jeudi 17 avril 2014

ECONOMIE : LA GRECE SORT LA TÊTE DE L'EAU

Antonis Samars, le Premier ministre grec

Après des années de crise, la Grèce est de retour sur les marchés financiers. Pour la première fois depuis février 2010, le pays a en effet réussi à se financer tout seul, sans aucune aide extérieure, auprès des investisseurs internationaux. Un come-back de bon augure mais qu’il convient, pour l’heure, de relativiser.

Qui l’eut cru ! Au pire moment de la crise, la Grèce est un pays au bord de la ruine, à deux doigts de faire éclater la zone euro. Le 10 avril dernier, la surprise est énorme. Le pays vend 3 milliards d’euros d’obligations à 5 ans à un taux d’intérêt de 4,95%, selon un communiqué publié par le ministère des finances. La prouesse est bien réelle : la demande pour le titre émanant de 550 investisseurs est huit fois plus importante que l’offre et le coût de financement est « bien plus bas que ce qu’attendaient la plupart des analystes », révèle le Financial Times. « Les marchés internationaux ont exprimé d’une façon incontestable leur confiance dans l’économie grecque, l’avenir de la Grèce et sa capacité à sortir de la crise », se félicite immédiatement Antonis Samaras, le Premier ministre grec. Vilain petit canard de l’Europe, la Grèce, emboîte le pas de l’Irlande, dont le retour sur les marchés obligataires remonte à un an.

Cette émission a pour première conséquence d’écarter toujours un peu plus le risque de voir la Grèce sortir de la zone euro, une possibilité longtemps envisagée par les « eurosceptiques ». Après être passée du « Grexit » -selon la contraction anglaise désignant les risques de sortie de la Grèce de la zone euro- au « Grecovery » -la reprise- la Grèce a en effet réalisé jeudi dernier son « Greturn » ou  retour –en grâce- sur les marchés financiers. « Les taux d’emprunts frôlaient les 30% il y a un an et demi », rappelle dans ce sens l’économiste Takis Bratsos.

Pour autant, le succès de l’émission obligataire grecque divise fortement les analystes. Si certains considèrent en effet que l’économie hellénique est pleinement engagée sur la voie de la reprise, d’autres se montrent beaucoup plus sceptiques et considèrent ce retour sur les marchés comme une victoire en trompe l’œil.  Ces derniers insistent sur le caractère « spéculatif » de cette émission qui ne repose sur aucun fondamental économique solide. D’autres dénoncent même un « coup de communication » orchestré par le Premier ministre grec pour concrétiser les annonces sur le redressement économique, à l’approche d’échéance électorale. « C’est purement une question de politique intérieure. C’est la première chose que la coalition au pouvoir peut faire pour redorer sa légitimité en perspective des élections européennes dans un contexte de forte désaffection pour les partis traditionnels de gauche comme de droite et de montée des extrêmes », explique ainsi  Jésus Castillo, de la recherche économique de Natixis.

Il faut dire que le pays est toujours englué dans une myriade de problèmes économiques. Toujours sous perfusion financière de la Troïka –Union européenne, Banque centrale européenne, Fonds monétaire international-, la Grèce affiche une dette publique très élevée à 175% de son produit intérieur brut, un ratio bien supérieur au niveau jugé supportable par le FMI. Depuis la crise, le PIB grec a baissé de 25% et le taux de chômage avoisine aujourd’hui 27%. Autre source d’inquiétude : la Grèce surfe avec la déflation depuis plusieurs mois.

L’explosion d’une voiture piégée, à proximité du ministère des finances, quelques heures avant le retour de la Grèce sur les marchés de la dette, est également symptomatique d’un climat social tendu. Autre preuve de la fragilité de la situation : l’attentat qui n’a pas fait de victimes, est survenu au lendemain d’une grève générale à l’appel des syndicats du public et du privé. La manifestation visait à dénoncer la politique d’austérité entreprise depuis 4 ans.

A quoi faut-il donc s’attendre maintenant ? La prochaine étape est bel et bien allègement du fardeau de la dette grecque. Les partenaires européens de la Grèce, rassurés par l’amélioration de la conjoncture dans la zone euro, s’apprêteraient dans cette optique à allonger les échéances tout en réduisant les taux d’intérêt sur les créances helléniques. « Étirer les prêts du secteur officiel et réduire leurs taux d'intérêt créera un espace pour de nouveaux prêts du secteur privé sans que celui-ci ait à craindre d'être en concurrence avec les créanciers du secteur officiel lorsque viendra l'heure de rembourser », explique Elena Daly, associé d'EM Consult, un cabinet parisien spécialisé dans la dette souveraine. Un engagement suffisant pour que la Grèce puisse enfin sortir la tête de l’eau ? 

