jeudi 17 avril 2014

ECONOMIE : LA GRECE SORT LA TÊTE DE L'EAU

Antonis Samars, le Premier ministre grec

Après des années de crise, la Grèce est de retour sur les marchés financiers. Pour la première fois depuis février 2010, le pays a en effet réussi à se financer tout seul, sans aucune aide extérieure, auprès des investisseurs internationaux. Un come-back de bon augure mais qu’il convient, pour l’heure, de relativiser.

Qui l’eut cru ! Au pire moment de la crise, la Grèce est un pays au bord de la ruine, à deux doigts de faire éclater la zone euro. Le 10 avril dernier, la surprise est énorme. Le pays vend 3 milliards d’euros d’obligations à 5 ans à un taux d’intérêt de 4,95%, selon un communiqué publié par le ministère des finances. La prouesse est bien réelle : la demande pour le titre émanant de 550 investisseurs est huit fois plus importante que l’offre et le coût de financement est « bien plus bas que ce qu’attendaient la plupart des analystes », révèle le Financial Times. « Les marchés internationaux ont exprimé d’une façon incontestable leur confiance dans l’économie grecque, l’avenir de la Grèce et sa capacité à sortir de la crise », se félicite immédiatement Antonis Samaras, le Premier ministre grec. Vilain petit canard de l’Europe, la Grèce, emboîte le pas de l’Irlande, dont le retour sur les marchés obligataires remonte à un an.

Cette émission a pour première conséquence d’écarter toujours un peu plus le risque de voir la Grèce sortir de la zone euro, une possibilité longtemps envisagée par les « eurosceptiques ». Après être passée du « Grexit » -selon la contraction anglaise désignant les risques de sortie de la Grèce de la zone euro- au « Grecovery » -la reprise- la Grèce a en effet réalisé jeudi dernier son « Greturn » ou  retour –en grâce- sur les marchés financiers. « Les taux d’emprunts frôlaient les 30% il y a un an et demi », rappelle dans ce sens l’économiste Takis Bratsos.

Pour autant, le succès de l’émission obligataire grecque divise fortement les analystes. Si certains considèrent en effet que l’économie hellénique est pleinement engagée sur la voie de la reprise, d’autres se montrent beaucoup plus sceptiques et considèrent ce retour sur les marchés comme une victoire en trompe l’œil.  Ces derniers insistent sur le caractère « spéculatif » de cette émission qui ne repose sur aucun fondamental économique solide. D’autres dénoncent même un « coup de communication » orchestré par le Premier ministre grec pour concrétiser les annonces sur le redressement économique, à l’approche d’échéance électorale. « C’est purement une question de politique intérieure. C’est la première chose que la coalition au pouvoir peut faire pour redorer sa légitimité en perspective des élections européennes dans un contexte de forte désaffection pour les partis traditionnels de gauche comme de droite et de montée des extrêmes », explique ainsi  Jésus Castillo, de la recherche économique de Natixis.

Il faut dire que le pays est toujours englué dans une myriade de problèmes économiques. Toujours sous perfusion financière de la Troïka –Union européenne, Banque centrale européenne, Fonds monétaire international-, la Grèce affiche une dette publique très élevée à 175% de son produit intérieur brut, un ratio bien supérieur au niveau jugé supportable par le FMI. Depuis la crise, le PIB grec a baissé de 25% et le taux de chômage avoisine aujourd’hui 27%. Autre source d’inquiétude : la Grèce surfe avec la déflation depuis plusieurs mois.

L’explosion d’une voiture piégée, à proximité du ministère des finances, quelques heures avant le retour de la Grèce sur les marchés de la dette, est également symptomatique d’un climat social tendu. Autre preuve de la fragilité de la situation : l’attentat qui n’a pas fait de victimes, est survenu au lendemain d’une grève générale à l’appel des syndicats du public et du privé. La manifestation visait à dénoncer la politique d’austérité entreprise depuis 4 ans.

A quoi faut-il donc s’attendre maintenant ? La prochaine étape est bel et bien allègement du fardeau de la dette grecque. Les partenaires européens de la Grèce, rassurés par l’amélioration de la conjoncture dans la zone euro, s’apprêteraient dans cette optique à allonger les échéances tout en réduisant les taux d’intérêt sur les créances helléniques. « Étirer les prêts du secteur officiel et réduire leurs taux d'intérêt créera un espace pour de nouveaux prêts du secteur privé sans que celui-ci ait à craindre d'être en concurrence avec les créanciers du secteur officiel lorsque viendra l'heure de rembourser », explique Elena Daly, associé d'EM Consult, un cabinet parisien spécialisé dans la dette souveraine. Un engagement suffisant pour que la Grèce puisse enfin sortir la tête de l’eau ? 

--
Amaury BETTON

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire