Antonis Samars, le Premier ministre grec
Après
des années de crise, la Grèce est de retour sur les marchés financiers. Pour la
première fois depuis février 2010, le pays a en effet réussi à se financer tout
seul, sans aucune aide extérieure, auprès des investisseurs internationaux. Un come-back de bon augure mais qu’il convient, pour l’heure, de relativiser.
Qui
l’eut cru ! Au pire moment de la crise, la Grèce est un pays au bord de la
ruine, à deux doigts de faire éclater la zone euro. Le 10 avril dernier, la
surprise est énorme. Le pays vend 3 milliards d’euros d’obligations à 5 ans à
un taux d’intérêt de 4,95%, selon un communiqué publié par le ministère des
finances. La prouesse est bien réelle : la demande pour le titre émanant
de 550 investisseurs est huit fois plus importante que l’offre et le coût de
financement est « bien plus bas que ce qu’attendaient la plupart des
analystes », révèle le Financial Times. « Les marchés internationaux
ont exprimé d’une façon incontestable leur confiance dans l’économie grecque,
l’avenir de la Grèce et sa capacité à sortir de la crise », se félicite
immédiatement Antonis Samaras, le Premier ministre grec. Vilain petit canard de
l’Europe, la Grèce, emboîte le pas de l’Irlande, dont le retour sur les marchés
obligataires remonte à un an.
Cette
émission a pour première conséquence d’écarter toujours un peu plus le risque
de voir la Grèce sortir de la zone euro, une possibilité longtemps envisagée
par les « eurosceptiques ». Après être passée du « Grexit »
-selon la contraction anglaise désignant les risques de sortie de la Grèce de
la zone euro- au « Grecovery » -la reprise- la Grèce a en effet
réalisé jeudi dernier son « Greturn » ou retour –en grâce- sur les marchés financiers. « Les
taux d’emprunts frôlaient les 30% il y a un an et demi », rappelle dans ce
sens l’économiste Takis Bratsos.
Pour
autant, le succès de l’émission obligataire grecque divise fortement les
analystes. Si certains considèrent en effet que l’économie hellénique est pleinement
engagée sur la voie de la reprise, d’autres se montrent beaucoup plus sceptiques
et considèrent ce retour sur les marchés comme une victoire en trompe l’œil. Ces derniers insistent sur le caractère
« spéculatif » de cette émission qui ne repose sur aucun fondamental
économique solide. D’autres dénoncent même un « coup de
communication » orchestré par le Premier ministre grec pour concrétiser
les annonces sur le redressement économique, à l’approche d’échéance
électorale. « C’est purement une question de politique intérieure. C’est
la première chose que la coalition au pouvoir peut faire pour redorer sa
légitimité en perspective des élections européennes dans un contexte de forte
désaffection pour les partis traditionnels de gauche comme de droite et de
montée des extrêmes », explique ainsi
Jésus Castillo, de la recherche économique de Natixis.
Il
faut dire que le pays est toujours englué dans une myriade de problèmes
économiques. Toujours sous perfusion financière de la Troïka –Union européenne,
Banque centrale européenne, Fonds monétaire international-, la Grèce affiche
une dette publique très élevée à 175% de son produit intérieur brut, un ratio
bien supérieur au niveau jugé supportable par le FMI. Depuis la crise, le PIB
grec a baissé de 25% et le taux de chômage avoisine aujourd’hui 27%. Autre
source d’inquiétude : la Grèce surfe avec la déflation depuis plusieurs
mois.
L’explosion
d’une voiture piégée, à proximité du ministère des finances, quelques heures
avant le retour de la Grèce sur les marchés de la dette, est également symptomatique
d’un climat social tendu. Autre preuve de la fragilité de la situation : l’attentat
qui n’a pas fait de victimes, est survenu au lendemain d’une grève générale à
l’appel des syndicats du public et du privé. La manifestation visait à dénoncer
la politique d’austérité entreprise depuis 4 ans.
A
quoi faut-il donc s’attendre maintenant ? La prochaine étape est bel et
bien allègement du fardeau de la dette grecque. Les partenaires européens de
la Grèce, rassurés par l’amélioration de la conjoncture dans la zone euro, s’apprêteraient
dans cette optique à allonger les échéances tout en réduisant les taux
d’intérêt sur les créances helléniques. « Étirer les prêts du secteur
officiel et réduire leurs taux d'intérêt créera un espace pour de nouveaux
prêts du secteur privé sans que celui-ci ait à craindre d'être en concurrence
avec les créanciers du secteur officiel lorsque viendra l'heure de
rembourser », explique Elena Daly, associé d'EM Consult, un cabinet
parisien spécialisé dans la dette souveraine. Un engagement suffisant pour que
la Grèce puisse enfin sortir la tête de l’eau ?
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Amaury BETTON
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