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Amaury BETTON

mardi 1 avril 2014

REVUE DE PRESSE ANGLO-SAXONNE : "L'AUDACE INHABITUELLE DE HOLLANDE"


Manuel Valls, 51 ans, est le nouveau chef du gouvernement français. 


La presse anglo-saxonne revient sur la nomination surprise de Manuel Valls au poste de Premier ministre en France. Elle met en avant le profil atypique du nouveau chef du gouvernement français, tout comme elle s’étonne du choix effectué par le Président Hollande, quelques heures après la déroute historique de son parti aux municipales.

Un choix risqué
"Ecrasé par la défaite aux élections locales, le Président Hollande a réagi hier soir avec une audace inhabituelle, en débarquant Jean Marc Ayrault, et en le remplaçant par Manuel Valls, l’ambitieux ministre de l’intérieur de centre-gauche", écrit The Economist. Outre le fait qu’il risque de faire de l’ombre au Président Hollande, le choix de Manuel Valls est un véritable pari pour le chef de l’Etat, et ce pour plusieurs raisons. "Ce choix est potentiellement risqué puisqu’il devrait encourager la réforme économique en France", explique ironiquement The Economist. « Monsieur Valls est populaire dans le pays, mais pas tellement dans son propre parti, où il est considéré avec suspicion par beaucoup à gauche", résume The Telegraph, qui s’inquiète d’un effritement de la majorité présidentielle. "Monsieur Valls a déjà appelé à abandonner le mot ‘socialiste’ pour moderniser son parti", avance encore The Economist, en référence au PS.

Valls : un profil atypique
"Manuel Valls, 51 ans, est né à Barcelone en Espagne. Il est le fils d’un peintre catalan et d’une mère suisse italienne. Il a rejoint le Parti socialiste à 17 ans et a pris la nationalité française trois ans plus tard. Il parle quatre langues et a quatre enfants de sa première femme. En 2010, il épouse la violoniste Anne Gravoin", relate le Guardian. Outre ses origines, Manuel Valls se distingue aussi par son parcours politique. "Comme Nicolas Sarkozy, il n’est pas un pur produit de l’élite française, et n’a jamais fréquenté l’Ecole Nationale d’Administration, qui a produit tant de premiers ministres et de présidents français, parmi eux François Hollande", poursuit le Guardian

Valls : l’Homme de la situation ?
"Monsieur Valls n’a pas d’expérience de l’exécution de la politique économique. Il a été maire de la banlieue multiculturelle d’Evry. Il est connu pour sa ligne dure en matière de sécurité et d’immigration. Pourtant il s’est taillé une réputation de ‘social libéral’ qui dans le lexique socialiste signifie du centre-gauche", note the Economist. "Bien qu’il possède une expérience limitée du gouvernement, Manuel Valls est l’homme de la situation, avec une autorité naturelle pour diriger une équipe dans une période difficile et mettre en œuvre rapidement des réformes structurelles ainsi que des réductions de dépenses", explique Dominique Barbet, économiste chez BNP Paribas SA, dans des propos repris par le site d'information économique et financière Bloomberg. "Monsieur Valls était contre la semaine des 35 heures -défendue par Madame Aubry-. Lors de la primaire socialiste pour l’élection présidentielle de 2012, il s’est opposé à la réintégration de la retraite à 60 ans, tout comme à la création de centaines de milliers d’emplois aidés pour les jeunes –promesses de monsieur Hollande-", détaille le Blog du Financial Times.

Valls : un Blair à la française ?

L’arrivée de Manuel Valls à Matignon est-elle aussi en train de faire bouger les lignes de l’échiquier politique français ? La presse anglo-saxonne se risque, déjà, à quelques comparaisons. "A la droite du PS, il est un défenseur de la démocratie sociale dans le style de l’Allemagne et de la Scandinavie. Dans le passé, il s’est lui-même décrit comme un « Blairiste » -après Tony Blair- et un « Clintonien » -après Bill Clinton- et parle de ‘réalisme économique’ et de ‘responsabilité individuelle’", note le Guardian. "En France, Valls est le plus proche d’un Tony Blair", a déclaré Denis MacShane, ancien ministre des Affaires européennes du Royaume-Uni, et ami de Manuel Valls, interrogé par le Guardian. "Il viendra sous la pression de la gauche, mais elle n’a pas de réponse aux problèmes de la France. C’est soit ‘agir’ ou ‘mourir’ pour Hollande. Le départ des Verts va permettre à la France de repenser sa politique énergétique et de se débarrasser d’une partie de son protectionnisme interne qui ralentit la croissance", explique-t-il encore, tout en concluant : "Valls est un dirigeant dur, intelligent".


