine « du
leadership from behind » -ou du leadership en coulisses- ne cesse de décevoir, et se traduit, en parallèle par
l’influence grandissante de puissances autocratiques
sur la scène internationale.
C’est dans l’autobiographie de
Nelson Mandela, que l’on trouve la première expression du « leadership
from behind », où le grand leader, comparé à la personne d’un berger, se
doit « de rester derrière le troupeau, laissant le plus agile sortir
devant, après quoi les autres suivent, sans se rendre compte que tout au long,
ils sont dirigés par l’arrière. » Autrement dit, selon la doctrine, les
dirigeants les plus efficaces agissent dans l’ombre, laissant la lumière aux
autres, tout en les contrôlant. Une manière assez cynique de voir les rapports
entre gouvernants et gouvernés, mais qui devrait, in fine, porter ses fruits.
Dans les faits, le leadership
from behind aurait dû être le trait d’union entre les partisans du soft power,
et ceux du hard power, et créer idéalement une troisième voie ; le
« smart » power ou « pouvoir intelligent ». Mais les
tergiversations de l’Administration américaine sur de nombreux dossiers ont
semblent-ils casser la dynamique et eu plus d’effets néfastes que positifs. D'où certaines questions que l'on peut désormais se poser. A force de vouloir
contenter tout le monde, ne risque-t-on pas
de ne contenter personne ? Toute superpuissance n’est-elle pas –en
définitive- destinée à supporter l’opprobre et la vindicte ? Un leader n'est-il pas condamné à agir dans la lumière pour faire étalage de sa puissance ?
Il faut le dire, le concept de « leadership
par l’arrière », s’il se veut d’ailleurs davantage un style qu’une
doctrine, repose avant tout sur la recherche du « consensus » et de
l’engagement réciproque. Si l’administration Obama cherche à
donner du temps à des régimes jugés « autoritaires » pour prouver
leur bonne foi, la tactique peut d’avérer payante, seulement dans le cas où les
concessions accordées se trouvent compenser par un geste fort en retour. Or sur
de nombreux dossiers, rien n’indique que la démarche fonctionne. Rien n’indique
que l’Iran entend renoncer à se doter de l’arme nucléaire. Rien n'indique non plus que le régime
syrien entend se mettre autour de la table des négociations pour stopper la
guerre civile. Bien au contraire, chaque jour la stratégie américaine apparaît de
plus en plus intenable, et l’approche « naïve » de Washington, est
dénoncée, bien au-delà de la seule opposition républicaine.
Pire, depuis quelques mois, la Maison Blanche a réussi l'exploit de se mettre à dos une partie de ses soutiens.
L’accord sur le nucléaire iranien a réussi à déclencher l’ire des saoudiens et
des israéliens, alliés traditionnels de
Washington. L’indécision américaine à financer la rébellion modérée syrienne a eu
pour effet pervers de radicaliser l’opposition ; et de faire prospérer le
monstre al Qaïda sur le sol syrien. Le refus
d’intervenir militairement en Syrie après les attaques à l'arme chimique menées par le régime de Damas a permis au président russe, Vladimir Poutine,
grand supporter du pouvoir d'Al Assad, de sortir grand gagnant de sa joute avec l'Occident, et de voir désormais consacrer, à la fois, sur la scène internationale et dans son propre pays comme leader du combat contre l'intégrisme sunnite. Faut-il rappeler que sa côte de popularité dépasse désormais les 60% -de quoi faire
rougir certains dirigeants occidentaux au plus bas dans les sondages-? Bref, le
« Leadership from behind », en dépit de toutes ses bonnes intentions, a surtout permis à des régimes
autoritaires de trouver un espace d’expression inédit sur les questions stratégiques internationales et d'asseoir encore davantage leur emprise sur leurs propres pays. En refusant la confrontation
idéologique, pour préserver le « consensus » la boîte de Pandore a
sans doute –et malheureusement- été ouverte, et il s'agit sans doute d'interrompre très vite ce dangereux engrenage.
Quoi qu'il en soit, et après plus de cinq années d’expérimentation, le « leadership
from behind » est loin –très loin-, et n'en déplaise aux défenseurs de l'approche consensuelle, d’avoir prouvé ses bienfaits
opérationnels, et tient -sans doute- davantage de la sombre oxymore que de la douce parabole !
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Amaury BETS

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