dimanche 5 janvier 2014

Idées : Le "leadership from behind" à l'épreuve de la réalité


Le président américain Barack Obama, à la Maison Blanche 


L’administration Obama voulait sans doute, en faire la pierre angulaire –ou au moins un symbole assumé- de son nouveau dispositif de politique étrangère, pour reconquérir une opinion internationale, traumatisée par les années Bush. Or depuis cinq ans, la doctrine « du leadership from behind » -ou du leadership en coulisses- ne cesse de décevoir, et se traduit, en parallèle par l’influence grandissante  de puissances autocratiques sur la scène internationale.

C’est dans l’autobiographie de Nelson Mandela, que l’on trouve la première expression du « leadership from behind », où le grand leader, comparé à la personne d’un berger, se doit « de rester derrière le troupeau, laissant le plus agile sortir devant, après quoi les autres suivent, sans se rendre compte que tout au long, ils sont dirigés par l’arrière. » Autrement dit, selon la doctrine, les dirigeants les plus efficaces agissent dans l’ombre, laissant la lumière aux autres, tout en les contrôlant. Une manière assez cynique de voir les rapports entre gouvernants et gouvernés, mais qui devrait, in fine, porter ses fruits.

Dans les faits, le leadership from behind aurait dû être le trait d’union entre les partisans du soft power, et ceux du hard power, et créer idéalement une troisième voie ; le « smart » power ou « pouvoir intelligent ». Mais les tergiversations de l’Administration américaine sur de nombreux dossiers ont semblent-ils casser la dynamique et eu plus d’effets néfastes que positifs. D'où certaines questions que l'on peut désormais se poser. A force de vouloir contenter tout le monde,  ne risque-t-on pas de ne contenter personne ? Toute superpuissance n’est-elle pas –en définitive- destinée à supporter l’opprobre et la vindicte ? Un leader n'est-il pas condamné à agir dans la lumière pour faire étalage de sa puissance ? 

Il faut le dire, le concept de « leadership par l’arrière », s’il se veut d’ailleurs davantage un style qu’une doctrine, repose avant tout sur la recherche du « consensus » et de l’engagement réciproque. Si l’administration Obama cherche à donner du temps à des régimes jugés « autoritaires » pour prouver leur bonne foi, la tactique peut d’avérer payante, seulement dans le cas où les concessions accordées se trouvent compenser par un geste fort en retour. Or sur de nombreux dossiers, rien n’indique que la démarche fonctionne. Rien n’indique que l’Iran entend renoncer à se doter de l’arme nucléaire. Rien n'indique non plus que le régime syrien entend se mettre autour de la table des négociations pour stopper la guerre civile. Bien au contraire, chaque jour la stratégie américaine apparaît de plus en plus intenable, et l’approche « naïve » de Washington, est dénoncée, bien au-delà de la seule opposition républicaine.

Pire, depuis quelques mois, la Maison Blanche a réussi l'exploit de se mettre à dos une partie de ses soutiens. L’accord sur le nucléaire iranien a réussi à déclencher l’ire des saoudiens et des israéliens, alliés traditionnels de Washington. L’indécision américaine à financer la rébellion modérée syrienne a eu pour effet pervers de radicaliser l’opposition ; et de faire prospérer le monstre al Qaïda sur le sol syrien. Le refus d’intervenir militairement en Syrie après les attaques à l'arme chimique menées par le régime de Damas a permis au président russe, Vladimir Poutine, grand supporter du pouvoir d'Al Assad, de sortir grand gagnant de sa joute avec l'Occident, et de voir désormais consacrer, à la fois, sur la scène internationale et dans son propre pays comme leader du combat contre l'intégrisme sunnite. Faut-il rappeler que sa côte de popularité dépasse désormais les 60% -de quoi faire rougir certains dirigeants occidentaux au plus bas dans les sondages-? Bref, le « Leadership from behind », en dépit de toutes ses bonnes intentions, a surtout permis à des régimes autoritaires de trouver un espace d’expression inédit sur les questions stratégiques internationales et d'asseoir encore davantage leur emprise sur leurs propres pays. En refusant la confrontation idéologique, pour préserver le « consensus » la boîte de Pandore a sans doute –et malheureusement- été ouverte, et il s'agit sans doute d'interrompre très vite ce dangereux engrenage. 

Quoi qu'il en soit, et après plus de cinq  années d’expérimentation, le « leadership from behind » est loin –très loin-, et n'en déplaise aux défenseurs de l'approche consensuelle, d’avoir prouvé ses bienfaits opérationnels, et tient -sans doute- davantage de la sombre oxymore que de la douce parabole !

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Amaury BETS

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