A lire aussi dans Lettre Ouverte : 


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Amaury BETS

samedi 29 mars 2014

ECONOMIE : LA DÉFLATION MENACE-T-ELLE L'EUROPE ?


Mario Draghi, le président de la Banque centrale européenne 


La zone euro va-t-elle connaitre une nouvelle période de turbulences ? Pour la première fois depuis 2009, les prix à la consommation ont baissé en Espagne au mois de mars, alimentant les inquiétudes quant au risque de déflation sur le Vieux Continent. 

Le couperet est tombé vendredi dernier. Selon les estimations préliminaires de l’Institut national de la statistique, l’inflation dans la quatrième économie de la zone euro -déjà très basse ces derniers mois- est passée en territoire négatif au mois de mars, en baissant de 0,2% en un an. Après la Grèce en début d’année dernière et le Portugal, en février, l’Espagne qui vient tout juste de se sortir de deux ans de récession, est la troisième économie de la zone euro à se glisser dans la déflation.

La baisse inattendue des prix en Espagne pourrait désormais affecter le reste de la zone euro, où l’inflation est tombée en février à 0,7%, son plus bas niveau depuis l’hiver 2009, au pire moment de la crise. Si pour le moment, le risque semble de fait se limiter aux économies périphériques du sud de l’Europe, la publication des indicateurs d’inflation dans l’ensemble de la zone euro en mars pourrait toutefois confirmer l'inquiétante tendance observée en Espagne.

Les conséquences désastreuses d’une déflation sur l’économie sont connues. La baisse des prix est tout d’abord révélatrice d’une chute de la consommation, laquelle entraîne mécaniquement un effritement des prix, puis par ricochet un moindre investissement des entreprises, une activité affaiblie puis une chute de l’emploi et des salaires. C’est le début d’un cercle vicieux, qu’a bien connu le Japon et dont il est difficile de sortir.

Malgré ces mauvais signes, la Banque Centrale Européenne se veut rassurante. En dépit de quelques voix discordantes qui commencent à se faire entendre au sein du conseil des gouverneurs,  l’institution dirigée par Mario Draghi ne voit pas un risque de déflation affecté l’ensemble de la zone euro. Par ailleurs, certains analystes estiment que le recul des prix en Espagne au mois de mars ne devrait être qu’une « anomalie passagère », avant que l’inflation ne reparte en territoire positif plus tard cette année. D’autres se veulent pourtant beaucoup moins optimistes, que ce soit pour le cas de l’Espagne ou de la zone euro. « Mario Draghi est persuadé que les anticipations d’inflation sont encore positives. Ce qui est faux : elles décrochent partout » s’alarme pour sa part Philippe Gudin de Vallerin, économiste chez Barclays. Qui aura le dernier mot ? 

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Amaury BETS

lundi 24 mars 2014

EDITO : LES VRAIS ENSEIGNEMENTS DE LA CRIMÉE


Les leaders du G8 réunis en juin dernier en Irlande du Nord


Après l’invasion de la Crimée par des miliciens pro-russes « vêtus d’uniformes achetés dans des shops locaux », un référendum expéditif, et un discours devant un parterre de députés acquis à sa cause, Vladimir Poutine, le président russe, aurait réussi en moins de trois semaines l’exploit de replacer son pays au rang de superpuissance, de ridiculiser les diplomates occidentaux et de redonner toute la fierté à son Peuple, humilié par la désintégration de l’Union Soviétique il y a déjà plus de 20 ans. Passés l’emportement médiatique, les analystes partiales ou pseudo-historiques et les fanfaronnades des pro-russes qui trouveraient en Vladimir Poutine « un leader spirituel » pour leur propre lutte anti-européenne, le bilan est sans doute beaucoup plus mitigé qu’il n’y parait. Si la stratégie militaire offensive et audacieuse du leader russe aurait pu fonctionner il y a encore quelques années au temps « sacré » de l’Union Soviétique que ce dernier regrette tant, la donne a depuis radicalement changé. A cet égard, Monsieur Poutine a sans doute oublié une équation au problème de sa reconquête impériale : contrairement au XX ème siècle, les économies du monde moderne sont aujourd’hui beaucoup plus interconnectées et les investisseurs internationaux ont un mot important à dire. Une configuration « nouvelle » qui pourrait contrecarrer les plans du chef du Kremlin. 

