Les leaders du G8 réunis en juin dernier en Irlande du Nord
Après
l’invasion de la Crimée par des miliciens pro-russes « vêtus d’uniformes
achetés dans des shops locaux », un référendum expéditif, et un discours
devant un parterre de députés acquis à sa cause, Vladimir Poutine, le président
russe, aurait réussi en moins de trois semaines l’exploit de replacer son pays au
rang de superpuissance, de ridiculiser les diplomates occidentaux et de
redonner toute la fierté à son Peuple, humilié par la désintégration de l’Union
Soviétique il y a déjà plus de 20 ans. Passés l’emportement médiatique, les
analystes partiales ou pseudo-historiques et les fanfaronnades des pro-russes
qui trouveraient en Vladimir Poutine « un leader spirituel » pour
leur propre lutte anti-européenne, le bilan est sans doute beaucoup plus mitigé
qu’il n’y parait. Si la stratégie militaire offensive et audacieuse du leader
russe aurait pu fonctionner il y a encore quelques années au temps « sacré »
de l’Union Soviétique que ce dernier regrette tant, la donne a depuis
radicalement changé. A cet égard, Monsieur Poutine a sans doute oublié une
équation au problème de sa reconquête impériale : contrairement au XX ème
siècle, les économies du monde moderne sont aujourd’hui beaucoup plus interconnectées et les investisseurs internationaux ont un mot important à dire.
Une configuration « nouvelle » qui pourrait contrecarrer les plans du chef du Kremlin.
Si
sur le papier, la Russie en récupérant la Crimée, une péninsule « historiquement russe »,
selon les dires du chef du Kremlin, grignote un territoire à l’Ouest et
redessine pour la première fois en 15 ans les frontières de l’Europe, le « succès »
géographique est surtout une victoire en trompe l’œil. Car après plusieurs
semaines de tensions Est-Ouest ; les coûts de l’annexion de la Crimée excèdent
d’ores et déjà les gains espérés, et montrent à quel point les ambitions
géopolitiques de Monsieur Poutine se heurtent au mur des réalités économiques
actuelles. Primo, sur le volet diplomatique ; le chef du Kremlin, qui
pensait rallier à sa cause d’autres puissances « bafouées » par « l’impérialisme
américain » est chaque jour de plus en plus isolé, voire bientôt seul
contre tous. Outre son éviction provisoire du G8, et les condamnations habituelles des Etats-Unis et des 28 pays
de l’Union Européenne, dont l’Allemagne d’Angela Merkel pourtant très patiente
avec le leader russe, ce sont désormais la Turquie, le Japon et la Chine qui
dénoncent plus ou moins ouvertement l’annexion de la Crimée.
Pire encore, sans doute, pour le président russe, son propre camp commence à se fissurer. Après les
oligarques ukrainiens à sa solde qui s’inquiètent pour leurs portefeuilles -en
raison des récentes sanctions ciblées décidées par l’UE et les USA-, c’est
maintenant au tour de la Biélorussie –ou la petite Russie- d’exprimer par la
voix d’Alexandre Loukachenko, son président réélu avec 80% des voix depuis
1994, des doutes sur le bien-fondé de la stratégie de confrontation de Poutine avec
l’Occident. Deuxio, sur le volet économique, les conséquences négatives sont
encore plus visibles. En plus de l’effondrement du rouble, de la fuite massive
des capitaux depuis le premier trimestre 2014 –équivalent en à peine 3 mois à
celle de toute l’année 2013-, de la dégringolade des indices de la Bourse de
Moscou, le gouvernement russe fait désormais état, à demi-mot, de ses craintes
de voir l’économie russe rapidement plonger dans la récession.Si Monsieur Poutine entend réellement replacer son pays en tant qu’acteur majeur de la géopolitique mondiale, sa stratégie d’expansion territoriale produit pour l’heure tous les effets inverses. Libre à lui de continuer ce jeu dangereux en Ukraine et en Moldavie ou de faire le choix de la raison et de revenir à la table du G-8.
A lire aussi sur le sujet de la crise en Ukraine :
http://questionsinternationales.blogspot.fr/2014/03/edito-la-planete-poutine.html--
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Amaury BETS
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