Si sur le papier, la Russie en récupérant la Crimée, une péninsule « historiquement russe », selon les dires du chef du Kremlin, grignote un territoire à l’Ouest et redessine pour la première fois en 15 ans les frontières de l’Europe, le « succès » géographique est surtout une victoire en trompe l’œil. Car après plusieurs semaines de tensions Est-Ouest ; les coûts de l’annexion de la Crimée excèdent d’ores et déjà les gains espérés, et montrent à quel point les ambitions géopolitiques de Monsieur Poutine se heurtent au mur des réalités économiques actuelles. Primo, sur le volet diplomatique ; le chef du Kremlin, qui pensait rallier à sa cause d’autres puissances « bafouées » par « l’impérialisme américain » est chaque jour de plus en plus isolé, voire bientôt seul contre tous. Outre son éviction provisoire du G8, et les condamnations habituelles des Etats-Unis et des 28 pays de l’Union Européenne, dont l’Allemagne d’Angela Merkel pourtant très patiente avec le leader russe, ce sont désormais la Turquie, le Japon et la Chine qui dénoncent plus ou moins ouvertement l’annexion de la Crimée. Pire encore, sans doute, pour le président russe, son propre camp commence à se fissurer. Après les oligarques ukrainiens à sa solde qui s’inquiètent pour leurs portefeuilles -en raison des récentes sanctions ciblées décidées par l’UE et les USA-, c’est maintenant au tour de la Biélorussie –ou la petite Russie- d’exprimer par la voix d’Alexandre Loukachenko, son président réélu avec 80% des voix depuis 1994, des doutes sur le bien-fondé de la stratégie de confrontation de Poutine avec l’Occident. Deuxio, sur le volet économique, les conséquences négatives sont encore plus visibles. En plus de l’effondrement du rouble, de la fuite massive des capitaux depuis le premier trimestre 2014 –équivalent en à peine 3 mois à celle de toute l’année 2013-, de la dégringolade des indices de la Bourse de Moscou, le gouvernement russe fait désormais état, à demi-mot, de ses craintes de voir l’économie russe rapidement plonger dans la récession.

Si Monsieur Poutine entend réellement replacer son pays en tant qu’acteur majeur de la géopolitique mondiale, sa stratégie d’expansion territoriale produit pour l’heure tous les effets inverses. Libre à lui de continuer ce jeu dangereux en Ukraine et en Moldavie ou de faire le choix de la raison et de revenir à la table du G-8.

A lire aussi sur le sujet de la crise en Ukraine : 


http://questionsinternationales.blogspot.fr/2014/03/edito-la-planete-poutine.html--

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Amaury BETS

dimanche 9 mars 2014

EN IMAGES [LEAKS] : L’ÉTRANGE "PALAIS DE LA MER NOIRE"

Il se présente lui-même comme un président modeste, fils d'ouvriers de Saint-Pétersbourg, satisfait de son salaire mensuel de 12 000 euros, propriétaire d'une Lada et d'un petit appartement. Or l'image que souhaite dégager Vladimir Poutine auprès de son opinion publique semble loin de correspondre à la réalité. Le leader russe a-t-il sciemment profité de son pouvoir -totalement cadenassé- pour se constituer l'une des plus importantes fortunes du monde ? A-t-il réellement amassé un trésor de guerre estimé par ses adversaires à quelques 40 milliards de dollars ? 

S'il est pour l'heure impossible de vérifier les allégations, la construction de l'étrange Palais de la mer Noire, situé dans la région de Krasnodar, non loin de la ville de Sotchi, semble accréditer la thèse d'une "fortune cachée". Conçu à l'origine comme une simple et "modeste" maison de vacances, la résidence possède désormais trois pistes d’atterrissage pour les hélicoptères, un théâtre privé, plusieurs piscines, de magnifiques façades à colonnes, et rappelle par l'architecture, les palais des tsars russes, construits au XVIII siècle. Son coût est estimé à 1 milliard de dollars, et son édification aurait été entreprise pour l'usage personnel du président russe, avec une utilisation massive et illégale de fonds publics. Une affirmation démentie par le Kremlin, mais sans aucune explication supplémentaire quant à l'usage réel de la résidence, prenant des allures de petit "Versailles".

Il y a deux ans, certaines photos du Palais sont parues sur internet grâce au concours de plusieurs ouvriers russes, travaillant sur le site. Quand des militants anti-corruption ont tenté d'enquêter sur le Palais, ils ont été non seulement accueillis par des gardes de sécurité privés, mais aussi par des membres en uniforme du service officiel de protection du Kremlin. Plus tard, cette même société de sécurité privée a indiqué que ses employés avaient simplement acheté les uniformes - et les cartes d'authentification du Kremlin - dans un magasin. Des allégations qui rappellent étrangement la tactique de communication de Vladimir Poutine concernant son invasion incompréhensible de la Crimée. Pour l'intéressé, aucun soldat russe ne serait présent sur le terrain. "Tout le monde peut acheter des uniformes militaires russes dans des shop locaux", a-t-il encore répété dans sa dernière conférence de presse. Une stratégie de défense un peu légère, pour ne pas dire plus ? 


LES PHOTOS DU PALAIS DE LA MER NOIRE DONT LA PROPRIÉTÉ RÉELLE N'EST TOUJOURS PAS ÉTABLIE

















LA SITUATION GÉOGRAPHIQUE DU MYSTÉRIEUX PALAIS 




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Amaury BETS

mercredi 5 mars 2014

EDITO : "LA PLANÈTE POUTINE"


Vladimir Poutine se "réserve" le droit d'intervenir militairement en Ukraine. Menace crédible ou simple fuite en avant ? 


On ne parle plus que de lui. Après avoir infligé une humiliation diplomatique à l’administration Obama sur le dossier syrien, après avoir été consacré Homme de l'année par certains médias, après avoir triomphé à Sotchi, sa station balnéaire fétiche, Vladimir Poutine serait par le prisme de la crise ukrainienne en train de faire trembler l’Occident, de réintroduire le mécanisme des blocs et de replacer son pays à la place qu’elle mérite : celle de superpuissance. Stratège hors pair, amateur d’échec, patient, silencieux, et cynique, le leader russe serait en train de (re)prendre l’ascendant en Europe face à des leaders inconsistants, sans testostérone et décrédibilisés auprès de leur opinion publique. Soufflant le chaud et le froid, alternant phases de tensions extrêmes et d’apaisement de courte durée pour mieux repartir à la charge peu après, le chef du Kremlin gagnerait son bras de fer contre les chancelleries occidentales, effrayées par la perspective d’un conflit ouvert face à l’ours russe qui tel le Phénix renaîtrait de ses cendres. Pour construire le retour en grâce de son pays, Vladimir Poutine s’appuierait à la fois sur les incohérences, les faiblesses, et les divisions de la diplomatie européenne. S’ils ne cessent de critiquer le leader russe, les dirigeants européens ou américains ne seraient que des marionnettes, promptes à retourner leur veste au grès du vent, selon les turpitudes internationales. Les exemples ne cesseraient de se multiplier. Après avoir accueilli triomphalement Moummar Kadhafi à l’Elysée au début de son quinquennat, Nicolas Sarkozy se serait quelques années plus tard, transformé en chef de croisade contre le leader libyen, redevenu « paria » de la « communauté internationale ». Aux Etats-Unis, le « smart power » stérile d’universitaires fraîchement diplômés aurait succédé au « hard power » des années Bush et ses interventions meurtrières en Afghanistan puis en Irak, mais n’aurait en rien affaibli l’« l’impérialisme américain », menaçant le monde par son arrogance.  Sur la scène nationale, les leaders politiques ne feraient pas mieux qu’à l’extérieur et ne constitueraient que de vulgaires « chefs de clan » de partis sclérosés, cherchant sans cesse à séduire les minorités pour se faire (ré)élire. Face à ces dérives, le pouvoir autocratique de Vladimir Poutine, qui verrouille le système politique russe depuis 15 ans constituerait donc une alternative crédible et viable à l’avenir !

Tout ça marcherait bien, mais seulement dans le monde « virtuel » voulu par les défenseurs de l'envoûtante « planète Poutine » constituée principalement d'argile. La vérité est plus prosaïque, peut-être, et moins « impériale » aussi. La vérité est que la Russie vient de perdre l’Ukraine, ou la « petite Russie », toute seule, sans intervention d’aucune autre force, sans l’aide de personne, mais par la seule volonté d’un Peuple, asphyxié par un modèle soviétique incapable de lui apporter de richesses et de l'extraire de la pauvreté. Il faut dire que les prouesses -et les promesses- économiques de la Pologne, son voisin de l’Ouest, à la croissance fulgurante, contrastent et finissent par faire réfléchir. Le modèle russe, à bout de souffle est, lui, paralysé par une myriade de problèmes et de dysfonctionnements : vieillissement démographique, corruption généralisée de l’appareil d’Etat tentaculaire, et ultra-dépendance aux hydrocarbures – qui représentent près de 75% des exportations du pays- sont autant de maux qui handicapent la Russie. Ce que l’on voit plutôt ; c’est une Ukraine séduite par le modèle européen, dont certains de ses citoyens sont allés jusqu'à faire le sacrifice de leur vie pour le défendre. Face à cette vérité dérangeante pour les eurosceptiques, la « planète Poutine » répond que la révolte ukrainienne est un complot ourdi par l’Occident, par les impérialistes américains, séparés géographiquement par des milliers de kilomètres et un océan ! Pour masquer la progression de l’idéal européen qu’il déteste tant pour ses « frivolités », Monsieur Poutine s’offusque de l’invasion de « pro-nazis » et de « fascistes » dans les rues de Kiev, comme un relent de la propagande de l’Union soviétique. Sur le volet boursier, le leader russe avertit qu’en cas de sanctions, il mettra le système financier américain à genoux. Or depuis le début de la crise, seule la Russie souffre et s'enfonce. L’indice de Gazprom, la pépite nationale surprotégée, a perdu plus de 15% en une seule séance lundi dernier dans les échanges à la Bourse de Moscou. Pire, la monnaie nationale, le rouble ne vaut plus rien, et touche des plus bas historiques face à l’euro. Sur le volet militaire, quand Vladimir Poutine critique fort justement les années Bush, il utilise pourtant en Crimée, les mêmes méthodes que celles qu’il dénonce, en ne faisant toutefois pas usage du feu. Il utilise simplement un autre type de violence : la violence psychologique. En Ukraine, il viole effectivement la souveraineté territoriale d’un Etat indépendant, au mépris de toutes les règles de droit international, mais en justifiant cette intervention par des motifs "humanitaires" et magnanimes vis-à-vis d'un pays "frère", confronté au péril national-socialiste. Autre exemple de ce "hard power" qui ne s'assume pas encore : monsieur Poutine critique la "légalité" des interventions occidentales en Afghanistan, en Irak, tout en faisant voter l’utilisation de la force en Ukraine en à peine deux heures, face à un Sénat, muselé. Il justifie ses actions en considérant la prise de pouvoir de Kiev comme un "coup d'état" et en présentant le 'pion' Ianoukovitch -méprisé au plus haut point par Poutine-, tel un rescapé des tueurs sanguinaires de la capitale ukrainienne, qui chercheraient à terroriser les citoyens russes de l'est du pays. Pour se défaire de toutes ses ambiguïtés, le chef du Kremlin utilise une rhétorique typique des soviétiques, en forme de pied de nez aux diplomates occidentaux, dont le logiciel semble du plus en plus éloigné de leurs homologues russes, qui usent à merveille de provocation, d'ironie et de moquerie. A la question : « Y a-t-il des soldats russes en Ukraine ? », le président russe répond ainsi : « Non, les uniformes s'achètent dans n'importe quel magasin ». Autrement dit, l’invasion en Crimée n’en est pas vraiment une, et les Européens et Américains feraient mieux de réfléchir à deux fois avant d'ouvrir la bouche et de sortir leurs inepties. 

Si Monsieur Poutine a peut-être remporté la bataille de l’information en Ukraine, grâce à l’utilisation habile du « brouillard de la guerre », l’idéal européen ne cesse pourtant de déferler à l’est, et de déchirer ce vaste écran de fumée, sous l’impulsion d'un leadership à trois têtes -polonais, français et allemand-. On peut encore se prosterner devant la « planète Poutine », ou devant les statues de Lénine, mais cela ne devrait plus empêcher l’Europe, et les valeurs de la « liberté » de se propager vers la Russie Blanche » (Biélorussie) puis jusqu'à l’Oural, les "vraies" limites géographiques de l'Europe ! À moins que ... L'histoire nous réserve de nouvelle surprise, et consacre la stratégie audacieuse du leader russe. 


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Amaury BETS